L’Union européenne en mode survie

À peine leur succès connu, la Ligue et le Mouvement des 5 étoiles ont tour à tour revendiqué la responsabilité du pouvoir, bien que sans majorité parlementaire. Vu des capitales européennes, l’horizon est chahuté. Hier la victoire de la coalition allemande redonnait espoir à ceux qui en attendent une ouverture, même réduite, en premier lieu le gouvernement français. Aujourd’hui, les mêmes doivent enregistrer la perte d’un allié italien potentiel, les deux vainqueurs des élections ne présageant pas un renforcement de leur camp.

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« C’EST DIFFICILE, C’EST LA DÉMOCRATIE… », par François Leclerc

Billet invité.

Si les certitudes font défaut à propos de la Grèce, les inconnues ne manquent pas. Le 24 avril abandonné, le 11 mai est la nouvelle date butoir à laquelle l’Eurogroupe pourrait désormais aboutir à un accord avec le gouvernement grec, la veille d’un nouveau remboursement du FMI. Les négociations sont au point mort, les membres du gouvernement grec opposant un optimisme de façade à des dirigeants européens qui n’y croient plus et le font savoir, leurs calculs déjoués et leur intransigeance sans effet. La réforme du droit du travail et des retraites, l’augmentation de la TVA et le programme de privatisations restent des points de blocage, comme l’a confirmé Alexis Tsipras.

En révélant que Yanis Varoufakis serait venu lui demander à Washington des délais de paiement, qu’elle aurait refusés, Christine Lagarde a donné le ton. Un face à face s’est installé, dont nul ne sait combien de temps il peut durer, car personne n’a intérêt à en précipiter le dénouement. Côté grec, il est à nouveau demandé l’abandon de l’approche en deux temps imposée par les autorités européennes – d’abord l’extension du plan de sauvetage, puis ensuite la négociation d’un nouveau plan – et réclamé que les deux négociations soient fusionnées. Ce qui impliquerait de discuter dès maintenant du fond d’un problème qui reste éludé: le mystère du remboursement de la dette.

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LEUR NOUVELLE SOCIÉTÉ, par François Leclerc

Billet invité.

Née dans la foulée des années 30, la doctrine de l’ordo-libéralisme pourrait évoluer à l’initiative de son gardien du Temple, la Bundesbank. Classiquement, une division du travail est instituée par cette théorie, qui attribue la conduite de la politique monétaire à la banque centrale, à l’abri du pouvoir politique, confie les affaires budgétaires au gouvernement, et la fixation des salaires et des conditions de travail aux négociations entre employeurs et syndicats des travailleurs. Sortant sans scrupule de sa mission, la Bundesbank propose d’introduire une nouveauté : la création d’un Conseil fiscal européen indépendant au détriment de la Commission européenne.

Au fil du déroulement de la crise, les banques centrales élargissent leurs missions, et la Bundesbank pourtant si respectueuse de l’Etat de droit n’y faillit pas, au nom des intérêts suprêmes qu’elle défend. De son point de vue, tous les moyens sont bons pour rendre irréversibles les dispositions gravées dans un Traité fixant les normes de déficit et d’endettement public, ainsi que pour veiller à leur stricte application : pour la Bundesbank, les dérogations et les assouplissements sont autant d’horreurs. Sa proposition intervient en réaction explicite à l’attribution d’un nouveau délai de deux ans au gouvernement français, afin de respecter son objectif de déficit annuel de 3%.

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LE TEMPS DE LA POLITIQUE EST REVENU, par François Leclerc

Billet invité.

Cette année, la crise politique européenne va s’exprimer dans toute sa dimension. Du Nord au Sud, les consultations électorales qui en sont une des occasions ne vont pas manquer, et celles qui vont se dérouler en Grèce, au Portugal, au Royaume-Uni et en Espagne vont être suivies de particulièrement près, en attendant les échéances françaises et italiennes qui suivront.

Le rejet et l’affaiblissement des partis de gouvernement s’approfondit, expression du refus de leurs politiques, ce qu’elles ont en commun ayant tendance à l’emporter dans l’opinion sur ce qui les différencie. Mais le vide politique qui est ainsi apparu a été comblé de manière hétéroclite, amalgamé dédaigneusement par les élites de la politique sous le terme de populisme. Suivant les pays, certains partis et mouvements s’inscrivent dans une perspective européenne, tandis que d’autres s’affirment europhobes. Ne pas confondre.

Continuer de donner une onction démocratique à une politique qui ne s’en embarrasse pas, va impliquer la création, là où cela est possible et par défaut, de coalitions des partis de gouvernement, aucun d’entre eux ne pouvant plus à lui seul s’imposer. La Grèce, l’Espagne et le Portugal pourront être tous les trois dans ce cas, ainsi que le Royaume-Uni, l’alternance se heurtant en Écosse à la montée des nationalistes au détriment des travaillistes.

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Hong Kong : ILS SONT TOUJOURS DANS LA RUE ! par François Leclerc

Billet invité.

Depuis le 28 septembre dernier, rien n’y fait et les semaines passent dans les quartiers occupés d’Admiralty, de Causeway Bay et de Mong Kok. Ni les charges et les gaz au poivre des policiers, ni les promesses de dialogue cousues de fil blanc, ni la fatigue et les pressions des commerçants, ni le coups de main des Triades ne lui font rendre raison, la jeunesse de Hong Kong n’abdique pas.

Après trois nuits de charges policières violentes et de tentative de démantèlement de barricades et de rétablissement de la circulation dans le quartier de Mong Kok, le cœur commercial de Hong Kong avec ses petites rues spécialisées par produits et ses innombrables boutiques, les manifestants sont par milliers revenus en force munis de leurs parapluies, puis ont forcé un cordon de police. Au lever du soleil, les policiers se retiraient sous les vivats.

Une nouvelle offre de négociations avec la Fédération des étudiants de Hong Kong (HKFS) et à propos du projet de réforme constitutionnelle a jeudi dernier été rendue publique par l’exécutif de Hong Kong, désormais prévue par ses soins mardi prochain. Mais les étudiants continuent de réclamer la démission de son chef, Leung Chun-Ying, et d’exiger que les candidatures aux élections ne soient pas sous contrôle des autorités…

VIVE LA GRANDE LUTTE HÉROÏQUE DE LA JEUNESSE DE HONG KONG ! par François Leclerc

Billet invité.

Entamé le 28 septembre dernier, le mouvement prodémocratie de blocage d’Admiralty, le quartier des affaires de Hong Kong, se poursuit envers et contre tout après s’être étendu à Causeway Bay, l’un des principaux quartiers commerçants. Des dizaines de milliers de jeunes étudiants et de lycéens, filles et garçons mélangés, ont pacifiquement occupé les rues et avenues, érigeant des barricades, faisant d’un simple parapluie leur emblème et leur protection tout en bénéficiant de la sympathie de la population, leur plus solide rempart. Le fantôme de Tian’anmen était dans les têtes, en premier lieu dans celles des autorités centrales chinoises qui n’ont ni pu ni voulu renouveler leur réaction sanglante d’alors en raison de ce rapport de force.

Ni les charges policières brutales, ni l’emploi des hommes de main des Triades n’ont pu venir à bout de la détermination des manifestants. Les tentatives de désamorcer le mouvement avec un simulacre de concertation ont tourné court, tandis que les embouteillages et les dysfonctionnements apportés à la vie quotidienne des habitants de Hong Kong se sont révélés être à la longue leur principal ennemi. Toute mobilisation massive de cette nature n’a forcément qu’un temps : elle se doit de déboucher, au risque sinon de s’effilocher. Pour autant, l’histoire immédiate n’est pas finie, car l’opinion publique est sensible aux exactions policières qui viennent d’intervenir en raison de la jeunesse des manifestants.

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