DES ROBOTS-TRADERS SANS FOI NI LOI, par François Leclerc

Billet invité.

L’usage de punir les lampistes étant établi, à qui va-t-on s’en prendre dans le cas des manipulations du Forex (le marché des changes) à propos desquelles le régulateur des services financiers de New York (DSF) poursuit l’enquête ? Cette question se trouve incidemment posée, car les investigations portent sur l’utilisation d’algorithmes par les banques Barclays et Deutsche Bank, soupçonnées de manipulations des cours de change sur leurs plate-formes électroniques Barx et Autobahn. Si les faits devaient être établis, il en résulterait que la fraude robotisée serait devenue partie intégrante de cet énorme marché financier.

Mais qui poursuivre nommément ? Selon un autre usage bien établi, les deux banques ont annoncé coopérer pleinement avec les enquêteurs, une déclaration qui en général signe le forfait. La Deutsche Bank va plus loin et annonce dans un mail à l’AFP qu’elle prendra « des sanctions disciplinaires contre des individus si nécessaire ». On remontera s’il le faut, croit-on comprendre, aux ingénieurs du service informatique ! Dans l’immédiat, des superviseurs du DSF vont être installés à demeure dans les services de courtage des deux banques. Où va-t-on si chaque ordinateur doit être surveillé par un agent régulateur ?

Jusqu’à maintenant, une douzaine de mégabanques, dont la Société Générale, étaient suspectées de manipuler les cours des devises, selon les bonnes vieilles méthodes éprouvées : les cambistes se concertant via des messageries instantanées, afin de modifier un taux de référence. Mais, voulant approfondir l’enquête, le DSF et le Ministère de la justice ont en novembre dernier refusé de s’associer à d’autres régulateurs américains et britanniques qui avaient signé un premier accord collectif avec six banques acceptant de payer une amende de 4,3 milliards de dollars contre l’extinction des poursuites. Il s’agissait de Bank of America Merill Lynch, Citigroup, HSBC, JP Morgan Chase, RBS et UBS.

La plaisanterie a fait long feu dans les salles de marché : les banques affrontent désormais un nouveau risque, celui des litiges… Mais si les robots sont débranchés une fois pris la pince articulée dans le sac, l’impunité des humains ne sortira-t-elle pas garantie ?

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