DÉFLATION, QUAND TU NOUS SERRES DANS TES BRAS… par François Leclerc

Billet invité.

L’économie mondiale subit une forte pression déflationniste, posant à cette échelle globale une question qui persiste à rester localement sans réponse au Japon : comment en sortir quand on y fait face ? Ce qui n’est pas sans notables incidences, car non seulement une telle pression fait obstacle à la croissance de l’économie, mais elle renchérit le coût du désendettement et en vient à s’y opposer.

Tant que ce phénomène n’était observé qu’au Japon – ou en Europe où il fait son chemin – il restait encore inachevé. Mais, atteignant désormais de plein fouet la Chine, la pression déflationniste se propage, s’accentue et s’auto-entretient. Aux États-Unis mêmes, l’inflation persiste à stagner en-dessous de son taux objectif de 2%, n’incitant pas la Fed à hausser ces taux comme elle le voudrait.

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LE JAPON MONTRE LA VOIE À NE PAS SUIVRE, L'EUROPE NE FAIT PAS MIEUX, par François Leclerc

Billet invité

Le Japon, troisième puissance économique mondiale, va-t-il commencer à réduire son endettement ? Cela ne se présente pas bien, et les dirigeants européens feraient bien de s’y intéresser avant de laisser l’Europe s’enfoncer dans une situation de japonisation larvée, qui est chaque jour qui passe confortée par des indices déprimés.

Sous l’impulsion du premier ministre Shinzo Abe, la Banque du Japon poursuit la plus grande opération de création monétaire jamais réalisée, tirant ainsi la carte de la dernière chance. Mais avec quels résultats ? Sorti de la récession en 2012 et connaissant des débuts de croissance encourageants en 2013, le pays est lourdement retombé dans la récession. Ni la faible contribution du commerce extérieur, ni l’augmentation des dépenses publiques n’ont pu l’empêcher. Quant à l’inflation, son timide sursaut est d’une grande fragilité et résulte largement des importations d’hydrocarbures. En conséquence, le premier ministre pourrait annoncer qu’il sursoit à une deuxième augmentation de la TVA, afin de ne pas aggraver la baisse de la consommation. C’était la seule mesure tangible de réduction du déficit budgétaire, au demeurant d’impact modeste.

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LA JAPONISATION DE L’EUROPE EN BONNE VOIE, par François Leclerc

Billet invité.

Les marché des capitaux avait été déstabilisé lorsque la Fed avait entamé l’arrêt progressif de ses achats de titres, qui ont stoppé fin octobre (sauf pour remplacer les actifs arrivant à maturité). En Europe, ce même marché de capitaux serait soulagé que la BCE prenne en grand le relais, comme il est possible qu’elle doive s’y résoudre. Au Japon, il a obtenu satisfaction et a réagi positivement à la Bourse de Tokyo, la Banque du Japon (BoJ) ayant hier décidé d’accroître plus massivement encore que prévu la taille de son bilan, l’inflation ne décollant pas comme promis.

Après avoir pesé le pour et le contre en auscultant les marchés financiers, afin de déterminer à quel stade se trouve la nouvelle bulle financière en train de se constituer, les dirigeants de la Fed ont finalement décidé de stopper l’accroissement de la taille de son bilan. Mais les Japonais prennent le relais et alimentent la bulle, en attendant que les Européens enchaînent.

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L’EXPORT ET LA DETTE TOMBENT A L’EAU, QUE RESTE-T-IL DANS LE BATEAU ? par François Leclerc

Billet invité.

La cause était entendue, au lendemain de l’épisode aigu de la crise : le salut viendrait par l’export que l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) avait brillamment contribué à développer. Les Chinois étaient sommés de valoriser leur monnaie pour freiner leurs exportations inondant les marchés occidentaux, et les Européens d’accroitre leur compétitivité pour augmenter les leurs. Mais le résultat n’est pas au rendez-vous, il y a quelque chose qui cloche là-dedans ! Le FMI vient de rendre publiques ses dernières prévisions mondiales et manifeste à nouveau son inquiétude. Il y a de quoi : ce sera la neuvième fois en trois ans qu’il révisera celles-ci à la baisse…

De puissants facteurs s’additionnent pour créer une spirale descendante, aux effets plus ou moins prononcés suivant les régions du monde et les pays ; la contagion se répand au sein d’une économie devenue mondialisée au sein de laquelle les pays exportateurs se révèlent très dépendants de la santé de leurs clients. La baisse de la production industrielle allemande vient de frapper les esprits, elle que l’on croyait intouchable en raison de son excellence. Le Japon connait un gros trou d’air en raison d’une augmentation de la TVA destinée à modestement limiter un déficit budgétaire et une dette gigantesques. Le Brésil est rudement touché, son modèle de développement reposant sur les exportations agricoles et le développement de son marché intérieur sur le crédit aux classes moyennes.

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Le symposium de Jackson Hole : LES BANQUIERS CENTRAUX AUX CHAMPS, par François Leclerc

Billet invité.

Demain va s’ouvrir le symposium annuel des banques centrales de Jackson Hole (Wyoming), permettant de faire le point sur leurs visions de la situation, la diversité de leurs approches et l’évolution de leurs politiques. Car ce qui ressort en premier lieu des compte-rendus de leurs dernières réunions, ce sont les interrogations persistantes de leurs dirigeants, les banquiers centraux, et des divisions quand elles sont reconnues.

Toutes sont confrontées, de manière plus ou moins prononcée, au même phénomène déflationniste généralisé. Le Japon ne parvient toujours pas à sortir de deux décennies de déflation, la zone euro subit sa forte pression et pourrait prendre le même chemin, tandis que les États-Unis et le Royaume-Uni ne retrouvent pas un taux d’inflation considéré comme normal. Le retour à la normalité, c’est la grande question posée, sans qu’il puisse y être apporté une réponse.

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L’ULTIME LOGIQUE DE L’ACCROISSEMENT DE LA PRODUCTIVITÉ, par François Leclerc

Billet invité.

La liste des pays qui connaissent un vieillissement de leur population s’allonge, conséquence d’une vie plus durable et d’une baisse de la natalité. C’est notamment le cas en Chine, résultat dans ce cas de la politique de l’enfant unique. Lorsque cette question est abordée, c’est pour souligner le mauvais rapport entre population active et inactive qui en résulte – pesant sur les systèmes de retraite par répartition – ainsi que l’augmentation des coûts médicaux afférents qui contribue à déséquilibrer les finances des systèmes de santé. Il est oublié que c’était éminemment prévisible et aurait dû faire l’objet de provisions. En France, un fonds de réserve pour les retraites a bien été institué en 2001 par le gouvernement Jospin, mais il a été siphonné sous Sarkozy avant l’heure prévue de 2020, en raison de la crise financière.

Dans les deux cas, des solutions libérales génératrices de nouvelles inégalités sociales sont préconisées pour soulager les déficits et financer ces services dans un contexte de réduction des ressources des États. Un prétexte rêvé est tout trouvé pour les imposer. Seuls les États-Unis sont à contre-temps avec la réforme de la santé de l’administration Obama, et la Chine est incitée à développer un système de retraite pour développer son marché intérieur.

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VU DE CHINE ET DU JAPON, par François Leclerc

Billet invité.

S’éloigner un peu de l’Europe permet un recul salutaire et d’observer sous d’autres angles, dans d’autre contextes, les manifestations régionales de la crise mondiale. Pour y retrouver peu ou prou les mêmes problèmes de dette et de croissance, les mêmes faiblesses des systèmes bancaires, ainsi que les effets identiques des politiques d’assouplissement monétaire des banques centrales.

Depuis qu’il a été découvert, le secteur bancaire informel chinois fait l’objet de grandes inquiétudes, relayées publiquement par Mark Carney, le gouverneur de la Banque d’Angleterre et président du Conseil de stabilité financière (FSB) du G20. C’est moins sa taille – dont les évaluations oscillent entre 3.100 milliards et 3.500 milliards de dollars, soit dans le cas minimum 20% de la taille secteur bancaire public – qui impressionne que le danger d’une propagation au secteur bancaire public de défauts de paiement en son sein. Plusieurs sont déjà intervenus depuis le début de l’année et l’attitude du gouvernement chinois est suivie de près. Va-t-il intervenir résolument pour éviter une crise de confiance et une réaction en chaîne ou laisser faire pour donner un avertissement ? Difficile de trancher : des signaux contradictoires ont été jusqu’à maintenant donnés, des investisseurs anonymes et bienveillants procédant à un renflouement dans un cas et ne se manifestant pas dans d’autres. Comme s’il fallait à la fois donner une leçon à la spéculation qui s’est développée à la suite de la distribution par la banque centrale d’une manne de liquidités et veiller à ce que les incidents restent circonscrits afin de ne pas se propager.

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La BCE : L’INACTION FAITE POLITIQUE, par François Leclerc

Billet invité.

Les marchés ont manifesté leur déception en cette fin de semaine devant l’inaction de la BCE. La banque centrale a déjoué leur attente en annonçant jeudi dernier que rien ne justifiait de nouvelles mesures, l’inflation allant selon ses prévisions atteindre 1,7% en 2016, proche de son objectif de 2%, et le PIB de la zone euro connaître une croissance de 1,8% la même année. Mario Draghi a même présenté la zone euro comme « une île de stabilité », les perspectives d’inflation y étant selon lui « bien ancrées ».

Ce discours prend à contrepied les craintes liées à la désinflation précédemment exprimées par Peter Praet et Otmar Issing, respectivement membres du directoire et chef économiste de la BCE, ainsi que les précautions prises par l’exécutif européen lorsqu’il a annoncé ses propres prévisions le 25 février dernier. Toutefois, lorsque l’on y regarde de plus près, celles de la BCE reposent sur l’hypothèse hardie mais politiquement correcte d’un développement des exportations qui reste à concrétiser.

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Nouvelle donne européenne : LA JAPONISATION SE POURSUIT, par François Leclerc

Billet invité.

La décision des juges de Karlsruhe (la Cour constitutionnelle allemande) n’a pas fini de faire jaser les commentateurs. Les uns mettant en avant leur mise en cause du programme OMT de la BCE au regard de la Loi fondamentale du pays, les autres ce qu’ils interprètent comme une défausse auprès de la Cour européenne de justice laissant une ouverture. Mais, en tout état de cause, le venin du doute fait désormais son chemin.

Cette occasion de dénouer le lien entre la dette des États et celle des banques s’éloignant – la BCE perdant l’opportunité de transférer à son bilan les titres souverains en possession des banques, faute d’activer son programme – les futurs tests menés par celle-ci et par l’Autorité bancaire européenne (EBA) constituent la dernière opportunité de conduire à la réparation du système bancaire et d’éviter la japonisation de l’Europe. Car de fait, la BCE a perdu sa capacité d’agir en tant que prêteur de dernier ressort.

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La japonisation de l’Europe : DE FÂCHEUSES SIMILITUDES, par François Leclerc

Billet invité.

La situation européenne n’est pas sans similitudes avec celle dont le Japon ne sort toujours pas, faisant craindre une japonisation sous la forme d’une tendance déflationniste prononcée et durable accompagnée d’une croissance atone. L’appréciation de l’euro, le credit crunch (la diminution du crédit aux entreprises), les bilans bancaires non nettoyés et la baisse de la consommation y concourent, cela fait beaucoup. La référence à la trappe à liquidité réapparaît dans les cercles financiers, une circonstance où la détention de la monnaie est préférée à tout autre actif, où la diminution de leurs taux par les banques centrales n’agit pas sur la relance économique mais favorise la spéculation. Afin de renforcer leurs fonds propres, les banques privilégient celle-ci au détriment du crédit, qu’elles restreignent pour diminuer la taille de leur bilan et respecter la réglementation.

Si la BCE est parvenue à calmer un jeu qui menait à l’éclatement de la zone euro, elle n’a toujours pas pris d’initiative de relance du crédit aux entreprises, en dépit de ses alarmes à ce sujet et de ses réflexions sur les différentes formules permettant d’y remédier, dont aucune n’a pour l’instant vu le jour. Il est seulement attendu d’elle qu’elle donne aux banques qui ne seront pas en mesure de rembourser leurs emprunts au titre du LTRO les moyens de les faire rouler grâce à un nouveau programme, au plus tard en fin d’année. En jouant le rôle de bad bank inavouée et en accueillant des actifs dont les banques se délestent pour les apporter en garantie de leurs emprunts, elle est le seul instrument de mutualisation de la dette au sein de la zone euro, mais celui-ci est totalement insuffisant.

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