Permissives contraintes financières : LA VOIE EST LIBRE ! , par François Leclerc

Billet invité

En prologue de son analyse des bilans de 128 banques européennes, la BCE vient comme prévu de calmer le jeu, confirmant qu’elle entend aborder ce périlleux exercice non sans complaisance. Dévoiler la réalité, c’est replonger l’Europe dans une crise aiguë, trop la masquer c’est perdre toute crédibilité.

Dans une lettre à Sharon Bowles, la présidente de la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen, Mario Draghi donne des assurances à propos du traitement réservé aux obligations souveraines. Elles ne feront l’objet d’aucune dépréciation lors de l’examen, à la seule condition que les banques aient prévu de les conserver jusqu’à leur maturité, lorsqu’elles sont remboursées au nominal, si ni un défaut, ni une restructuration ne sont entre-temps intervenus, et si elles n’ont pas été apportées en garantie… à la BCE. On sait comment les banques jouent de ce classement entre banking book et trading book afin de ne pas dévaloriser leurs actifs et améliorer leur bilan, quitte à revenir dessus quand l’occasion se présente. Les actifs destinés à être détenus jusqu’à échéance sont rangés sur la première étagère et ceux qui font l’objet de négociations sur la seconde.

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L'actualité de la crise : EN TOTAL DÉPHASAGE, par François Leclerc

Billet invité

Il fallait à tout prix un accord, toute l’énergie des participants au G20 finances y a donc été consacré : quel piètre résultat ! Un compromis a été passé, écartant les réserves de change de la liste des indicateurs ayant vocation à diagnostiquer les facteurs de déséquilibres mondiaux, pour ne retenir que la dette et le déficit public ainsi que l’épargne privée, caractérisant les déséquilibres internes d’un pays, et la balance courante pour les déséquilibres externes. Une formule savante évitant de retenir au premier rang le taux de change et la politique monétaire. Voilà ce à quoi ont pu aboutir, en tout et pour tout, les représentants des vingt plus grandes puissances mondiales totalisant 85% du PIB mondial : un accord infinitésimal !

Tous les autres sujets à l’ordre du jour n’auront pas été traités, cet accord finalement obtenu à l’arraché augurant mal de la bataille suivante qui aura lieu en avril prochain, lorsque des seuils devront être fixés pour chacun des indicateurs retenus, permettant ensuite que des « recommandations » soient adressées par le FMI à ceux qui les dépasseraient. La régulation du prix des matières premières a été renvoyée à plus tard, l’adoption d’un code de conduite permettant de tenter de réguler la circulation des capitaux en folie également, les représentants du BRICS n’en voulant pas davantage.

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L'actualité de la crise : PENSER GLOBAL POUR AGIR GLOBAL, par François Leclerc

Billet invité.

En ces temps où les économistes peuvent saisir l’occasion d’être modestes, d’autres ressources sont requises afin d’analyser une crise décidée à ne pas finir. Des concours sont déjà apparus, des anthropologues s’en sont même mêlés, sans avoir été dans un premier temps invités. Des philosophes et des sociologues aussi. On attend désormais la venue d’épidémiologistes, dont l’apport pourrait être également constructif, les mathématiciens étant priés de faire profil bas.

Si la maladie étudiée est tenace, sa propagation est redoutable. Tous ces bonnes volontés ne seront pas de trop pour la combattre, vu qu’il ne lui a été pour l’instant trouvé comme seul remède qu’une saignée sans fin, certains ayant le privilège royal d’en être dispensés.

Prenons d’abord le cas de l’Europe, pour examiner comment opère la contagion. A quoi bon s’inquiéter de taux obligataires déments, pourrait-on se demander, si les pays qui sont concernés n’ont pas à faire leur marché dans l’immédiat ? Sauf à prendre en compte la poussée de fièvre que les taux espagnols, et mêmes italiens, connaissent également, signal que ces deux pays pourraient, après le Portugal, à leur tour entrer dans la zone des tempêtes. A l’arrivée, cela ferait beaucoup à digérer pour la zone euro et son mécanisme de stabilité financière.

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L'actualité de la crise: Les hors la loi modernes (I),par François Leclerc

Billet invité.

LES HORS LA LOI MODERNES (partie I)

Mais où est donc passé le diable ? Une fois de plus, il est perdu dans les détails et les méandres de la régulation financière, faisant de toute tentative de cerner ses très relatifs progrès un exercice fastidieux, alors que s’annoncent de multiples grands rendez-vous internationaux: Assemblées du FMI et de la Banque Mondiale, G20 Finances, G20 Travail (une innovation), puis celui des chefs d’Etat…

Plus nous approchons du fatidique moment où des décisions devront finalement être prises, plus les discussions se tendent, les fameux détails pesant de tout leur poids. Ce qui n’implique pas, au contraire, que celles-ci se tiennent au grand jour, laissant à l’observateur comme principale ressource de scruter ce qui émerge, avec beaucoup de blancs à remplir et dans une grande cacophonie. L’ensemble étant proféré par une multitude d’intervenants ayant tous leurs mots à dire et le faisant savoir quand cela les arrange.

Le FSB (Financial Stability Board), le FMI, le Comité de Bâle, la Commission de Bruxelles et les commissaires européens had hoc, les nombreux régulateurs nationaux des deux côtés de l’Atlantique (dont l’impressionnante collection américaine), sans oublier l’IASB (International Accounting Standards Board) et le FASB (Financial Accounting Standards Board) chargés de définir les normes comptables – l’équivalent du mètre-étalon – le premier pour le monde entier et le second pour les seuls Etats-Unis, qui disposent de cet étonnant privilège. Ni bien entendu les innombrables lobbies et organismes professionnels qui font le siège des précédents et feu de tout bois non sans arrogance et détermination.

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L'actualité de la crise : Coup d'avance japonais dans la régulation, par François Leclerc

Bilet invité.

COUP D’AVANCE JAPONAIS DANS LA REGULATION

Il est souvent difficile, étudiant longuement dans le détail tous ces mécanismes financiers et leurs effets, de ne pas faire une pause afin de se poser de temps en temps un peu naïvement la question : « Mais quand va-t-on se décider à arrêter ce jeu de massacre ? ». Pour replonger derechef dans ses savantes découvertes, ne sachant ni qui pourrait le décider, ni par quel moyen il y parviendrait.

Car tout concourt à ce qu’il s’amplifie, ce massacre. Les bulles en train de gonfler (dont celle des matières premières, à laquelle on ne prend pas assez garde, dont la montée en puissance vient d’être dénoncée par ThyssenKrupp, le leader Allemand de l’acier). Le carry trade, qui survalorise relativement les devises des pays émergents et pénalise lourdement leurs exportations, les déséquilibrant. L’achat par les banques des obligations d’Etat, grâce aux liquidités à taux presque zéro des banques centrales, avec l’espoir qui sera exaucé que leurs taux montent, en raison des déficits croissants causés par leur propre renflouement ainsi que par les plans de relance de l’économie en crise (dont elles portent la responsabilité).

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L'actualité de la crise: L'invraisemblable désinvolture, par François Leclerc

Billet invité.

L’INVRAISEMBLABLE DESINVOLTURE

Le capitalisme, déjà mis en cause pour sa logique financière dont le bilan des conséquences reste à faire, ainsi que pour sa contribution à l’utilisation irraisonnée des ressources de la planète, pour ne pas parler de celle au réchauffement de son atmosphère aux effets imprévisibles, est-il ou non en premier lieu responsable de l’impressionnante addition de ces méfaits, dont la liste s’allonge ? Si la réponse devait être affirmative – poser la question n’est pas y répondre pour les autres – il serait alors vraiment urgent de changer de modèle de société, sans attendre qu’il ne s’effondre de lui-même, sur nous, ou bien qu’il se réforme et s’amende, ce dont il ne donne pas de signal extrêmement convaincant.

S’il était décidé de lui donner une dernière chance, dans un accès d’insouciance ou bien d’inconscience, pourrait-il lui être proposé de régler un autre petit problème, dont on va parler à l’occasion de la Conférence de la FAO qui débute demain à Rome ? Jacques Diouf, secrétaire général de la FAO, vient d’effectuer une grève de la faim symbolique de 24 heures, rejoint a-t-il été annoncé par Ban-Ki Moon, le secrétaire général de l’ONU. Il a estimé que la production agricole devait augmenter de 70% d’ici 2050 et demandé aux Chefs d’Etats des engagements et du concret (ceux du G8 devraient briller par leur absence). « Les pauvres ne peuvent pas se nourrir de promesses », a répondu Francisco Sarmento, de l’ONG ActionAid. Car, pour la première fois, nous avons dépassé le cap du milliard d’êtres humains officiellement frappés de malnutrition. Les discours sur le recul de la pauvreté et de famine ne sont plus de circonstance et ne sont d’ailleurs même plus prononcés. Nous sommes également placés devant la perspective d’alimenter en 2050 (dans une génération et demie) les 9 milliards d’habitants que la terre devrait alors compter. Au regard de ce que nous constatons déjà, de la pitoyable comédie de la régulation financière qui nous est jouée, ainsi que de l’échec annoncé du sommet de Copenhague sur le réchauffement climatique, que l’on tente de camoufler au dernier moment, est-ce qu’un tel pari de notre part serait très responsable ? Et pourtant…

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