Au billard, ils sont les meilleurs

Enfin ! les dirigeants européens vont pouvoir exceller avec la nomination par consensus des prochains présidents de la Commission et de la BCE, le mandat des actuels arrivant à leur terme. La procédure est révélatrice de leurs talents au billard, la partie pouvant s’éterniser avant qu’un compromis final puisse être entériné.

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LES LEVIERS DE LA RELANCE MONDIALE EN DISCUSSION, par François Leclerc

Billet invité.

L’injection de liquidités directement aux particuliers par les banques centrales vient de faire hier un adepte de plus, le très respectable chroniqueur du Financial Times Martin Wolf. Afin de susciter la demande qui fait défaut et que les banques centrales ne parviennent pas à susciter, il suggère après d’autres qu’il leur soit donné le pouvoir de procéder à une telle distribution.

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Santé financière du secteur bancaire : CEUX QUI RUENT DANS LES BRANCARDS, par François Leclerc

Billet invité.

La chute des valeurs bancaires ayant largement contribué à celle des Bourses qui vient d’intervenir, les banques sont à nouveau sur la sellette. Établissant la liste sans fin de ce qui les atteint, Martin Wolf en conclut dans le Financial Times qu’elles sont « exposées à à peu près tout », depuis la baisse brutale de la croissance chinoise jusqu’à celle du prix des matières premières. Dans la chaîne économique, les banques sont selon lui « le point faible », qualifiées « d’énormes, extrêmement complexes et opaques mastodontes aux effets de levier élevés ».

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Zone euro – QUAND VIENT LE MOMENT DES DERNIÈRES MUNITIONS… par François Leclerc

Billet invité.

Revenir sur un non-événement, est-ce que cela présente un quelconque intérêt ? Certainement, quand il s’agit de la dernière cartouche tirée par la banque de dernier ressort, la Banque centrale européenne.

La plupart des commentateurs se sont noyés dans les détails de son programme d’achat de titres sans se poser la seule question qui vaille : va-t-il contribuer ou non à relancer l’activité économique et créer une dynamique vertueuse, son véritable objectif ? Certes, Mario Draghi a une fois de plus réaffirmé que la banque centrale ne peut pas régler tout à elle toute seule, et qu’il appartient à la Commission et aux gouvernements de jouer aussi leur partie, mais en quoi consiste exactement la sienne ?

Son objectif est d’obtenir que les établissements financiers, dont les titres obligataires vont être achetés par les banques centrales nationales, utilisent le produit de leurs ventes pour développer le crédit aux entreprises et aux particuliers, et que cela enclenche une dynamique. Une fois évacuées les sempiternelles considérations sur le retour de la confiance, qui ne sont pas d’un grand secours, que pouvons-nous réellement attendre des banques, les vrais arbitres de la situation ?

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LES POTS AUTOUR DESQUELS ILS TOURNENT, par François Leclerc

Billet invité.

Coincée entre son réalisme économique et son conformisme politique, l’OCDE n’est pas avare de contradictions. Ne voulant sans doute pas rajouter l’inconscience à l’audace, l’organisation préconise simultanément de lever le pied sur la consolidation en Europe et de continuer à s’inscrire dans le « cadre fiscal européen »… Que d’entrechats !

« La zone euro s’approche du point mort et fait peser un risque majeur pour la croissance mondiale, avec un chômage qui reste élevé et une inflation qui reste loin de l’objectif » : tel est son dernier verdict sans appel, assorti comme de coutume de prévisions de croissance, d’inflation et de chômage dégradées par rapport aux précédentes.

A se demander si ce n’était pas son objectif, l’organisation justifie « le rythme plus lent de consolidation budgétaire structurelle » adopté par les gouvernement français et italien, au moment même où la Commission, ultime redoute qui tient bon, décide de repousser à une date indéterminée sa décision à propos de leurs projets de budget… Quitte à passer le Rubicon, elle appelle aussi la BCE à « un appui monétaire plus important » en identifiant pour ce faire des achats d’obligations souveraines en particulier. Ce suspens est insoutenable !

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Dette publique : TANT VA LA CRUCHE À L'EAU QU'À LA FIN ELLE SE BRISE, par François Leclerc

Billet invité.

Les événements se précipitent : les marchés manifestent leur impatience en appelant au lancement par la BCE d’un début de création monétaire en grand, Jean-Claude Juncker annonce qu’il va présider « la commission de la dernière chance » et les rumeurs se multiplient sur l’échec aux stress tests de nombreuses banques, en attendant l’affichage des résultats le 26 octobre prochain, une fois passé le cap du tout proche sommet européen.

La cause est entendue, la stagnation va être séculaire et la dette un problème lancinant. Cultivant une vision malgré tout optimiste, tout en ne s’en tenant qu’à la dette publique, le FMI constate que « les efforts budgétaires au cours des cinq dernières années ont stabilisé le ratio entre dette publique et PIB, même s’il reste à un niveau élevé ». Mais il relève un « sentiment de saturation » vis à vis des réformes et que « les perspectives d’un durcissement des activités financières et d’un éventuel tassement de la croissance potentielle (…) sont autant de facteurs qui exigent une reconstitution des marges de manœuvre utilisées durant ces dernières années ». En d’autres termes, il serait nécessaire de « judicieusement » concilier la viabilité de la dette publique et la croissance… Dit autrement : dans les hautes sphères, on ne sait pas quoi faire devant la faillite d’un modèle de désendettement qui ne fonctionne pas.

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Les iconoclastes (suite) : DETTE, TRAVAIL ET INÉGALITÉS… QUOI FAIRE ? par François Leclerc

Billet invité

Inutile de présenter Adair Turner, l’ancien dirigeant du gendarme financier britannique (FSA), dont la référence aux activités financières « socialement inutiles » n’a pas été oubliée, entre autres propos iconoclastes de sa part. Dans un entretien publié le 11 février dans Le Monde, il est revenu sur les causes de la crise et de l’instabilité du capitalisme, qu’il voit notamment dans « l’addiction à la dette privée ». Pour ensuite préciser que « tant que nous n’aurons pas trouvé une façon de bâtir une croissance qui ne soit plus fondée sur l’endettement et les effets de levier, nous retomberons dans les mêmes crises. » Parmi les causes qui sont à l’origine de cette addiction, Adair Turner voit « la tentation du recours au crédit pour soutenir la consommation ». Au titre des solutions, il préconise « la réduction des inégalités [qui] passe par des systèmes économiques plus redistributifs. »

Martin Wolf titre « Asservir les robots et libérer les pauvres » sa dernière chronique parue dans le Financial Times le 11 février également. Il constate que l’informatique va faire disparaître de nombreux emplois dans tous les domaines, en particulier les moins qualifiés et rémunérés, et va contribuer à accroître les inégalités de distribution des revenus.

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L'actualité de la crise: il commence à y avoir foule !, par François Leclerc

Billet invité.

IL COMMENCE A Y AVOIR FOULE !

Il y a des jours comme cela, où l’on se sent moins seul. D’autres où l’on finit par s’inquiéter : « Qui a changé, eux ou moi ? ». D’autres, enfin, où l’on se sent porté par une dynamique nouvelle et partagée. Parmi ceux qui peuvent tenir aujourd’hui ce langage, Paul Jorion n’est pas le dernier, pour avoir longtemps prêché dans le désert et être maintenant sollicité de partout (ou presque).

Des noms, des exemples ? Hier, c’était Nicolas Baverez, qui écrivait dans Le Monde-Economie : « Faute d’un diagnostic précis et partagé sur la crise, d’une compréhension exacte des risques systémiques et d’une coordination de la régulation financière, les mécanismes fondamentaux d’un nouveau choc se mettent inexorablement en place : politiques monétaire et budgétaire démesurément accommodantes, bulles spéculatives, coexistence d’opérateurs et de marchés surrégulés (banques, assurance et Bourses organisées) et de vastes secteurs hors de tout contrôle (« dark pools », fonds spéculatifs), reconstitution d’un secteur bancaire clandestin » (19 avril 2010).

L’autre jour, Jean-Marc Vittori titrait son papier des Echos « Cette finance qui résiste à la réforme », et constatait : « La crise financière s’éloigne dans le rétroviseur. Et, avec elle, s’éloigne la capacité des gouvernants à changer les règles du jeu de la finance privée pour éviter que les mêmes causes ne finissent par produire les mêmes effets. A Pittsburgh, il y a à peine six mois, et à Londres, il y a douze mois, les dirigeants du G20 avaient pourtant pris des engagements majeurs. Depuis, ils ont mis en chantier des réformes essentielles en élargissant la surveillance des acteurs de la finance. Mais les textes sont de plus en plus souvent édulcorés ou repoussés, ou les deux à la fois » (17 mars 2010).

Mercredi matin, dans le Financial Times, Martin Wolf allait nettement plus loin. Il commençait ainsi sa chronique : « Notre système financier est-il dans nos moyens ? La réponse est non », poursuivant : « Plus l’on prend conscience des risques, plus il devient évident que la solution radicale est l’option la plus sûre », avant de conclure son papier, après avoir démoli pierre par pierre l’argumentation des épigones du système : « En conclusion, arrêter la machine de l’apocalypse financière demandera des changements fondamentaux dans la politique à suivre vis à vis du système financier et de sa structure. Il y a maintenant deux grandes approches en discussion : l’officielle est de rendre le système actuel beaucoup plus sûr, en élevant les exigences en matière de capitaux propres et de liquidité, en faisant transiter les dérivés via des marchés administrés et en renforçant la régulation. L’alternative est une réforme structurelle. Quelle est l’option la moins mauvaise ? » (21 avril 2010).

Certes, chacun garde par ailleurs ses idées, mais il est flagrant de constater qu’un même constat se propage. Ceux qui hier n’avaient pas droit de cité et sonnaient l’alarme sont aujourd’hui écoutés (sinon encore suivis). Beaucoup d’autres – pas tous, car il y a toujours des irréductibles de la foi – écarquillent les yeux devant ce qu’ils contemplent et, pour certains même, ruent dans les brancards.

Si le discours des femmes et des hommes politiques est toujours en général aussi désespérant de démagogie et à courte vue, des commentateurs de plus en plus nombreux ont compris – et le font savoir – qu’ils ne peuvent décidément plus s’en tenir aux mêmes analyses. Que la crise n’est pas près d’être finie et qu’elle appelle, comme le dit Martin Wolf, que l’on n’aurait pas attendu (à tort) dans cette posture, des solutions radicales.

Il y avait avant, il y a après…

Ceux qui aujourd’hui doivent être considérés comme de véritables excentriques ne sont pas ceux qui démontent les mécanismes d’un système financier qui a failli mais continue pourtant d’exercer ses nuisances. Pas plus ceux qui se refusent, faits et analyses à l’appui, à souscrire aux visions lénifiantes et vite démenties d’une propagande désormais en roue libre. Ni encore ceux qui proposent, enfin, que l’on parle sérieusement de la manière dont il va être possible de sortir de ce gigantesque gâchis. Car celui-ci n’est pas seulement financier, mais s’annonce de plus en plus humain.

Non, les excentriques, ce sont ceux qui prétendent, suivant ce mot admirable faisant parler l’inconscient, « faire le travail de Dieu ».

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