Le destin européen contrarié de Macron

Huit pays d’Europe du Nord ont choisi le moment où le paysage allemand s’éclaircit, la grande coalition désormais sur ses rails, pour lancer un pavé dans la mare. Dans un document commun les Pays-Bas, l’Estonie, la Lituanie, la Lettonie, la Finlande, l’Irlande, le Danemark et la Suède (ces deux derniers ne faisant pas partie de la zone euro) défendent la ligne exposée par Wolfgang Schäuble dans son testament rédigé avant de rejoindre la présidence du Bundestag. Pas question d’en dériver d’un iota.

Cette initiative, à laquelle ne se sont pas joints l’Autriche et la Tchécoslovaquie, intervient juste au moment où les négociations franco-allemandes vont pouvoir reprendre ; elle exprime la crainte qu’elles débouchent sur un assouplissement des contraintes qui font jusqu’à maintenant autorité. Emmenés par le gouvernement hollandais, ces huit pays ne disposent pas d’une minorité de blocage au sein du Conseil européen, mais leur document qui a valeur de mise en garde vise à freiner toute velléité de cette nature. « Les discussions sur l’Union économique et monétaire devraient se dérouler dans un contexte inclusif, les pays n’appartenant pas à la zone euro participant à cette discussion s’ils le souhaitent », est-il revendiqué afin d’être en mesure de peser d’avantage.

Les huit pays ne s’en cachent pas, ils visent tout particulièrement les propositions de réforme d’Emmanuel Macron dont il ne reste pas grand-chose, une fois qu’ils sont passés par là. Que ce soit en termes de budget européen et de relance, ou bien de parachèvement de l’Union bancaire, que la liste des conditions préalables à sa réalisation renvoie au plus tard possible. Quant à la réforme du Mécanisme européen de stabilité, elle est la copie conforme de la version initiale de Wolfgang Schäuble, dont l’objectif était de verrouiller les règles.

D’ailleurs, dans un discours prononcé à Berlin il y a cinq jours, le premier ministre hollandais Mark Rutte n’avait pas mâché ses mots : « la recette ne repose pas sur des sauvetages centralisés et la création monétaire, mais dans des réformes structurelles et des budgets adéquatement taillés ». Il avait ajouté : « une Union économique et monétaire plus forte nécessite avant tout des actions décisives au niveau national, et une conformité totale vis-à-vis des règles communes ».

En enregistrant le même jour la débâcle électorale du Parti démocrate en Italie et la démission de Matteo Renzi, Emmanuel Macron ne vole pas de succès en succès, car il ne peut plus espérer disposer d’un partenaire faisant pencher la balance en sa faveur de ce côté-là. À part la coopération militaire, que va-t-il pouvoir mettre en avant d’autre que des mesures avant tout symboliques ? Sur ce plan, il peut lui être fait confiance.

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5 réflexions au sujet de « Le destin européen contrarié de Macron »

  1. Bonjour François.

    Félicitations pour vos début d’animation du blog. Vos choix rédactionnels, votre manière d’exposer les grands défis de notre temps sont remarquables.

    Surprenant que les nombreux intervenants passés du blog de Paul semblent se faire prier à venir donner leur point de vue alors que contrairement aux billets que vous écriviez avant, ceci sont ouvert à la discussion.

    Cette chose étant dite et pour ce qui concerne cette Union Européenne qui prend l’eau de toute part, une fois de plus permettez moi de vous contredire, lorsque vous expliquez qu’il n’y a guère plus que l’Europe de la défense qui tient encore debout:

    « … À part la coopération militaire, que va-t-il pouvoir mettre en avant d’autre que des mesures avant tout symboliques ? … »

    Le Canard Enchaîne de cette semaine rend compte des difficultés de l’impérialisme français, même à ce niveau, à se faire entendre:

    « Les Européens traînent les pieds au Sahel (…) c’est un fait incompréhensible, résume un diplomate macronien, Les Européens ne réagissent pas, alors que l’implantation des groupes terroristes au Sahel et en Libye représente une menace pour eux comme pour nous … ».

    Il semblerait que le moteur Merkel-Macron ne puisse plus espérer grand chose maintenant.

    Sans doute nous atteignons toute les limites de cette folle espérance bourgeoise à pouvoir dépasser ses frontières naturelles, pour les marxistes indépassables pour elles, puisque les bourgeoisies se sont construites historiquement dans un cadre nationales.

    Mais si la bourgeoisie échoue dans cette nécessité historique à aller vers des structures politiques supra-nationales, quelle classe sociale peut le faire ?

  2. enineL,

    « Mais si la bourgeoisie échoue dans cette nécessité historique à aller vers des structures politiques supra-nationales, quelle classe sociale peut le faire ? »

    Et si cette « nécessité historique » était en train d’être mise en oeuvre, non par le prolétariat comme on aurait pu l’espérer, mais par une nouvelle classe distincte d’hyper-bourgeois multimilliardaires ?

    Nous voyons bien aujourd’hui aux Etats-Unis le combat se livre entre grands milliardaires mondialistes et leurs conglomérats trans nationaux et petits milliardaires à ancrage territorial et leurs Trump Towers pathétiques. Les premiers s’appuyant sur des élites qu’ils financent, les autres sur une middle class en voie de prolétarisation. Il est aisé de voir qui finira par l’emporter.
    Quand aux plus pauvres encore, les communautarismes les divisent tandis que la robotisation les décharge progressivement des chaines d’un esclavage salarié qu’ils n’auront plus même à perdre.
    « Dans dix ans comme là-bas, ici », chantait Higelin. Mais c’était hier, nous n’aurons pas à attendre si longtemps.

    1. @ Renard

      « Il est aisé de voir qui finira par l’emporter. » nous dites vous, je ne peux que louer une telle perspicacité chez vous !

      Mais de toute façon, entre des conservateurs type Trump, préoccupé à défendre l’Etat Nation, et des grands milliardaires mondialistes réactionnaires, intéressés eux selon certaines théories, à atomiser les nations existantes, ces deux puissances politiques sont déjà en deçà de la belle espérance progressiste d’une Europe des peuples, même sous le joug des capitalistes.

      Je repose donc ma question. Puisque manifestement les bourgeoisies européennes rencontrent des petits problèmes dans leur réalisation supra-national, qui ?

      Vous me dites que le prolétariat ne peut pas être cet acteur, parce que les communautarismes les divisent tandis que la robotisation les décharge progressivement des chaines d’un esclavage salarié qu’ils n’auront plus même à perdre.

      D’une part il y a loin de la coupe au lèvre que l’automatisation de la production élimine le salariat ( répétons le une machine en soit ne produit aucune plus value ), le prolétariat est donc toujours là, et de toute façon le développement des outils de productions modernes est et sera toujours, conditionné par la pérennité d’un marché solvable absorbant les marchandises .

      Et le marché en ce moment ? Avec cette crise financière menaçante, cette guerre commerciale qui s’exacerbe, on ne peut pas dire qu’il donne envie aux investisseurs d’acheter des robots !

      Alors il y aurait ce communautarisme qui nous diviserait et nous interdirait d’avoir un moindre espoir de vouloir construire une Europe supra national ! A ce tendre la main par delà les frontières !

      Entres nous qu’est ce que le danger communautarisme par rapport à l’idéologie nationaliste, sinon un ersatz insignifiant.

      Et comment pouvons-nous contenir et vaincre la vague nationaliste qui est entrain de ravager l’Europe ?

      En continuant de faire dans le déni ? En pensant que les multi nationales modernes, celles qui sont sensées dépasser la Nation, n’ont pas tout compte fait elles aussi des racines nationales ?

  3. En mai dernier, le journal allemand « Der Spiegel » publiait un article du directeur de sa partie Opinions intitulé : « L’Europe et Macron – quoi qu’il en coûte » http://www.spiegel.de/politik/ausland/europa-und-macron-koste-es-was-es-wolle-kommentar-a-1147511.html

    Stefan Kuzmany y appelait à une « solidarité sans faille » pour soutenir Macron car « son échec serait la fin de l’Union européenne ». Et parmi les transformations nécessaires pour assurer son succès, il citait le fait que l’Union européenne doive devenir « plus solidaire ».

    L’analyse était juste, l’appel tout à fait approprié pour qui attache du prix à la continuation de l’Union européenne.

    Il n’empêche que le sentiment d’urgence de Kuzmany semble bien peu partagé, dans les électorats que ce soit en Allemagne ou en Italie, et encore moins à mon sens dans les personnels politiques. Et l’échec d’Emmanuel Macron est de loin l’éventualité la plus probable.

    Si sa conséquence est effectivement la fin de l’Union européenne, la question deviendra les voies et moyens de la démonter avec le moins possible de dégâts collatéraux aux différents pays membres, du genre qui pourrait donner lieu à « légendes noires » et autres « légendes du coup de poignard dans le dos » comme quoi c’est nécessairement le pays voisin qui en est le seul responsable, qui risqueraient d’être le ferment de disputes futures. Je pense par exemple au mécanisme « Target 2 » – comment le démonter dans l’ordre, sans que soit l’Allemagne, soit l’Italie et l’Espagne ne soient gravement lésée(s) ?

    L’autre question – et pas la moindre – sera le personnel politique à même de réaliser ce « démontage avec le moins de dégâts possibles ». Je vais réitérer l’hypothèse comme quoi ce pourrait être… Emmanuel Macron.

    Certes, ce n’est qu’un scénario, et bien des choses pourraient surprendre. Mais il aurait le mérite d’une certaine logique par rapport au genre de personne qu’est le président de la République et à la conscience qu’il semble avoir de la situation.

    Je renvoie à la dernière partie de ce texte « Que décidera Emmanuel Macron dans deux ans ? ». C’est à mi-mandat environ qu’il pourrait se retrouver devant le genre de situation où une décision drastique pourrait lui sembler justifiée.
    http://www.noeud-gordien.fr/index.php?post/2017/10/16/Emmanuel-Macron%2C-l-angle-mort-du-grand-entretien

  4. On constate que vous suivez la presse étrangère, j’ai lu un article sur le site d’El Pais (dont Prisa, le groupe propriétaire détient tout de même 15% du Monde) mais pas trace ni sur celui du Monde ni de France Info qui sont les deux premiers sites d’info en ligne… Les choix éditoriaux sont en train de devenir de plus en plus préoccupants en Macronie…

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