Sur le mode du changement : PUSILLANIMITÉ ET LÉGÈRETÉ, par François Leclerc

Billet invité

Au train où vont les choses, les années passant, les autorités qui sont aux commandes ne sont pas prêtes à reprendre l’initiative sur le déroulement des opérations, alors que la faible volatilité qui est constatée sur les marchés est source d’inquiétude grandissante, comparée au calme qui précède la tempête. Sans savoir d’où viendra le prochain coup de tabac et quand il interviendra. Une incertitude qui résume l’opacité et la complexité d’un système financier en permanence proche du dérapage incontrôlé.

Seules quelques tentatives voient à peine le jour afin de prendre en compte ce qui s’observe comme le nez au milieu de la figure en Europe où c’est le plus flagrant : la voie empruntée n’est pas la bonne ! Plus réalistes, mais aussi aventuristes, d’autres persévèrent en ne poursuivant qu’un seul objectif : recommencer comme avant, en mieux naturellement !

Ne disposant jusqu’à maintenant que de deux options – aider sous conditions un pays si sa dette est soutenable, ou préconiser sa radicale restructuration dans le cas contraire – le FMI explore actuellement une troisième voie : donner du temps au pays pour la rembourser en allongeant sa maturité. Cette réflexion est issue en droite ligne de la situation grecque et du refus des autorités européennes de pratiquer une remise de peine en bonne et due forme, alors que depuis des mois le FMI la proclame inévitable. Ne pouvant l’obtenir, cette nouvelle politique pourrait, une fois adoptée, donner un peu de souplesse à un désendettement des États qui coince irrémédiablement, en application du vieux principe selon lequel quand on ne sait pas quoi faire, il faut gagner du temps. Elle pourrait être ultérieurement utilisée avec d’autres pays, les candidats ne manquant pas. Le dos au mur, il n’est toutefois toujours pas question d’admettre qu’il faudra en passer par plus radical !

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ENCORE EN POINTILLÉS, UN NOUVEL ÉPISODE DE LA CRISE EUROPÉENNE ? par François Leclerc

Billet invité

Les épisodes de la crise européenne se suivent. Hier au bord de l’éclatement, la zone euro était soumise à une double peine. Les taux souverains se tendaient à l’extrême, et une politique de réduction du déficit public à marche forcée était instituée. Un précipice s’ouvrait, mais par l’effet d’un Deus ex machina, la BCE parvenait à calmer le jeu sur le marché obligataire. Une accalmie s’en suivait, qui se poursuit aujourd’hui, alors que s’entame une réévaluation encore marquée de beaucoup d’incertitudes quant à la politique engagée.

La mise en musique de la réduction des déficits publics créant une cacophonie, son inflexion ne va-t-elle pas finir par être distillée ? S’il a été aisé de contraindre les pays périphériques à se plier à la rigueur extrême en raison des sommets atteint sur le marché obligataire, c’est au prix d’une profonde crise économique, sociale et politique dont ils ne sont pas prêts de sortir. Mais une toute autre partie s’engage désormais avec l’Italie et la France. Bâties dans l’improvisation et destinées à un affichage politique, leurs prévisions budgétaires gouvernementales sont vouées à être démenties par les faits, conduisant ces deux pays à dévier des trajectoires de réduction du déficit et de la dette requises. Avec comme choix d’engager ou non une épreuve de force.

Tel est le moteur de l’évolution en cours, qui ne va pas aller sans atermoiements et demi-mesures. À cet effet, le principal sera distingué du secondaire. Le corpus de réformes censées libérer des potentialités bridées constituera un socle intouchable alors que des modulations du rythme du désendettement pourront avec parcimonie être consenties, sous la pression des faits. Quand la pression sera trop forte, comme d’habitude.

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PUISSANTS OU MISÉRABLES… par François Leclerc

Billet invité

La Commission a enjoint le gouvernement portugais de « présenter dans les plus brefs délais des mesures alternatives » à celles qui ont été retoquées par le Conseil constitutionnel du pays, afin que le Portugal « puisse respecter les objectifs auxquels il s’est engagé ». À l’occasion de sa distribution de bons et mauvais points d’hier, le gouvernement français a par contre bénéficié d’un tout autre traitement : « la stratégie budgétaire présentée dans le programme n’est que partiellement conforme aux exigences du pacte de stabilité et de croissance », mais ses mesures « vont clairement dans la bonne direction ».

Venant confirmer que devant les faits il n’y avait pas d’autre solution que de finalement s’incliner, Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des finances, s’est résolu à déclarer dans la presse allemande « Il est possible que la Grèce ait à nouveau besoin d’aide, d’un montant limité », oubliant les promesses de restructuration et ne faisant encore qu’effleurer le sujet. Ce qui augure de nouvelles contraintes pour le gouvernement grec qui cherche à les éviter. La brillante approche des autorités européennes n’a pas changé, frappant les faibles et épargnant les puissants, n’agissant qu’à la dernière minute dans l’improvisation pour gagner du temps.

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L’avenir présumé de l’Europe, GRANDS PRINCIPES ET GROSSE CONFUSION, par François Leclerc

Billet invité.

La cause a été vite entendue par les dirigeants européens réunis hier soir à Bruxelles : le décor ayant été résolument planté et tous – sauf Matteo Renzi – ne voulant voir dans le résultat des élections que l’épouvantail de la montée de l’europhobie, il a été décidé de confier à Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen, la tâche de rassembler les avis sur la meilleure manière de contrer celle-ci. La difficulté étant que se sont exprimés durant le dîner autant d’avis que de participants quand il s’est agi de l’avenir présumé de l’Europe. Proclamer que l’Europe doit changer est une chose, lui assigner des priorités claires en est une autre…

Faute de mieux, un médiateur a donc reçu le mandat de « conduire des consultations avec le Parlement européen et les différents groupes parlementaires, dès qu’ils seront constitués », sans naturellement oublier les dirigeants aux-mêmes. Mais le grand sujet reste la composition d’un paquet de nominations composé des futurs présidents de la Commission, du Parlement et du Conseil. On ne se refait pas ! Une liste de grands principes pourra toujours fournir l’habillage requis : croissance, compétitivité, emploi, lutte contre le changement climatique, union énergétique, sans oublier le combat contre l’immigration illégale qui, de l’enclave de Melilla aux côtes de l’Italie du Sud et au camp de Calais, fait la gloire de l’Europe toute entière.

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L'analyse des élections : UNE CONFUSION BIEN ARRANGEANTE, par François Leclerc

Billet invité.

Agitant l’épouvantail du populisme et des eurosceptiques, de nombreux commentateurs politiques enfoncent un même clou tordu. Ils réussissent l’exploit de présenter un rejet de la politique européenne comme un débat sur l’Europe, ce qu’il n’est que par défaut. Les chefs d’État et de gouvernement se réunissent aujourd’hui à Bruxelles mais ils ne semblent pas davantage prêts à dissiper une confusion leur convenant, reprenant à leur compte une grille d’analyse qui les exonère de toute responsabilité.

« Il s’agit de reconquérir les électeurs » perdus pour la cause, déclare Angela Merkel, sans donner le moindre signe qu’elle est prête à revoir la politique qu’elle personnifie. A son habitude, François Hollande brouille les pistes, décrivant une Europe « illisible, lointaine et incompréhensible » et devant « se retirer là où elle n’est pas nécessaire », tout en réaffirmant une feuille de route qui ne peut être modifiée au gré de ce qu’il qualifie de « circonstances ». Du côté de David Cameron, l’heure est au détricotage. Seul Matteo Renzi annonce « il est temps de changer de politique » et tente de se faufiler pour le mettre en pratique en Italie, fort de son succès électoral. L’Europe est devenue une auberge espagnole, chacun en ayant une conception différente, et le spectacle va continuer avec la nomination des présidents de la Commission et du Conseil des gouverneurs.

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Désendettement : UN PLAN A’ DANS LEURS RÊVES LES PLUS FOUS, par François Leclerc

Billet invité.

Cela cogite ferme pour préparer une suite aux élections du Parlement européen et à la désignation du nouveau président de la Commission. La page qui va être tournée va donner l’occasion, espère-t-on, d’engager une nouvelle étape de la construction européenne et permettre conjointement la mise sur pied d’un plan A’ de désendettement, car il ne pourra pas être ignoré longtemps que l’actuel coince. Une chose a été de traiter avec la Grèce, l’Irlande, le Portugal et l’Espagne, une toute autre affaire se présente avec l’Italie et la France, dont la trajectoire ne s’inscrira pas dans le cadre prescrit.

L’heure est au bilan, et il n’est pas brillant. Le calme du marché obligataire est fragile et l’euphorie des marchés signe d’inquiétude. Les dettes publiques et privées sont toujours aussi étroitement liées entre elles et la BCE ainsi que les banques centrales nationales regroupées dans l’Eurosystème ont accueilli d’importantes quantités de créances obligataires, leur faisant supporter le risque de défauts. La politique de prêts conditionnels a eu pour effet de plonger la zone euro dans une quasi déflation et stagnation, et l’endettement public s’est accru, le désendettement restant dans ces conditions une vue de l’esprit. Enfin, si le parapluie de la BCE reste providentiel, le caractère dissuasif du programme OMT de la BCE pourrait cesser de produire ses effets, et le Mécanisme européen de stabilité (MES) s’avérer insuffisamment doté. Sans même parler du bricolage de l’Union bancaire et de la situation réelle des banques (selon Reuters, Dexia pourrait ainsi être exempté des stress tests à la demande de la BCE).

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