L'actualité de la crise : LE REBOND SE PRÉCISE, par François Leclerc

Billet invité

Les éléments d’un rebondissement de la crise du système financier sont en train d’être réunis. Sans même qu’il soit donné aux banques le temps de reprendre leur sarabande et d’en précipiter une nouvelle. Ou que la crise de l’immobilier commercial américain ait eu le temps d’éclater.

L’analyse qui prévoyait que les États, ayant les yeux plus gros que le ventre, ne pourraient pas digérer le financement de la crise est en train de se vérifier. Cela a commencé en Europe, laquelle a dans un premier temps tenu la vedette, et se poursuit maintenant aux États-Unis, sous des formes et dans un contexte différent.

En Europe, les banques sont au bout d’une pente glissante, celle de la première restructuration d’une dette souveraine. Manuel González-Páramo, l’un des dirigeants de la BCE, a solennellement averti qu’un tel épisode aurait des effets systémiques pires sur les marchés que n’en a eu la faillite de Lehman Brothers, dans l’espoir fou de l’empêcher.

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L'actualité de la crise : LES STRESS TESTS, OBJETS DE TOUS LES RESSENTIMENTS, par François Leclerc

Billet invité

C’est raté ! L’autorité de supervision bancaire européenne (EBA) a tenté d’asseoir la crédibilité des nouveaux tests des banques en menaçant celles qui les réussiraient, mais de peu, de devoir aussi prendre des mesures, par ailleurs indéfinies. Toute sa communication était axée sur la création de cette nouvelle catégorie de banques, celles qui seraient « tangentes », afin de démontrer que les régulateurs seraient cette fois-ci inflexibles.

Las, un véritable tir de barrage a été déclenché dans les médias suite à la fuite d’un document communiqué aux banques pour discussion, avant que ne soient retenus les paramètres finaux des tests. Il en est immédiatement ressorti une liste de manquements faisant apparaître ces tests comme encore plus complaisants que les précédents, en dépit des rodomontades proférées à l’intention de qui voulait les entendre.

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L'actualité de la crise : LA BCE, DONJON DU SYSTÈME, par François Leclerc

Billet invité.

Fort à propos, la chancelière Angela Merkel vient d’avouer être impliquée dans « une multitude de discussions pour pouvoir envoyer un signal fort le 11 mars ». Une manière de décrire la situation de grande confusion qui prévaut actuellement en Europe, qui n’est pas prête de se résorber, amenant la Banque centrale européenne (BCE) a passer à l’offensive.

Constatant que les gouvernements ne parviennent pas ou ne se résignent pas à assez serrer les boulons, et à faire prendre en charge le payement de l’addition par les contribuables comme elle l’estime primordial – ce n’est pas faute de l’avoir souligné – elle entend désormais peser de tout son poids pour les amener à résipiscence. Disons-le simplement, elle sort de son mandat officiel – la lutte contre l’inflation – pour défendre les intérêts du système financier envers et contre tout. Voici comment.

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L'actualite de la crise : DES TABOUS VACILLENT, par François Leclerc

Billet invité.

Dans un désordre qui traverse toute l’Europe et ne va pas s’améliorant, chaque jour amène son lot d’informations et de démentis. Hier, c’était à propos du fonds de stabilité européen et de l’augmentation de ses moyens, ou bien de son champ d’action, aujourd’hui c’est à propos de la Grèce, en attendant la suite.

En annonçant qu’un plan de restructuration de la dette grecque était étudié au sein des instances gouvernementales allemandes, Die Zeit et la Sueddeutsche Zeitung ont mis le feu aux poudres. Selon eux, ce plan prévoit que le gouvernement grec puisse acheter après rabais sa propre dette sur le marché secondaire, grâce à un financement du fonds de stabilité européen (EFSF). A un taux plus avantageux que celui de son emprunt de 110 milliards d’euros, dont il est reconnu qu’il ne pourra pas être remboursé dans les temps.

Les Allemands et la Commission ont catégoriquement démenti l’existence d’un tel projet – qualifié « d’absurde » – les Grecs en ont ensuite fait de même, en marchant sur les oeufs, tout en admettant mener des négociations afin de réduire le taux de leurs emprunts et en allonger la durée. De son côté, le FMI s’est déclaré d’accord avec le gouvernement grec, non sans faire preuve d’un certain jésuitisme.

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L'actualité de la crise : LA QUEUE DU DRAGON, par François Leclerc

Parmi les discussions qui animent ces temps-ci les longues journées et soirées des ministres des finances européens figure celle de l’épineux sujet des stress tests des banques. Les vingt-sept viennent de se pencher dessus en début de semaine, mais, là encore, l’unanimité n’a pas régné et les compromis n’ont pas été trouvés. Nous n’avons pas fini d’entendre parler de cette deuxième édition des tests, tout au long de ce semestre.

De premiers échos permettent de se faire une idée des sujets débattus et montrent que les désaccords ne sont pas minces. Il en ressort d’abord la curieuse méthode qui est une nouvelle fois employée. Par nature, les stress tests sont destinés à tester des comportements en réponse à des événements extrêmes ; mais une autre conception semble à nouveau prévaloir : le problème est pris l’envers et l’on s’accorde pour ne définir les caractéristiques de ce que l’on mesure et de ces événements qu’en fonction des résultats que l’on veut obtenir ! La finance est une drôle de science expérimentale.

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L'actualité de la crise : PLUS ON AVANCE, MOINS ON SAIT QUOI FAIRE, par François Leclerc

Billet invité.

Tenir une simple liste des discussions entamées et laissées en suspens, pour ne pas parler des mises à jour de dossiers, est une tâche qui de jour en jour s’alourdit. Sans aller chercher jusqu’aux Etats-Unis, où la lancinante question de la réduction du déficit fédéral n’est pas près de trouver une réponse, imposant dans l’immédiat au Congrès de relever le plafond autorisé de la dette publique, l’Europe n’est pas mal pourvue sur ce chapitre.

Il en ressort, pour en faire la synthèse, que plus on avance, moins on sait quoi faire.

L’émission des euro-obligations, que l’on croyait pour un temps enterrée, a déjà rejailli à Paris, à l’occasion d’une visite jeudi de Georgios Papandréou, le premier ministre grec. Prudemment, il a avancé qu’il faut utiliser « tous les outils possibles de la boîte à outils », après avoir affirmé en décembre dernier vouloir contribuer à réunir un million de signatures d’Européens en sa faveur. Il s’inscrivait alors dans le cadre de L’initiative citoyenne européenne, qui permet selon le Traité de Lisbonne de saisir la Commission européenne. A l’occasion du démarrage de la présidence de l’Union européenne par la Hongrie, son ministre des finances György Matolcsy a immédiatement pris le relais depuis Budapest. Parlant des euro-obligations, il a pronostiqué : “Je l’exclurais aisément pour d’ici à la fin de l’année. Mais, d’ici à 2013 ou d’ici au milieu de la décennie, je suis très optimiste quant à l’issue finale : nous aurons certainement des nouveaux instruments financiers comme les euro-obligations ».

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L'actualité de la crise: une bête comédie de plus, par François Leclerc

Billet invité.

UNE BÊTE COMÉDIE DE PLUS

Faut-il encore revenir sur les tests européens ? Oui ! Non pour les mettre encore une fois en cause, mais parce que l’on en apprend beaucoup de choses qui vont être utiles pour la compréhension de la suite de la mauvaise pièce qui nous est jouée.

Les résultats de l’examen ont été publiés vendredi dernier, mais un malentendu (un de plus) s’est instauré, car il s’agit en réalité d’un concours : 84 postes ont été attribués, 7 banques européennes sur 91 ont été recalées, mais y avait-il autant de postes à pourvoir ? C’est tout du moins ce qu’on a immédiatement pensé, après comparaison avec les tests américains du début de 2019, 10 banques sur 19 banques ayant alors échoué.

Il en ressort que les regards sont désormais tournés non pas vers les recalés, qui vont devoir être recapitalisés, mais vers les banques qui sont juste après dans le classement selon le ratio obtenu, qui vont formellement échapper à cette obligation mais dont on doute de la bonne santé. C’est logique, si l’on pense par ailleurs que les questions de l’examen étaient trop faciles. Les esprits chagrins, de plus en plus nombreux ces temps-ci, faisant aussi remarquer que les 7 banques recalées devaient de toute façon voir leurs capitaux renforcés.

Les résultats des tests vont donc avoir comme conséquence de renforcer ce qui était déjà constaté sur le marché interbancaire : deux catégories de banques vont clairement apparaître, celles à qui l’ont peut prêter dans certaines conditions et celles à qui il est rigoureusement exclu de le faire. La BCE n’aura plus qu’à continuer de les soutenir, afin de suppléer au marché interbancaire.

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L'actualité de la crise: tests, premiers enseignements, par François Leclerc

Billet invité.

TESTS, PREMIERS ENSEIGNEMENTS

Tout bien pesé, les tests des 91 établissements bancaires européens ont finalement été d’un beaucoup plus grand intérêt que prévu. Non pas en raison de leurs résultats – tout le monde les considère fabriqués pour la circonstance et ils ne rassurent en façade que ceux qui les ont décidés – mais pour tout ce qui les a entourés et nous a été montré.

En premier lieu, en raison de la pagaille accrue qui entoure toutes les décisions européennes, retrouvée pour la circonstance, et qui reflète des divergences d’intérêts exacerbées entre les pays de l’Union. Cela n’est pas destiné à s’arranger. En second, à cause de la tenue pour le moins brouillonne de ces tests, qui a permis de chercher et trouver – en raison même du secret dont ils ont été entourés – d’innombrables finesses.

Toutes concourent à masquer la situation effective des banques. Inutile d’y revenir, la liste en a été faite précédemment ces derniers jours dans cette chronique. En creux de ce qui a été testé, l’inventaire a pu être fait de ce qui ne l’était pas, ou effectué de manière accommodante.

Derrière l’omniprésent discours de propagande sur le danger imminent que représente la dette publique, destiné à justifier d’importantes restrictions budgétaires, il n’y a qu’une seule intention : préserver à tout prix le système financier, toujours dans une situation de grande fragilité que l’on cherche à masquer. Car, au-delà des tests où les banques sont prises une par une, c’est dans son ensemble qu’il est le plus inquiétant, en raison du risque systémique que ceux-ci n’ont même pas essayé de mesurer.

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L'actualité de la crise: à trop vouloir prouver…, par François Leclerc

Billet invité.

A TROP VOULOIR PROUVER…

Quand c’est parti en crabe, il est rare que l’on puisse remettre les choses d’équerre !

Au fur et à mesure que s’approche l’heure de la publication des résultats officiels des tests des banques, les fuites se multiplient. Une téléconférence de dernière minute entre ministres des finances pourrait même aboutir à une publication de ceux-ci plus tôt que prévu demain vendredi. Afin de ne pas laisser le premier mot à Wall Street et de permettre aux Bourses européennes de réagir en premier, est-il expliqué. A moins que cela ne soit pour éviter que ce secret difficilement gardé soit totalement éventé. Même à propos de l’heure de publication de ces résultats, les Européens n’arrivent pas se mettre facilement d’accord  !

D’autres informations corroborent les interrogations qui s’étaient déjà faites jour à propos de la qualité de ces tests, le FMI n’hésitant pas à mettre hier mercredi les pieds dans le plat à ce propos. Une manière semble-t-il efficace d’obtenir un peu plus de transparence dans ce monde décidément voué à l’opacité, même quand il prétend faire preuve du contraire.

Un document du Committee of European Banking Supervisors (CEBS) qui a – tout du moins officiellement – la haute main sur le processus, vient de confirmer que le risque de défaut partiel des obligations souveraines n’a pas été véritablement pris en compte pour effectuer les tests. La distinction entre Trading Book et Banking Book ayant été mise à profit afin de ne prendre en compte une décote éventuelle de ces obligations que si elles figurent dans le Trading Book. Alors qu’elles figurent traditionnellement et pour l’essentiel dans le Banking Book des banques.

Sous la pression des milieux financiers, un questionnaire du CEBS daté du 15 juillet a été envoyé aux banques testées afin qu’elles produisent un relevé détaillé de l’imputation des obligations souveraines qu’elles détiennent dans les deux cas, mais rien n’est moins sur que la publication de leurs réponses.

D’autres informations parues ce jeudi matin dans le journal espagnol El Economista laissent encore plus rêveur. 8 banques et 19 caisses d’épargne ont été testées. Mais la Banque d’Espagne aurait donné son accord pour que les 10,2 milliards d’euros du fonds du Frob (le fonds d’aide aux banques) injectés dans les établissements soient pris en compte dans le calcul de leurs fonds propres de première catégorie. Or, il s’agit de prêts !

Tout semble avoir été fait pour que l’Etat ne soit pas dans l’obligation de financer des recapitalisations, alors que les 12 milliards du Frob ont été presque entièrement utilisés, impliquant qu’il se retourne vers les marchés ou qu’il demande l’activation du plan de stabilisation financière européen, toujours pas opérationnel. Pour mémoire, RBS avait estimé que 50 milliards d’euros devraient être consacrés à la recapitalisation du système bancaire espagnol, UBS aboutissant au même ordre de grandeur.

Déjà confrontés à l’impossibilité de mesurer le risque de défaillance des banques prises une par une, pour ne pas parler du risque systémique propre au système bancaire lui-même, qu’aucun modèle ne permet d’estimer, les autorités ne se résolvent pas à utiliser les pauvres outils dont elles disposent et biaisent de toutes les manières possibles.

Il devient de plus en plus difficile de répondre à la question : qui vont-elles tromper ? Il est par contre de plus en plus impressionnant de constater qu’elles en sont réduites à de telles grossières manipulations. Serait-ce l’habitude dans le monde financier, la nouveauté étant que l’on s’en aperçoit ?

L'actualité de la crise: un test… mais des gouvernements, par François Leclerc

Billet invité.

UN TEST… MAIS DES GOUVERNEMENTS

Comme prévu, il est des secrets que l’on ne peut garder pour soi bien longtemps. Sans attendre la date fatidique du 23 juillet, c’est à qui s’épanchera à propos des stress tests des 91 banques européennes retenues : tout va bien, aucun souci n’est à se faire, est-il partout proclamé de manière précipitée !

Une maladresse de plus, qui accrédite l’idée largement répandue que ces tests sont complaisants. Une constatation confirmée par les informations en provenance de plusieurs établissements bancaires, qui ont procédé à leurs propres estimations, et qui voient moins en rose la vie du système bancaire européen.

Les uns après les autres, les représentants les plus officiels affirment que leurs banques nationales sont bonnes pour le service. Seuls quelques victimes expiatoires pourraient être recalées, tentative un peu dérisoire de crédibiliser des tests qui font penser à ces élections remportées à 99,98% des suffrages que l’on a connu (le vote étant obligatoire).

Réunis plus discrètement, au siège de la BCE à Zürich, les représentants de 40 banques participantes à l’examen bénéficient cet après-midi, en avant-première et 48 heures à l’avance, de la divulgation des résultats. Aucune conférence de presse n’est prévue à l’issue de cette rencontre.

Le temps, remarquent les esprits chagrins, de se concerter sur ce qui va être effectivement rendu public et ce qui sera conservé par devers soi. Car la décision avait été laissée en suspens, lors de la dernière réunion de l’Eurogroup, en raison de désaccords persistants et dans l’attente des résultats péniblement ajustés – à force de modifications successives des paramètres testés – d’un examen dont les résultats étaient redoutés.

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