Pendant les travaux la vente continue

Tandis que les banques européennes sont bichonnées par la BCE et les régulateurs tout en s’efforçant à la concentration pour se protéger et tenir leur rang au plan international, leurs consœurs nord-américaines affichent des résultats pharamineux. Elles traversent la crise sans dommages, comment cela est-il possible ?

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Les mots sont d’un fragile recours

Pour employer un terme qui a trouvé sa place, le capitalisme est-il soutenable ? La charge de la preuve lui revient sans discussion. Mais à défaut de concrétisation garantie, les grands mots sont de sortie : il sera inclusif dans l’avenir et il est en attendant constaté la bonne résilience du système financier aux bons soins des banques centrales. Le vocabulaire mis à part, que peut-il se passer ?

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Démantèlement de la régulation financière

De toutes les mesures de la réglementation financière, la règle Volcker a été celle qui a été la plus  âprement disputée avant d’être finalement adoptée en 2010. Sa vocation était d’interdire les activités spéculatrices des banques sur fonds propres, et de renouer avec les principes du Glass-Steagall Act de 1933, abrogé sous Bill Clinton en 1999. À nouveau, l’incompatibilité entre les métiers de banque des dépôts et de banque d’investissement était en vigueur. Et ce n’était pas supportable de brider ainsi une activité financière si profitable… et risquée.

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APRÈS LE CASINO, LA ROULETTE RUSSE ! par François Leclerc

Billet invité.

Les affaires ont repris leur cours comme si de rien n’était. Sur le marché des instruments financiers, les trackers ont la vedette, mais ils ne sont pas les seuls à prospérer. Dans cette vaste famille plus ou moins réglementée figurent également les contrats pour la différence (CFD), les warrants et les turbos. Ce n’est plus le casino, c’est la roulette russe ! Continuer la lecture de APRÈS LE CASINO, LA ROULETTE RUSSE ! par François Leclerc

LES GROS MALINS DE LA FINANCE, par François Leclerc

Billet invité.

La liste des banques ayant trempé dans une manipulation financière n’est pas difficile à établir : toutes les mégabanques ont été prises la main dans un pot à confiture et le plus souvent dans plusieurs. Celle des marchés sur lesquels les fautives ont pêché n’a également pas cessé de s’allonger au fil des ans.

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L'actualité de la crise : UN AVENIR TOUT TRACÉ, par François Leclerc

Billet invité.

Nous sommes donc entrés dans l’acte II. Dette publique et dette privées, ces deux facettes du même phénomène, sont en compétition pour chercher leur financement sur les marchés. Les Etats, les banques et institutions financières, ainsi que les grandes entreprises, sont entrés en concurrence, devant faire face à des besoins grandissants, l’ensemble menant inexorablement à une hausse du coût de l’argent, comme on l’observe déjà pour certains. Tel un goulot d’étranglement, le chemin de la délivrance se rétrécit au fur et à mesure que les emprunteurs s’avancent, obturant celui de la sortie de crise qu’ils s’attendent à y trouver.

Les piliers du système lui-même, sa monnaie de référence le dollar et la dette souveraine en général, s’effritent par conséquent et ne remplissent plus qu’imparfaitement leur rôle. L’implosion se poursuit, sous la forme d’un affaissement prévisible.

Les investisseurs, dont on était accoutumé à ce qu’ils réalisent des aller-retour rapides entre marchés des actions et des obligations, arbitrant moindres risques et meilleurs rendements, ne trouvent plus leur pitance ni sur l’un, ni sur l’autre et se dirigent ailleurs. Les produits financiers permettant de spéculer sur les marchés monétaires ou des matières premières, ainsi qu’en jouant dans les nombreuses salles du casino toujours grandes ouvertes, via des intermédiaires ayant pignon sur rue ou appartenant au shadow banking, sont bien plus attractifs.

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L'actualité de la crise : MIRACLES UN PEU SOLLICITÉS, par François Leclerc

Billet invité.

Nous en étions restés à l’épisode précédent : comment Goldman Sachs avait distribué une émission hors marché d’actions de 2,1 milliards de dollars de Facebook afin de se remplir les poches, d’en faire bénéficier au passage des clients privilégiés, et de faire grimper à 50 milliards de dollars la valorisation de son gros client. Donnant-donnant. Il n’avait pas fallu plus de cinq mois pour que celle-ci double de valeur, laissant un peu pantois les observateurs.

En un temps à nouveau record, moins d’un mois, un nouveau bond de la valorisation a depuis été enregistré et Facebook est valorisé à 60 milliards de dollars. Plusieurs grands investisseurs institutionnels non identifiés ont en effet manifesté l’intention d’investir dans la société et le management de Facebook envisage d’autoriser ses employés à vendre pour un milliard de dollars d’actions – ce qu’ils n’avaient pas le droit de faire – afin de répondre positivement à leur attente. L’opération représente un coup triple : accroître la valorisation de la société et récompenser les employés méritants sans bourse délier, mais aussi réduire le nombre des actionnaires.

En effet, la réglementation de la SEC – l’autorité de régulation boursière – impose aux sociétés dépassant le nombre de 500 actionnaires d’enregistrer leurs comptes financiers, même si elles ne sont pas cotées en bourse. C’est d’ailleurs la seconde fois que Facebook réalise une telle opération de réduction du nombre de ses actionnaires, ce qui lui permet de reculer l’échéance fixée par la SEC et de garder toute la confidentialité à ses données financières. Ce qui a pour but de dissimuler le désastreux rapport entre son chiffre d’affaires et la valorisation de son capital, un ratio qui crève tous les plafonds et met en évidence le caractère artificiel et spéculatif de cette dernière. Et de poursuivre sa marche triomphale de la création de valeur à la réalité économique artificiellement gonflée.

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L'actualité de la crise : LES ETATS-UNIS DANS UN CERCLE VICIEUX, par François Leclerc

Billet invité

La crise sera décidément longue. Non seulement parce que les énormes bulles financières qui ont déjà éclaté n’ont pas fini de se vider – tous les efforts convergeant pour retarder l’échéance, faute de mieux – mais également parce qu’elle génère de nouveaux dysfonctionnements qui l’alimentent en retour.

La nouvelle bombe à retardement des municipal bonds ou muni-bonds américains en donne une illustration. Hier placement sans risques pour riches rentiers ou fonds de pension, ce marché de 2.800 milliards de dollars est celui des obligations émises par les Etats, les villes, les comtés et les agences publiques locales pour leur financement. Rompant avec sa quiétude traditionnelle, il dérape désormais sous l’effet de la dégradation de la situation économique qui affecte la collecte des taxes des émetteurs et déséquilibre leurs budgets.

Le marché des muni-bonds est en train de changer de nature. Il devient de plus en plus volatil, créant par là même un nouveau terrain de jeu pour la spéculation financière. Si la déstabilisation financière de plusieurs Etats et grandes villes américaines est suivie avec inquiétude, de très nombreux petits émetteurs méconnus de muni-bonds sont également dans une situation très tendue, avec encore moins de possibilités de recours. Cette partie du marché est particulièrement opaque, 10 % de son volume n’étant pas couverts par les agences de notation, l’information financière faisant par ailleurs souvent défaut sur les émissions. C’est par le bas du marché que va prioritairement se propager la crise des muni-bonds.

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SUSAN GEORGE ET PAUL JORION : QUE FAIRE ?

Ils ne s’étaient jamais rencontrés, c’est maintenant chose faite. Avant d’échanger leurs livres (1), se les dédicaçant réciproquement, ils ont parlé à bâtons rompus, à partir de l’actualité qui était ce jour-là le début du Forum de Davos, tentant ensuite de répondre aux questions : que faire, que proposer ? FL.

Susan George : Réglons leur sort à Davos et au G20 que personne n’a élu, ni l’un ni l’autre. Le G20 est né de la crise qui a fait trembler le monde. J’étais à Londres lors du premier, nous étions 35.000 à manifester ; la presse du lendemain, de même que Gordon Brown, s’empressaient de souligner leur accord avec nous. Tout a depuis bien changé. C’est très rapidement devenu un simple rituel où les points de vue sont trop divergents pour que des décisions soient prises. Quant à Davos, l’on y affirme que la crise est terminée. Le fondateur, Klaus Schwab, publie un texte dans Foreign Policy intitulé « Gérer le monde après la crise ». Pour qui se prend-il ? Davos n’a rien vu et ne verra rien venir, ceux qui s’y rendent ne vont y chercher, en plus des « deals », qu’une sorte de sagesse conventionnelle ; c’est un rituel aussi. Et d’après les nouvelles de ce matin, « Davos » pense que le risque, aujourd’hui, c’est de trop réguler les banques.

On subit le G20 comme on subit Davos, à cette différence près que c’est ce dernier qui imprime le plus sa marque car la finance gouverne. Que faire alors ? Je pense qu’il faut placer son espoir dans un travail hélas long et patient, comme nous le faisons l’un et l’autre, en construisant des alliances entre gens qui ont des idées et savent à peu près ce qu’il faut faire. Notamment, selon moi, une taxation sur les transactions financières qui permettrait de financer le tournant de civilisation nécessaire : conversion verte, réduction de la pauvreté dans le Sud, transfert de technologie hors OMC, etc. – autant de projets dont la finance pourrait être la vache à lait.

Paul Jorion : On exprime en effet dans certains milieux l’opinion que la crise est terminée, en particulier au G20 et à Davos. Comment peuvent-ils ignorer l’existence de différentes bombes à retardement dont, aux Etats-Unis, le déficit public faramineux, l’immobilier résidentiel qui connaîtra encore une aggravation cette année, l’immobilier commercial sans solution, ainsi que le marché obligataire des États et des autorités locales et, en Europe, les phases encore à venir de la crise de la zone euro. Or, les faits sont têtus, nous en sommes d’accord. Ce qui amène d’ailleurs à s’interroger sur l’influence réelle que ces instances ont sur les événements, dont elles semblent incapable de modifier le cours.

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L'actualité de la crise : UNE RÉGULATION EN FAILLITE, par François Leclerc

Billet invité.

Actualité du G20 oblige, il faut y revenir, mais est-il bien nécessaire de s’acharner à suivre les méandres des débats internationaux à propos de la régulation financière en gestation ? Etant donné, se dit-on, que les dispositions prises n’auraient pas pu empêcher la crise actuelle, et qu’elles pourront encore moins demain faire obstacle à la prochaine, qui prendra une autre forme et surprendra tout autant.

Le G20 va faire sonner faux les trompettes, en vue d’annoncer l’adoption d’une nouvelle régulation des banques (Bâle III), bien qu’elle soit encore arrêtée à mi-chemin, faute de dispositions anti-sytémiques que l’on ne parvient pas à définir et devant la levée de boucliers des mégabanques. Mais il laisse largement de côté celle des produits financiers sophistiqués et des marchés, sur lesquels se réalisent leurs transactions.

L’avenir du shadow banking est dans ces conditions pleinement assuré, les banques utilisant déjà leurs filiales pour contourner les réglementations actuelles et futures. Certains analystes considérant de surcroît que les restrictions apportées à l’activité des banques va les amener à prendre encore plus de risques dans le secteur non réglementé, afin d’améliorer leur retour sur fonds propres, qui vont devoir être augmentés.

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