Le trop plein de liquidités : CE REMÈDE QUI CONDAMNE LE MALADE, par François Leclerc

Billet invité

Jamais les marchés financiers n’ont été scrutés avec une telle attention, forts de la conviction – implicitement admise et parfois théorisée – que des rebondissements de la crise en cours sont inévitables. Mais où, quand et comment cela va-t-il survenir ? La faible volatilité (ampleur des variations des cours) enregistrée sur les marchés interroge d’ailleurs des analystes, qui la compare au calme qui précède la tempête.

Des signes manifestes de surchauffe sont décelés et soupesés et le coupable n’est pas difficile à trouver : l’appétit au risque est revenu et les liquidités à très faible taux continuent d’être disponibles sans limitation aux guichets des banques centrales. Le volume de l’immense marché des « repos » (repurchase agreements, pensions livrées en français) était avant la crise de 4.200 milliards de dollars et a depuis rétréci. Désormais identifié comme source de tous les dangers, il n’est plus le lieu de prédilection des banques (qui se financent dorénavant à moins court terme, pour des raisons réglementaires), mais des hedge funds, fonds de pension et autres Real estate funds (ou Reits, les sociétés d’investissements immobilier cotées).

Continuer la lecture de Le trop plein de liquidités : CE REMÈDE QUI CONDAMNE LE MALADE, par François Leclerc

L'actualité de demain : LE FANTÔME DU CASINO (*), par François Leclerc

Billet invité.

Un fantôme hante les sous-sols du monde financier. En y en faisant allusion hier dans le cadre d’une envolée magistrale sur le thème « nous construisons le système de liquidités de demain », Mark Carney, le nouveau gouverneur de la Banque d’Angleterre, ne pouvait que susciter la curiosité. Non pour s’être donné le beau rôle en excipant que « la Banque d’Angleterre est aujourd’hui l’ami des banques résistantes, des marchés constants et de bon collatéral ; et nous sommes l’ennemi des sauvetages avec l’argent des contribuables, des marchés fragiles et de l’instabilité financière », mais par ses précisions qui en appellent d’autres. Dans l’immédiat, nous saurons que l’institution se prépare à prêter des liquidités et du « bon collatéral » pour une plus grande période, à accepter en échange des actifs selon un plus grand éventail, et à diminuer le coût de l’utilisation de ces facilités .

Collatéral, le nom qui fait trembler est lâché ! Les banquiers centraux abordent rarement le sujet épineux des actifs qu’ils prennent en garantie dans le cadre de leurs relations avec les banques commerciales, continuant pour ce faire d’utiliser les notations des agences après avoir opéré une décote. Mark Carney évoque cette fois-ci la distribution aux banques de « bon collatéral » – comme s’il s’agissait de celle des prix – accréditant l’idée qu’il ne l’est pas toujours et pourrait faire défaut sur le marché.

Continuer la lecture de L'actualité de demain : LE FANTÔME DU CASINO (*), par François Leclerc

L'actualité de demain : FRAGILITÉS FINANCIÈRES INTRINSÈQUES, par François Leclerc

Billet invité

Lorsque l’on s’aventure dans les sous-sols du système financier, l’inventaire de ses fragilités intrinsèques n’a pas de fin… et les solutions pour y remédier restent à inventer. La réflexion sur les banques systémiques, dont une liste a été dressée, assujetties faute de mieux à un ratio de fonds propres plus élevé, en est un exemple ; un autre est la rareté potentielle du collatéral, ces actifs apportés en garantie d’une transaction, aboutissant à une périlleuse sophistication de leur gestion. À défaut de savoir bien évaluer le risque, il faut le contenir, car il n’est plus possible de l’évacuer comme la titrisation permettait de le faire, pensant ainsi le diluer et le rendre inoffensif (il n’en a rien été).

La Fed de New York a ouvert à ce propos un nouveau dossier en se penchant sur le marché des repo (pour sale and repurchase agreement, accord de vente et de rachat de collatéral), là où les banques viennent chercher leurs financements intraday (opérations initiées et dénouées au cours d’une même journée). Ce marché de 2.000 milliards de dollars aux seuls États-Unis associe côté emprunteur les banques, et côté prêteur les fonds monétaires, les assurances, les sociétés d’investissement et les entreprises. Des banques appelées agents tripartites – du fait qu’elles jouent un rôle de tiers, de garant entre l’emprunteur et le prêteur – sont chargées d’opérer le déroulement et la compensation des opérations entre ces emprunteurs et ces prêteurs. Aux États-Unis, ce sont pour l’essentiel JPMorgan et Bank of New York Mellon qui assurent ce rôle.

Continuer la lecture de L'actualité de demain : FRAGILITÉS FINANCIÈRES INTRINSÈQUES, par François Leclerc