L'actualité de la crise : BOUTS DE COURSES, par François Leclerc

Billet invité.

Continuer d’épingler comme des papillons dans une boîte les déclarations contradictoires à propos de la restructuration de la dette de la Grèce n’a pas de sens. Comprendre en quoi ce serait « une recette pour la catastrophe » que certains annoncent (Jürgen Stark de la BCE) ou un sujet qu’il n’est « pas question de mettre sur la table » (Christine Lagarde) pourrait être plus instructif, sauf que les raisons données en restent vagues, une fois insisté avec des larmes de crocodile sur les lourdes conséquences qui en résulteraient pour la Grèce elle-même.

Une telle véhémence doit pourtant bien avoir sa justification ! Mais il ne faut pas en chercher l’origine du côté des banques françaises, qui ont toutes déclaré qu’elles pourraient soutenir l’épreuve. On croit donc comprendre qu’il est difficile, après avoir tant claironné que les banques n’avaient plus de souci, d’admettre qu’elles pourraient être déstabilisées par les effets domino potentiels d’une telle mesure honnie.

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L'actualité de la crise : PAS DE SACRE DU PRINTEMPS, par François Leclerc

Billet invité

Il va être plus difficile que prévu de présenter le prochain sommet comme un véritable sacre, comme José Manuel Barroso, président de la Commission de Bruxelles, s’est imprudemment aventuré à l’espérer, en déclarant : « L’Union européenne fait actuellement un énorme pas en avant, qui aurait été inimaginable il y a un an ».

Non seulement le Portugal, désormais au centre de la zone des tempêtes, va devoir se résoudre à rejoindre la Grèce et l’Irlande dans le camp des condamnés – même si pour éviter une fâcheuse simultanéité avec le sommet, un petit répit va lui être accordé – mais parce que l’accord acquis lors de la réunion des ministres européens des finances ne tient plus, remis en cause par Angela Merkel sous la pression des parlementaires de sa majorité. Le financement de l’actuel fonds de stabilisation financière (EFSF) et de son successeur, le MES, est en question.

Il en résulte une double conséquence : l’Espagne est désormais en première ligne, et les moyens de financement pour l’aider, si nécessaire, ne répondent pas à l’appel dans l’immédiat. La fin du mois de juin prochain a été fixée comme date butoir pour parvenir à un accord financier, mais la partie s’annonce délicate en raison de l’évolution de la situation politique allemande, d’autant que de nouvelles défaites aux élections régionales menacent la majorité au Bundesrat, la seconde chambre.

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L'actualité de la crise : LEUR POLITIQUE DU PIRE, par François Leclerc

Billet invité.

Régulièrement, un responsable de haut niveau abandonne pour un bref instant ses postures les plus convenues et se permet de lâcher publiquement une vérité. Au début du mois, Mervyn King, gouverneur de la Banque d’Angleterre, avait déjà défrayé la chronique de ce petit monde en s’étonnant que « le niveau de colère ne soit effectivement pas plus élevé qu’il ne l’est ».

Jean-Claude Junker, chef de file de l’Eurogroup, n’y a pas davantage été de main morte le 18 mars, en déclarant à l’occasion d’une conférence où il défendait l’instauration d’une taxe européenne sur les transactions financières  : « Il faut que les responsables du marasme de ces dernières années passent à la caisse ». Expliquant sans fard qu’« il n’est pas possible que l’économie financière, elle, continue à distribuer des bonus comme s’il ne s’était rien passé. Les gens ne l’accepteront pas, tout cela ne peut que finir avec une remise en cause du système économique et politique ».

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L’actualité de la crise : IMPROBABLE GOUVERNANCE A DAVOS, par François Leclerc

Billet invité

Pour peu que l’on farfouille un peu, le Forum de Davos peut décidément receler des perles. Le soulèvement égyptien en a largement occulté le retentissement, mais n’a rien enlevé de l’intérêt aux événements où l’on n’accède que muni du précieux sésame qu’est le White badge, où le off the record est de rigueur.

Que retiendra-t-on de cette édition ? Ce ne sera ni l’ode à l’euro entonnée à la tribune par ceux-là mêmes qui ne disent pas comment ils vont le défendre, ni les exposés de politique économique diamétralement opposés de David Cameron et Tim Geithner, l’un en faveur de la rigueur budgétaire, l’autre soucieux de ne pas entraver la croissance. Car ces numéros étaient trop convenus.

Non, ce seront les propos restés confidentiels, tenus lors d’une réunion strictement privée organisée par les représentants des mégabanques, sous la présidence de Jamie Dimon (JP Morgan Chase), avec la participation présumée de Peter Sands (Standard Chartered), Brady Dougan (Crédit Suisse) et Bob Diamond (Barclays).

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L'actualité de la crise : PLÉTHORE DE DILEMMES, par François Leclerc

Billet invité

La politique est l’art du possible prétendent certains, d’autres préfèrent considérer que c’est au contraire celui de repousser ses limites. Les dirigeants occidentaux sont partisans de la première conception, mais ils se heurtent en conséquence à des choix qui ne présentent que de mauvaises solutions.

Que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe – de manière plus aiguë dans ce dernier cas, tout du moins pour l’instant – ils sont confrontés à un même dilemme d’ordre général : comment en même temps réduire le déficit public et favoriser la croissance, ce qui y contribuera par la suite ? L’impasse étant faite sur la seconde option , un sacré pari sur l’avenir est tenté.

En Europe, un autre dilemme reste entier : si une restructuration de la dette souveraine des Etats entrés dans la zone des tempêtes est inévitable, comment en protéger les banques dont il est depuis le début de la crise attendu une solution qui ne vient pas ? Nous sommes là dans une application du principe des vases communicants particulièrement pernicieuse.

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L'actualité de la crise : DÉRISOIRE THÉÂTRE D'OMBRES, par François Leclerc

Billet invité.

Dans les transports collectifs, gain de cause est donné à ceux qui veulent que les fenêtres soient fermées. C’est à peu de choses près ce qui est en train de se passer en Europe, à une autre dimension. Afin de maintenir la cohésion ébranlée de leur coalition, les Allemands viennent d’obtenir que le minimum possible soit décidé à propos du fonds de stabilité financière (EFSF), dont l’augmentation des moyens était réclamée par beaucoup, dont la commission européenne.

Afin de pouvoir faire état de leur fermeté – politiquement payante, pense le gouvernement Allemand – il est dorénavant uniquement envisagé d’aménager l’enveloppe du fonds afin de pouvoir en utiliser plus que les 250 milliards d’euros effectivement disponibles pour des sauvetages, en raison de la nécessité de sur-garantir les emprunts du fonds afin d’obtenir la note AAA et le meilleur taux possible. C’était et cela reste pas suffisant, vu ce qui peut intervenir.

Tout le reste, l’augmentation de l’enveloppe du fonds, la possibilité pour lui d’acheter des obligations à la place de la BCE, ou la diminution des taux des aides financières… tout est renvoyé au mieux à plus tard, peut-être aux 23 et 24 mars, lors du prochain Conseil européen.

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L'actualité de la crise : TRANCHE DE MAUVAISE VIE, par François Leclerc

Billet invité.

La vie des banques est passionnante, la suivre ne l’est pas moins.

Aux Etats-Unis, on apprenait ainsi que deux cadres supérieurs de Goldman Sachs étaient en train de réunir des fonds afin de constituer un nouvel hedge fund, présenté comme indépendant de la banque et qui sera basé à Londres. Plus précisément, ce sont les responsables de Goldman Sachs Principal Strategy desk (GSPS), la plus lucrative des divisions internes, qui ont trouvé – pour commencer – 300 millions de dollars auprès d’un important hedge fund suédois, Brummers & Partners. Celui-ci va également prendre une participation dans la nouvelle structure, dont le nom n’a pas encore été rendu public.

Cette opération succède à d’autres de même nature, effectuées au fils des ans par d’autres cadres de GSPS, mettant cette fois-ci un point final à l’activité spéculative sur fonds propres de Goldman Sachs, désormais interdite par la loi Dodd-Frank. Sans que l’on puisse clairement établir de liens financiers entre ces hedge funds et l’ancien employeur de leurs managers, tout en enregistrant la confirmation que, comme annoncé, l’interdiction des activités sur fonds propres (proprietary trading) allait inévitablement renforcer ce qui est appelé aux Etats-Unis le shadow banking, la banque de l’ombre.

Morgan Stanley, pour ne pas être en reste, vient d’annoncer qu’elle a signé un accord avec les salariés de sa division en charge de la même activité, pour la leur vendre.

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L'actualité de la crise : THE CITY, FOR EVER !, par François Leclerc

Billet invité.

Pas de conte pour Noël et pas de bonnes résolutions pour le Nouvel An ! Tout au plus aurait-il pu être fait appel à Dickens et à son personnage détestable de Mr Scrooge, dans A Chrismas Carol, pour dépeindre la vision du monde des milieux financiers, mais Martin Wolf a déjà utilisé le procédé dans sa dernière et féroce chronique du Financial Times.

Abandonner la fiction et redescendre sur terre s’impose, d’autant plus que l’actualité – comme nous nous y sommes accoutumés au fil des ans – fournit une ample et édifiante matière à commentaire. La City de Londres est ainsi le théâtre d’une histoire exemplaire, ses représentants du haut du panier feraillant avec acharnement contre les projets de la coalition gouvernementale formée par les Tories et les LibDem, ce qui est tout de même un peu surprenant, indeed ! Faut-il que la période soit pleine d’imprévus…

L’affaire s’est mal engagée à propos des bonus, thème choisi pour faire passer la pilule, en raison de sa forte portée symbolique en ces temps d’austérité non partagée. Puis elle s’est poursuivie sur un sujet moins grand public, mais à plus forte répercussion : l’éventualité d’une séparation entre les activités risquées et traditionnelles des banques. Une commission ayant été mise en place par le gouvernement pour l’étudier, ce qui semble déjà être en soi intolérable pour ces messieurs.

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L'actualité de la crise : MANQUE DE RESSOURCES, par François Leclerc

Billet invité

Le silence peut parfois être plus inquiétant qu’autre chose. C’est le cas en Europe, où nous sommes loin d’en avoir fini. La fin de l’année est une occasion choisie par les médias pour faire le point, amenant son lot de rétrospectives.

Revenant sur la fameuse promenade d’Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy sur les planches de Deauville, le 18 octobre dernier, les journalistes du Wall Street Journal viennent de mettre en perspective l’épisode irlandais de la crise européenne et la mise en scène pour les médias de leurs pas de deux. Ils relatent la tentative très politique et maladroite des deux dirigeants européens de maîtriser des événements qui leur échappent des doigts et les poussent à agir. Sous la forme de ce qu’ils savent faire le mieux : passer un compromis. Sans voir plus loin, convaincus une fois de plus que le pouvoir qu’ils expriment sera suffisant.

De quoi est alors fait ce deal, que l’on leur reprochera d’avoir passé à la sauvette et imposé aux autres ? D’un nouveau montage destiné à financer les pays touchés par la tempête, qui prévoit de renouveler et rendre permanent un dispositif de stabilisation financière initialement prévu comme provisoire. De soulager un peu la pression sur les Etats, afin qu’ils réduisent la voilure de leurs déficits, en faisant passer à la trappe l’automaticité des sanctions frappant les réfractaires, mesure souhaitée par les Allemands. Et de faire passer à la caisse les banques européennes, principales créancières des Etats.

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L'actualité de la crise : DES FRACTURES QUI NE SE RÉDUISENT PAS, par François Leclerc

Billet invité.

Il n’y a pas que nos sociétés qui soient à deux vitesses, l’Europe aussi en a pris le chemin. Etrange et frappante similitude, qui veut que les inégalités s’accroissent, aussi bien entre pays qu’au sein de chacun d’entre eux. Persévérant ainsi dans ce qui a été considéré – par les plus éclairés – comme cause majeure de la crise dans laquelle nous restons plongés : la distribution inégale de la richesse. Faut-il s’en étonner ?

Tandis que les agences de notation continuent de dégrader à tour de bras la note de l’Europe d’en-bas, l’écart s’est désormais creusé sur le marché obligataire avec celle d’en-haut. L’accès au marché financier est devenu hors de prix pour les pays dans le besoin et en comparaison presque donné pour les riches. Déroutante constatation : l’argent n’a pas le même prix pour tout le monde.

Entrés à reculons dans des dispositifs infernaux de sauvetage, la Grèce et l’Irlande se préparent à devoir repousser toujours plus loin toute perspective de sortir de ceux-ci et de recouvrir leur autonomie financière, en attendant que d’autres les rejoignent dans leur calvaire. Car il semble qu’une fois la pente descendue, elle ne puisse plus être remontée. Comme si l’ascenseur social – dont on sait qu’il ne fonctionne plus – avait trouvé à une autre échelle son équivalent.

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