Les crises se multiplient, la crise se généralise

Elles ont en commun de placer les autorités devant leurs contradictions, de rester sans solution et pour finir de s’amonceler. Et il est loin le temps où le G20 prétendait collectivement prendre à bras le corps la situation, la recherche de solutions individuelles l’ayant depuis emporté, le gouvernement américain ayant décidé de faire cavalier seul.

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L’ÉCONOMIE DU NUCLÉAIRE JAPONAIS, par François Leclerc

Billet invité.

Dépourvu d’énergies fossiles, le Japon ne l’est pas d’une activité sismique intense. Mais cela n’a pas dissuadé les docteurs Folamour du Village nucléaire d’en faire un paradis de l’électronucléaire, à moins que ce ne soit un enfer. À la suite de la catastrophe de Fukushima, le redémarrage des réacteurs nucléaires du parc japonais est toujours suspendu au feu vert de la nouvelle autorité de sûreté, créée en septembre 2012 sur les décombres de la précédente. Celui-ci est un préalable à toute décision des autorités politiques locales et nationales.

Certains réacteurs sont d’ores et déjà voués au démantèlement, d’autres doivent subir d’importants travaux pour ne pas connaitre le même sort, d’autres enfin attendent encore le verdict. Les risques géologiques potentiels des sites sur lesquels ils ont été construits sont un critère important, renvoyant à la légèreté des décisions d’autorisation précédemment prises, qui sont réexaminées. À chaque fois, une même question est posée : une faille à proximité de la centrale est-elle ou non active ? Rétrospectivement, cela n’est pas spécialement rassurant. Des batailles d’experts s’en suivent, qui témoignent de la difficulté à trancher, si ce n’est de la complaisance présumée de ceux qui épousent la thèse des opérateurs des centrales. Mais le doute devrait naturellement prévaloir, et la nouvelle autorité de sûreté a sa réputation à défendre. Cela demande à être confirmé.

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FUKUSHIMA : LES TROIS CORIUMS NE SONT PAS LÀ OÙ ILS DEVRAIENT ÊTRE… par François Leclerc

Billet invité.

Le résultat du premier test de localisation dans le réacteur n°1 de l’un des trois coriums de la centrale de Fukushima a mis en évidence qu’il avait tout simplement disparu, présumé au fond du réacteur sans savoir s’il a ou non traversé la semelle de béton qui l’isole du sous-sol. Il aura fallu quatre ans pour arriver à cette conclusion, combien faudra-t-il de temps pour dire où il se trouve ?

Menée sous la conduite de chercheurs de l’Université de Tsukuba, l’expérience a fait appel à l’émission de particules à haute énergie appelées muons, qui ne sont arrêtées dans leur course que par des substances à haute densité, comme le corium, ce qui permet de produire une image de celui-ci s’il fait obstacle. Le corium est un amalgame à très haute température et très haut degré de radioactivité du combustible nucléaire fondu avec ce qui l’entourait et qu’il rencontre ensuite sur sa trajectoire, après rupture de la cuve en acier du réacteur. Il doit alors être refroidi en permanence par des injections d’eau massives dans le réacteur.

L’expérience n’a fait que confirmer ce que des simulations et des calculs avaient déjà laissé supposer, mais elle pose désormais dans toute son étendue la problématique de la récupération des trois coriums, la situation devant être identique au sein des réacteurs n°2 et 3. Pour faire bonne contenance, un calendrier a été annoncé, selon lequel les travaux d’enlèvement pourraient débuter en 2020 et durer entre vingt et trente ans. Mais, dans l’état des connaissances et des technologies disponibles, ces prévisions ne reposent que sur le besoin d’accréditer l’objectif de démantèlement de la centrale et de justifier par cette fin heureuse le redémarrage des autres.
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FUKUSHIMA TOUJOURS PAS SOUS CONTRÔLE, par François Leclerc

Billet invité.

Les fuites d’eau contaminée se succèdent sans relâche sur le site de la centrale, son opérateur n’ayant d’autre ressource que de les constater au fur et à mesure, puis de tenter d’en minimiser les conséquences. Cette fois-ci, ce sont 750 tonnes d’eau contaminées au strontium 90 qui ont débordé de l’enceinte constituée de petits murets qui bordent les citernes stockant l’eau radioactive, afin de la contenir en cas de fuite.

Si cette eau n’a pas atteint la mer, comme Tepco le prétend, elle va se mélanger dans le sous-sol de la centrale avec les eaux de ruissellement qui proviennent des reliefs avoisinants. Semblant le confirmer, une montée brutale de la radioactivité de l’eau souterraine a été mesurée dans un puits qui se trouve à proximité de la fuite. Où va-t-elle couler par la suite ? L’opérateur n’en a évidemment pas la maîtrise.

Les pluies diluviennes qui se sont abattues ces derniers jours sur la centrale – un phénomène coutumier – sont à l’origine de cette nouvelle fuite, soulignant la précarité d’installations provisoires qui semblent condamnées à durer – et qui s’agrandissent – ce qui ne fait qu’accroître le danger car elles ne sont pas conçues pour un usage prolongé.

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Fukushima : UN RISQUE QU'IL NE FAUDRAIT JAMAIS PRENDRE (suite sans fin), par François Leclerc

Billet invité.

Un coup de vent plus violent que les autres, est-ce une surprise dans un pays familier des ouragans en cette saison ? Cela ne devrait pas, et pourtant cela a été le cas sur le chantier nucléaire de la centrale de Fukushima. Un petit trou initial de 30 centimètres de côté avait été percé dans sa couverture qui, depuis octobre 2011, vise à isoler de l’atmosphère le réacteur n°1, car il serait sinon à ciel ouvert. Mais, sous l’effet d’une rafale, la grue a fait un mouvement malencontreux, créant une ouverture d’un mètre sur deux dans la toiture.

Ces travaux devant s’échelonner sur des mois ont débuté afin de démonter le toit provisoire du réacteur et d’installer ensuite des moyens de levage destinés à extraire les quelques 500 assemblages de combustible usés de la piscine, ainsi que des débris hautement contaminés dispersés au sein de son enceinte dévastée par une explosion d’hydrogène. Fort d’une expérience précédente malheureuse sur le réacteur n°3, qui avait généré en août 2013 une lointaine contamination de rizières, reconnue bien après l’incident, l’opérateur Tepco a entrepris d’injecter dans le réacteur une substance fixant les poussières radioactives en suspension afin d’éviter sa réédition, d’où l’orifice initialement aménagé. Le démontage du toit devrait commencer en mars 2015, l’enlèvement des débris est pour l’instant prévu en 2016.

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Fukushima : DES NORMES DE SÉCURITÉ ACCOMMODANTES, par François Leclerc

Billet invité.

Fukushima est un désastre loin d’être totalement exploré, le suivi à rebondissements du chantier de la centrale dévastée de Fukushima n’épuisant pas le sujet, il s’en faut. Ainsi, la volonté gouvernementale de relance du parc des 48 réacteurs nucléaires à l’arrêt a suscité hier à Tokyo une manifestation de 16.000 protestataires opposés au redémarrage des deux réacteurs de la centrale de Sendai, suite à l’autorisation finalement accordée par l’Autorité de régulation nucléaire, laissant peu de doute sur l’hostilité générale de l’opinion publique à un tel projet.

Mais un autre angle ne peut être ignoré : celui du sort réservé à tous les Japonais déplacés en raison de la catastrophe. A cet égard, la contribution de Cécile Asanuma-Brice doit être signalée. Résidente au Japon depuis 2001, cette chercheuse en géographie urbaine du Clersé (une unité commune à l’Université de Lille I et au CNRS), fait assurément partie de ces lanceuses d’alerte qui veillent au bien commun. Dans son article, les étapes successives de la gestion gouvernementale des réfugiés sont passées en revue. D’abord installés dans des logements provisoires, construits y compris dans des zones contaminées ou imparfaitement décontaminées, ces 140.000 Japonais (chiffre officiel probablement en dessous de la vérité) ont été incités à s’adapter à un environnement devenu contaminé et aux contraintes qui en résultent. Une stratégie de communication a été parallèlement déployée en direction de l’opinion publique, afin de normaliser ce qui ne devrait pas l’être, et de banaliser ainsi la relance du parc nucléaire.
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Fukushima : UNE VULNÉRABILITÉ ACCRUE PAR LE SAUVETAGE ! par François Leclerc

Billet invité.

Plus de trois ans après la catastrophe, l’opérateur de la centrale de Fukushima est parvenu à au moins un résultat incontestable : le stockage dans des conditions de grande précarité révélée de quelques 350.000 tonnes d’eau contaminée. Et cela ne cesse de s’aggraver, l’installation de capacités de stockage de 800.000 tonnes d’eau contaminée étant pour l’instant prévue.

Les énormes réservoirs cylindriques qui s’étendent à perte de vue ont déjà connu à plusieurs reprises des fuites, mais celles-ci pourraient se révéler vénielles comparées au désastre qui résulterait des effets d’importantes secousses sismiques ou d’un cyclone les frappant de plein fouet. Le bilan est sévère : la vulnérabilité de Fukushima n’a pas été réduite mais s’est accrue.

Les installations de décontamination de l’eau connaissant panne sur panne – à tel point que l’on en vient à se demander si elles fonctionneront jamais – la centrale produit beaucoup plus d’eau contaminée qu’il n’est possible d’en traiter. Comme à chaque fois qu’il s’agit des déchets de l’industrie nucléaire, le sort qui sera réservée à l’eau contaminée reste problématique.

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LA PASSOIRE RADIOACTIVE DE FUKUSHIMA, par François Leclerc

Billet invité.

Les prélèvements d’eau hautement contaminée se succèdent dans un puits situé à 25 mètres du rivage de l’océan Pacifique et donnent des résultats allant en s’aggravant rapidement. Il a été trouvé par l’opérateur Tepco un rayonnement bêta de 900.000 becquerels/litre, pour l’essentiel du Strontium 90, de 11.000 becquerels/litre de césium 134 et de 22.000 becquerels/litre de césium 137, toutes données pulvérisant les valeurs maximales admises.

Selon des membres de l’Autorité de sûreté nucléaire japonaise, “Il existe de forts soupçons que l’eau hautement radioactive accumulée dans le sol ne se répande dans la mer”. Tepco se contente ne dire qu’il ne peut pour le moment l’établir. On sait par ailleurs que le niveau de tritium augmente régulièrement dans la mer. Cette nouvelle catastrophe établie, deux questions restent à ce jour sans réponse : qu’elle est l’origine de cette pollution radioactive majeure ? de quels moyens l’opérateur dispose-t-il pour la stopper ?

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MOBILISATION EXEMPLAIRE DE RESSOURCES, par François Leclerc

Billet invité

Née au Japon, une organisation sans but lucratif a créé de toutes pièces un réseau de collecte et de partage de mesures de la radioactivité dans les régions les plus exposées. Safecast rassemble des bénévoles américains et japonais qui vivent au Japon et aux États-Unis et a vu le jour le lendemain du démarrage de la catastrophe de Fukushima.

Le projet était au départ de fournir des détecteurs à ceux qui en avaient besoin et n’en étaient pas munis, comme des écoles et des orphelinats, mais il a vite pris une toute autre dimension. Bénéficiant du soutien de Kickstarter, un acteur américain du financement collaboratif, puis de l’université de Keio de Tokyo, l’équipe s’est étoffée, toujours sur la base du bénévolat, avec l’arrivée d’experts qui ont apporté leur concours dans de nombreux domaines. Elle a entrepris d’engager les premières campagnes de mesure ainsi que de concevoir des instruments de mesure de qualité – qui détectent les radiations alpha, beta et gamma, contrairement à beaucoup de modèles commercialisés dont le spectre est réduit – dans le contexte de la commercialisation de modèles peu fiables et bas de gamme apparus dans l’urgence face à la demande et à la pénurie qui en a résulté. Après avoir conçu un équipement mobile intitulé « Bento Geigi » ou « bGeigi, (car son aspect extérieur est celui d’une « lunch box » ou « bentō » japonaise) qui se fixe sur l’extérieur de la vitre d’une voiture et qui est prêté aux volontaires qui réalisent la collecte des données, Safecast a mis un point final au design (conception et apparence) d’un détecteur individuel de poche destiné à être porté en permanence et ressemblant le plus possible à un téléphone portable pour être banalisé.

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A FUKUSHIMA, LA VIE QUOTIDIENNE A BASCULÉ, par François Leclerc

Billet invité.

Vu de si loin, sans superlatifs superflus, comment rendre compte sous tous ses aspects de l’ampleur de la catastrophe de Fukushima, quand le pays tout entier en subit les effets ? L’électronucléaire est massivement rejeté par les Japonais, mais ils doivent désormais vivre avec les conséquences de ce qui est survenu, en espérant qu’aucun rebondissement n’interviendra dans les installations d’une centrale fragilisée et vulnérable aux séismes.

Les dangers sont invisibles et imposent des mesures permanentes vis-à-vis de l’alimentation et de l’environnement dans la préfecture de Fukushima, où vivent deux millions de Japonais. De nouvelles conditions d’existence au quotidien leur sont imposées, en particulier aux enfants qui seront sans doute appelés plus tard « la génération Fukushima », et qui vivent en permanence avec des dosimètres sur eux. Vivre dans de telles conditions ne peut être souhaité à personne, les experts étant divisés à propos des conséquences des irradiations à faible dose, faute de données et d’études.

Pour les 21.000 ouvriers qui sont déjà passés sur le site de la centrale, où 3.000 travaillent en permanence, la question a été résolue : les données recueillies en 2011 par leurs dosimètres (quand ils en portaient) n’ont toujours pas été transmises par Tepco, l’opérateur de la centrale, à l’organisme chargé de les centraliser, et celles des ouvriers affectés aux chantiers de décontamination des zones évacuées ne le sont pas davantage, empêchant de connaître l’irradiation de ceux qui ont travaillé pour plusieurs entreprises, détentrices des contrats ou sous-traitantes.

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