La pandémie a parfois bon dos

L’entrée en récession des États-Unis est maintenant officielle et les faibles oscillations de tel ou tel paramètre ne préludent pas à sa sortie prochaine. Les chiffres du chômage peuvent s’améliorer à la marge d’un mois sur l’autre mais ils restent hors normes, et la consommation, composante majeure du PIB, connait une baisse massive. Seule consolation, ces résultats sont moins mauvais que ceux que les analystes attendaient ! L’économie est sinistrée et Paul Krugman craint dans sa chronique du New York Times la venue d’une « grande récession ». Ses causes peuvent-elles seulement être trouvées dans l’ampleur de la pandémie qui afflige la société américaine ?

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De l’air, de l’air

Un incontestable malaise s’épaissit, fait d’inquiétudes et se traduisant par la défiance. Il s’alimente désormais à plusieurs sources qui se conjuguent et le renforce.

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LA DETTE AMÉRICAINE, PILIER VACILLANT D'UN SYSTÈME FINANCIER MONDIAL AUX ABOIS

Par François Leclerc et Paul Jorion

(Cet article a été publié par le magazine en ligne OWNI)

Le 16 mai dernier, la dette publique américaine a atteint son plafond, fixé par le législateur aux Etats Unis. N’ayant pu obtenir du Congrès qu’il augmente ce maximum actuellement fixé à 14.294 milliards de dollars, le Trésor US avait auparavant annoncé être en mesure de jouer les prolongations jusqu’au 2 août prochain, dernier délai, en stoppant certaines opérations afin de pouvoir poursuivre ses émissions obligataires sans augmenter le déficit net. 

Histoire de permettre aux élus démocrates et républicains, qui s’opposent très durement sur ce sujet, de parvenir à un compromis sur un ensemble de mesures permettant une réduction du déficit. En les adjurant même d’y parvenir, en raison des conséquences incalculables qu’un défaut de l’Etat fédéral sur sa dette pourrait avoir. A cet effet, une commission « bipartisane » de parlementaires siège sous la présidence de Joe Biden, le vice-président américain. Ce qui était ces dernières années pure routine – une négociation au finish assortie à chaque fois d’un accord de dernière minute – n’est cependant pas garanti d’être renouvelé dans le contexte actuel. 

Les républicains à l’offensive

Le décor ne serait en effet pas entièrement planté sans la toile de fond des prochaines élections présidentielles, en novembre 2012 prochain. Suite aux élections de mi-mandat de novembre dernier (les « midterms »), les républicains sont en effet devenus majoritaires à la Chambre des représentants et entendent désormais pousser leur avantage afin d’empêcher à tout prix Barack Obama d’accomplir un second mandat. La bataille politique est féroce, dans le contexte d’une crise sociale rampante. La polarisation est extrême, certaines composantes de l’opposition républicaine s’exprimant avec une rare violence verbale, avec pour celle-ci le handicap de ne pas pouvoir rassembler pour l’instant pour les primaires du parti républicain une liste crédible de candidats potentiels à la présidence.

Réduire le déficit, mais comment dans ce contexte de surenchères républicaines ? Ces derniers n’y vont pas par quatre chemins et, fidèles à leur credo de toujours, réclament que l’Etat poursuive sa cure d’amaigrissement, en coupant dans le programme Medicare d’assurance-santé des plus âgées et démunis, et en diminuant les impôts. Recette magique garantissant selon eux une amélioration des affaires, et donc de l’emploi. De leur côté, les démocrates n’entendent pas toucher à Medicare et considèrent que couper dans les dépenses ne réglera pas le problème si les recettes fiscales ne sont pas également augmentées. Ils proposent de supprimer les plafonnements d’impôts pour les revenus les plus élevés institués sous l’administration Bush, et revenir sur les avantages fiscaux accordés aux compagnies pétrolières qui croulent sous les bénéfices. 

Il s’agit en effet de trouver rien moins que 2.400 milliards de dollars minimum d’économie afin de tenir jusqu’à la fin 2012 si l’on ne veut pas augmenter la dette, le déficit devant atteindre 1.600 milliards de dollars cette année. Les positions en présence sont diamétralement opposées et rendent difficile de prédire une issue à des négociations qui se poursuivent à un rythme très soutenu. Le 1er juin dernier, Barack Obama recevait des dizaines de parlementaires républicains à la Maison Blanche, dans une mise en scène destinée à montrer sa bonne volonté et son écoute. Il avait auparavant mis en garde, au cas où un accord ne pourrait pas être trouvé : « Nous pourrions subir une récession encore plus grave que celle que nous venons de traverser. Une crise financière mondiale plus grave encore. » Peut-on être certain que cet alarmisme n’était fait que de calcul ? 

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L'actualité de la crise : LE DOS AU MUR, par François Leclerc

Billet invité

Ouf ! Un accord serait finalement intervenu nous dit-on à Athènes, la Grèce serait sauvée, et la zone euro avec elle. Mais pouvait-on réellement en douter ces derniers jours ?

Les réunions et les conciliabules se sont multipliés, afin de raccorder les bords au départ si éloignés de la plaie et aboutir au miracle toujours renouvelé d’un compromis, ayant en commun avec les précédents de gagner du temps mais de ne rien régler. Insolvable était la Grèce, insolvable elle reste, quand bien même la nouvelle échéance va être reportée à 2014. En attendant, l’économie grecque va continuer de plonger et la société de souffrir.

Les détails du nouveau plan ne sont pas connus. Sans doute ne sont-ils pas bouclés, car le propre des accords européens de ces derniers temps est d’être annoncés avant d’avoir été finalisés. C’est qu’il faut au plus vite rassurer les marchés ! Un cocktail de mesures additionnant un nouveau prêt, une austérité renforcée pour les Grecs et la vente ou la mise en concession d’actifs du pays a été finalement concocté, incluant le plus débattu, le plus difficile à mettre au point : une participation des créanciers privés, c’est à dire des banques européennes.

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