L'actualité de la crise : COMPARAISON DONNE PARFOIS RAISON, par François Leclerc

Billet invité

Se poursuivant tous les deux vers des issues incertaines, la crise financière et l’accident nucléaire de Fukushima auraient-ils des points communs ? Paul Jorion a déjà évoqué la similitude des faux remèdes qui y sont dans les deux cas apportés : l’inondation des banques par des liquidités et celle des réacteurs par de l’eau. Permettant seulement de gagner du temps, mais pas davantage.

Un autre rapprochement est éclairant : celui de l’interpénétration étroite de l’État par l’industrie nucléaire, de même nature et selon la même méthode que celle que l’on constate dans le cas de l’industrie financière. Contribuant dans les deux cas à la formation d’un système oligarchique opaque et centralisé.

Continuer la lecture de L'actualité de la crise : COMPARAISON DONNE PARFOIS RAISON, par François Leclerc

Partagez
Recommandez par mail Recommandez par mail

L'actualité de la crise: oh, les beaux jours ! par François Leclerc

Billet invité

OH, LES BEAUX JOURS !

La SEC et la CFTC – les deux régulateurs américains concernés par le marché des dérivatifs – sont entrés dans la cage aux fauves. C’est à eux que revient en effet la redoutable mission de tenter de dresser ces animaux sauvages, au terme de la loi Dodd-Frank qui a laissé tout le travail en plan.

Des auditions publiques seront organisées en septembre et la mise au point de la centaine de définitions des termes employés dans le texte de la loi et des règles précises à respecter devrait être terminé pour juillet 2011, dans moins d’un an. On va beaucoup parler d’ici là du titre 7 de la loi, puisqu’il va falloir en faire l’exégèse, le législateur ne s’y étant pas risqué. Ou ne parvenant pas à trouver les compromis nécessaires, préférant se défausser sur l’administration.

Cela revient à dire que tout, ou presque, est à faire. Et qu’il va falloir répondre à des questions élémentaires dont la réponse a été laissée en blanc. Qui va être autorisé à intervenir sur ce marché  ? Quels types de dérivés vont devoir emprunter des chambres de compensation, selon quels critères et quelles procédures cela sera-t-il décidé  ? Dans quelles éventuelles limites les banques vont-elles pouvoir détenir des participations dans des chambres de compensation ? A quels critères va-t-il falloir répondre pour bénéficier du statut de chambre de compensation et être autorisé à exercer cette activité ? Quelles données les traders autorisés vont-ils devoir leur fournir et comment celles-ci seront-elles ou non rendues publiques en vertu d’une transparence du marché qu’il va falloir instaurer ? Il y a du pain sur la planche, car cette liste n’est qu’un premier survol…

Continuer la lecture de L'actualité de la crise: oh, les beaux jours ! par François Leclerc

Partagez
Recommandez par mail Recommandez par mail

L'actualité de la crise: interdit d'interdire ?, par François Leclerc

Billet invité.

INTERDIT D’INTERDIRE ?

En ces temps de célébration outrancière de l’adoption de la loi de régulation financière américaine, qui donne lieu à des envolées destinées à être vite oubliées, et qui laisse sur leur faim ceux qui ont un moment cru que, pour s’être fait une si grande frayeur, les Américains réagiraient de manière conséquente, une simple question s’impose.

Qu’est ce qui est le pire dans cette situation ? Que les portes du casino aient été laissées ouvertes, au prétexte de réglementer en chipotant son accès, ou bien que se poursuive la vaine quête du truc miraculeux qui contiendra un risque systémique que l’on ne sait toujours pas par quel bout pendre  ?

Car ce qui est frappant, dans ce paysage qui ne peut devenir que plus désolé, en dépit de toutes les fausses assurances qui s’épuisent les unes après les autres, c’est que l’on en revient toujours à la même étonnante approche restant à la surface des choses.

Jamais il ne s’agit de remédier aux origines du cataclysme, dont la recherche est tout simplement oubliée. L’objectif limité et inatteignable reste d’essayer de l’endiguer, le jour inconnu où il surviendra à nouveau, à l’endroit méconnu où il se manifestera, selon des mécanismes dont on sait par avance qu’ils seront déroutants, car imprévisibles. Car c’est tout ce qui a voulu être retenu.

Continuer la lecture de L'actualité de la crise: interdit d'interdire ?, par François Leclerc

Partagez
Recommandez par mail Recommandez par mail

L'actualité de la crise : tourner la page ! par François Leclerc

Billet invité.

TOURNER LA PAGE !

Durant toute la journée de lundi, les démentis ont plu de toute part, ne faisant qu’accréditer la rumeur dont avait fait état le Frankfurter Allgemeine Zeitung, un journal qui ne passe pas particulièrement pour faire partie de la presse à sensation. L’Espagne serait au bout du rouleau, un plan d’activation du fonds de stabilité financière européen en préparation. Les mauvais esprits – il n’en manque pas – remarquant que ce scénario rappelait fâcheusement celui de la Grèce, avant qu’elle ne bénéficie d’un soutien longtemps dénié de toutes parts.

Une conférence téléphonique des ministres du G7 avait opportunément eu lieu dans la matinée, dont il était juré qu’elle n’avait pas été consacrée à l’affaire qui mobilisait toutes les attentions. Décidément !

Les rares banquiers et financiers espagnols qui acceptaient de s’exprimer faisaient entendre un tout autre son de cloche : ils reconnaissaient que les banques espagnoles étaient devant le marché international des capitaux comme devant porte close. Plus personne ne voulant se risquer à prêter à un secteur bancaire en pleine crise, sans désormais même faire trop le détail entre ses composantes, faute de visibilité. L’opacité du système financier se retourne contre lui dans les mauvais jours : il est dans l’incapacité de lui substituer la transparence, car elle rendrait encore plus vulnérable.

Continuer la lecture de L'actualité de la crise : tourner la page ! par François Leclerc

Partagez
Recommandez par mail Recommandez par mail

L'actualité de la crise: banques qui rient, banques qui pleurent, par François Leclerc

Billet invité.

BANQUES QUI RIENT, BANQUES QUI PLEURENT

C’est en passe d’être réalisé : une loi de régulation financière va être dans les semaines à venir promulguée par Barack Obama, après un rapprochement des textes successivement adoptés par la Chambre des représentants et du Sénat qui va permettre d’encore en édulcorer l’ensemble. Les mégabanques ont d’ores et déjà remporté aux Etats-Unis une écrasante victoire dont elles entendent se prévaloir, dans le monde entier, afin de poursuivre leurs jeux délétères. Il n’y a pas à tergiverser, mais à s’interroger sur ses conséquences.

Avec l’appui de l’administration – en dépit de quelques batailles menées par des agences de régulation et d’escarmouches à portée limitée – et avec le soutien qui ne s’est pas démenti, sauf à l’occasion d’alertes qui n’ont pas duré, d’un Congrès miné par le lobbying et la corruption, les mégabanques viennent d’illustrer le fameux « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». La gloire n’était qu’accessoire, elles se contenteront de la victoire. Seuls quelques élus auront tenté de sauver l’honneur, sans succès.

Durant ces mois de travail législatif, Barack Obama n’aura cessé de mettre en scène son courroux et sa détermination pour masquer qu’il n’entendait pas mettre la bride sur le cou au capitalisme financier dont il est en réalité, avec son administration, partie largement prenante. Justifiant l’utilisation du concept d’oligarchie pour qualifier le pouvoir qu’il représente, certains préférant le terme de ploutocratie.

Continuer la lecture de L'actualité de la crise: banques qui rient, banques qui pleurent, par François Leclerc

Partagez
Recommandez par mail Recommandez par mail

L'actualité de la crise: combustions lentes, par François Leclerc

Billet invité

COMBUSTIONS LENTES

Lorsque l’on quitte un instant les cimes de la finance et de l’économie pour s’intéresser à l’étage du dessous, dont on ne parle pas assez, que peut-on observer ? Que le feu y couve, de manière moins spectaculaire mais avec d’importants effets potentiels. Comme s’il se confirmait qu’il y avait eu plusieurs départs du feu, signe incontestable qu’il n’a pas été accidentel, et surtout qu’il n’est pas éteint.

Est-ce un prétexte pour reparler de ces bombes à retardement que sont les marchés hypothécaires résidentiel et commercial, aux Etats-Unis ou dans les pays qui ont le plus succombé au démon de la promotion immobilière, comme l’Espagne ? C’est un peu tôt encore pour le faire, il faut attendre encore.

Ou bien pour remettre sur le tapis le marché des LBO (leveraged buyout), cette technique à fort effet de levier qui consiste à financer l’acquisition d’entreprises par l’endettement, en leur faisant ensuite supporter le poids du remboursement des dettes contractées ? Un nombre de plus en plus grand d’entre elles n’y parvenaient plus et les banques ont du procéder à des refinancement, afin de ne pas constater d’importantes pertes, vu la dimension des opérations. Le cap difficile est pour l’instant doublé en Europe, grâce à l’afflux de liquidités qui a permis d’y procéder sans encombre. On verra par la suite, quand les nouvelles échéances surviendront et si la récession se précise.

Continuer la lecture de L'actualité de la crise: combustions lentes, par François Leclerc

Partagez
Recommandez par mail Recommandez par mail

L'actualité de la crise: la Grande Crise s'auto-alimente, par François Leclerc

Billet invité.

LA GRANDE CRISE S’AUTO-ALIMENTE

Une constatation s’est déjà imposée : la Grande Crise est sortie de son état aigu, au moins provisoirement, pour entrer dans une phase chronique. Ce que l’on peut traduire par durable et installée. A poursuivre son observation – prenant un peu de recul face à la succession à cadence rapprochée de ses épisodes – on peut désormais également comprendre qu’elle s’auto-alimente. En d’autres termes qu’elle ne se poursuit pas uniquement parce qu’il n’a pas été fait face aux causes initiales de son déclenchement, mais aussi parce que les tentatives d’y remédier sont en elles-mêmes porteuses de sa poursuite et de son approfondissement. En ce sens, elle se reproduit.

Une conclusion s’impose alors : faute d’une reconfiguration en profondeur du capitalisme financier, pouvant aboutir à sa remise en question car il s’y oppose, la Grande Crise est devenue endémique. Pour s’en débarrasser, il n’y a d’autre issue que d’en faire autant d’un système financier parasitaire qui continue de s’accrocher à un corps social de moins en moins sain. Dont il est ressentit qu’il est vital de le préserver par un nombre grandissant de ses acteurs.

Afin de mettre en évidence ce phénomène de pérennisation désormais bien enclenché, tout peut partir d’une autre constatation, qui ne souffre pas discussion. Trois bulles financières distinctes coexistent actuellement, les deux dernières étant les produits d’une tentative inachevée et inopérante de faire face à la première. La bulle-mère est celle des actifs toxiques, qui est fort loin d’être résorbée. Les actifs y sont parqués dans ces bad banks de fait que sont les banques centrales, dans de discrets Special Purpose Vehicles, ou bien au fin fond des bilans mêmes des établissements financiers zombies, où ils sont très progressivement dépréciés.

Continuer la lecture de L'actualité de la crise: la Grande Crise s'auto-alimente, par François Leclerc

Partagez
Recommandez par mail Recommandez par mail

L'actualité de la crise : crise bancaire, le long chemin plein d'embûches restant à parcourir, par François Leclerc

Billet invité.

CRISE BANCAIRE: LE LONG CHEMIN PLEIN D’EMBÛCHES RESTANT A PARCOURIR

On attendait la publication de la nouvelle réglementation du Comité de Bâle destinée à renforcer la solidité du secteur bancaire, dont il vient d’être annoncé à Zürich qu’elle a été adoptée. Mercredi matin, une nouvelle est parue dans le quotidien japonais spécialisé Nikkei, et n’a pas cessé depuis d’agiter le monde entier de la finance, qui en a cherché la confirmation. D’après le journal, ces nouvelles règles qui s’imposent à tous, destinées à être introduites en 2012 après une large et longue concertation, pourraient n’être mises en application que très progressivement, au cours d’une période s’étalant sur rien de moins que les dix à vingt prochaines années. Les bourses réagissaient aussitôt et les valeurs financières en grimpaient de soulagement.

Sans connaître encore les détails de cette future réglementation, on sait qu’il s’agit de renforcer la qualité et la transparence des fonds propres (le Tier one) des banques, d’accroître leur ratio d’endettement, et de constituer des « coussins » amortisseurs pour faire face aux situations imprévues. Et qu’il est fort probable que les banques vont, en général, devoir procéder à d’importants appels de fonds, auprès de leurs actionnaires ou des marchés, afin d’y satisfaire. D’où ces délais impressionnants, s’ils sont confirmés, qui trouveraient leur justification officielle dans la crainte de casser la relance économique, en exigeant trop et trop vite des banques.

Continuer la lecture de L'actualité de la crise : crise bancaire, le long chemin plein d'embûches restant à parcourir, par François Leclerc

Partagez
Recommandez par mail Recommandez par mail

L'actualité de la crise: grands mystères et petites découvertes, par François Leclerc

Billet invité.

GRANDS MYSTERES ET PETITES DECOUVERTES

La période est aux grandes découvertes, mais elles ne sont pas exaltantes. Car elles ne sont pas faites dans le domaine scientifique, mais dans celui de la finance. Tout un monde jusqu’alors méconnu est devenu, par pans entiers et pour peu que l’on s’y consacre, presque à notre portée, perdant ainsi une partie de ses mystères, gardant toutefois encore beaucoup de ses zones obscures. A la faveur de la crise, il a fallu en profiter, la porte vers ce quasi univers si peu exploré s’est un peu entre-baillée, les langues se sont parfois déliées, tandis que la ferveur avec laquelle les croyances qui tenaient lieu de pensée économique dominante a nettement faibli. Car les grands mystères et les petites croyances ont toujours été de pair.

Tout un chemin a été accompli, mais pas jusqu’au bout. Les chroniqueurs, qu’ils se consacrent à la bourse ou aux marchés des matières premières, continuent ainsi de tenter de nous expliquer les variations des cours grâce aux fondamentaux de l’économie, ainsi qu’en vertu de la loi de l’offre et de la demande, n’abordant que rarement les rivages marécageux de la spéculation financière, affichant une superbe indifférence à l’égard des instruments financiers modernes et de leurs effets. Négligeant le plus souvent les volumes des transactions, pas moins significatifs que les indices. Privilégiant ces derniers, s’agissant de la bourse des valeurs, alors qu’ils ne reflètent que la valorisation des actions des plus grandes entreprises.

Continuer la lecture de L'actualité de la crise: grands mystères et petites découvertes, par François Leclerc

Partagez
Recommandez par mail Recommandez par mail

L'actualité de la crise: la machine à faire des bulles, par François Leclerc

Billet invité.

LA MACHINE A FAIRE DES BULLES

Les ministres des finances du G20 se réunissent en Ecosse ce soir et demain, l’occasion de faire un nouveau point de la situation, pour eux comme pour nous ! En lever de rideau de la conférence, les commentaires vont bon train dans la presse à propos du climat particulièrement rude et pluvieux du lieu, présenté comme symbole d’importantes divergences présumées entre les participants, à défaut de pouvoir rendre compte de celles-ci.

Alistair Darling, Chancelier de l’Echiquier Britannique et hôte de la réunion, a pourtant donné une forte indication à ce propos, lançant en préalable à celle-ci un avertissement, à l’occasion d’une intervention sur TV Bloomberg. Il a estimé qu’il était nécessaire pour le G20 de disposer d’un moyen (non identifié par ses soins) pour lutter contre les bulles formées par l’augmentation du prix des actifs, avant qu’il ne soit trop tard et alors que l’économie récupère : « Nous ne devons pas nous retrouver dans une situation où la pression monte, puis devient de plus en plus forte, pour se conclure avec des conséquences catastrophiques ». Alors que les ministres s’apprêtaient à vainement discuter de la manière dont ils pourraient s’y prendre pour diminuer les efforts publics (et les déficits), Alistair Darling leur a rappelé qu’une autre question méritait tout autant leur attention, elle aussi sans solution immédiate.

Continuer la lecture de L'actualité de la crise: la machine à faire des bulles, par François Leclerc

Partagez
Recommandez par mail Recommandez par mail