L'actualité de la crise : VAILLANTS COST-KILLERS, par François Leclerc

Billet invité.

Dans le monde des affaires, on appelle cost-killers les managers rompus à l’exercice qui consiste à faire tomber les têtes, sauf la leur, se forgeant ainsi une flatteuse mais usurpée réputation d’excellent gestionnaire.

Le parallèle s’imposant, les chefs d’Etat et de gouvernement européens méritent-ils une autre étiquette, qui n’ont comme réponse à la crise que la réduction des déficits publics, et comme arme favorite les coupes budgétaires ? Revendiquant une stratégie – n’ayant ce nom que par défaut – dont la vanité montre au fil des semaines et de leurs reculades combien ils sont dans les faits démunis, se cramponnant au déni et espérant s’en tirer ainsi. Ne voulant pas reconnaître les vrais contours de la crise pour ne pas avoir à tailler dans un autre vif.

Ils s’accrochent néanmoins à une ligne de conduite, dont ils ne dérogent pas. Celle de régler avec l’argent public l’addition présentée par un système financier dont la chute libre a été stoppée, mais pas son dérapage qui plus sournoisement se poursuit. Ayant malencontreusement oublié combien les déficits budgétaires contre lesquels ils montent à l’assaut avec tant de vaillance doivent à une crise financière évacuée, passée aux profits des uns et aux pertes des autres.

Les gouvernements européens appliquent tous cette même politique, avec des variantes et selon des décalages dans le calendrier. Inscrivant leurs plans respectifs dans une unique perspective : l’amoindrissement du rôle de l’Etat et la poursuite de l’extension de la financiarisation. Un total paradoxe si l’on considère ce qui vient d’intervenir et se poursuit, mais qu’importe !

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L'actualité de la crise : DES FRACTURES QUI NE SE RÉDUISENT PAS, par François Leclerc

Billet invité.

Il n’y a pas que nos sociétés qui soient à deux vitesses, l’Europe aussi en a pris le chemin. Etrange et frappante similitude, qui veut que les inégalités s’accroissent, aussi bien entre pays qu’au sein de chacun d’entre eux. Persévérant ainsi dans ce qui a été considéré – par les plus éclairés – comme cause majeure de la crise dans laquelle nous restons plongés : la distribution inégale de la richesse. Faut-il s’en étonner ?

Tandis que les agences de notation continuent de dégrader à tour de bras la note de l’Europe d’en-bas, l’écart s’est désormais creusé sur le marché obligataire avec celle d’en-haut. L’accès au marché financier est devenu hors de prix pour les pays dans le besoin et en comparaison presque donné pour les riches. Déroutante constatation : l’argent n’a pas le même prix pour tout le monde.

Entrés à reculons dans des dispositifs infernaux de sauvetage, la Grèce et l’Irlande se préparent à devoir repousser toujours plus loin toute perspective de sortir de ceux-ci et de recouvrir leur autonomie financière, en attendant que d’autres les rejoignent dans leur calvaire. Car il semble qu’une fois la pente descendue, elle ne puisse plus être remontée. Comme si l’ascenseur social – dont on sait qu’il ne fonctionne plus – avait trouvé à une autre échelle son équivalent.

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L'actualité de la crise : DEUX POIDS, DEUX MESURES, par François Leclerc

Billet invité

Réunis jeudi et vendredi prochains en Conseil européen, les chefs d’Etat et de gouvernement vont ramasser les copies pour adopter à l’unanimité un communiqué final avec pour objectif de stopper la cacophonie de ces derniers jours. Un projet de texte a déjà fuité auprès de la BBC, qui s’en tenait au minimum décent, mais les débats se sont depuis élargis à un nouveau sujet, une augmentation de capital de la BCE ayant entretemps été posée sur le tapis.

Rien toutefois ne présage – on s’en doute un peu – que les réponses qui vont être apportées en fin de semaine vont changer la face de l’Europe.

La crise part pourtant dans tous les sens. La nouveauté réside dans le développement de la protestation dans plusieurs pays : après le Portugal, la Grèce, l’Irlande, ce sont le Royaume-Uni et l’Italie qui connaissent leurs premières grandes manifestations, emmenées par les étudiants qui jouent leur traditionnel rôle d’éclaireurs. Si elles ont en commun de ne pas avoir de débouché politique revendiqué, la situation générale devrait être considérée comme inquiétante par ceux qui sont au pouvoir ou aspirent à y accéder.

En ce sens, la crise n’est pas devenue uniquement sociale, elle est également profondément politique, car mettant en évidence l’absence de répondant pouvant la canaliser. Les bonnes âmes parleront de montée du populisme et du danger des extrémismes, mais elles n’offriront pas pour autant d’alternatives, cloîtrées dans le cadre étroit de la rigueur – dont elles ne savent ni ne veulent sortir – avec des mots creux et des programmes timorés pour seule vaine promesse.

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L'actualité de la crise : DU SUR PLACE, par François Leclerc

Billet invité.

Même le dos au mur, les dirigeants européens ne sont pas parvenus à se mettre d’accord. En dépit du soutien affirmé de la BCE et du FMI à une augmentation des moyens mis à disposition du fonds de stabilité (EFSF), la décision en a été remise à plus tard, façon d’escamoter que le désaccord à ce sujet était total.

« Si cela devient nécessaire, nous examinerons la question » a déclaré Herman Van Rompuy, président de l’Union européenne. « On va continuer le travail. Ce qu’on a fait hier, c’est ne pas prendre encore de décision. Mais il y aura encore des débats sur la manière de concevoir le mécanisme permanent de gestion de crise et peut-être de continuer à débattre sur sa taille, que ce soit pour le mécanisme définitif ou pour le mécanisme transitoire » a ajouté Didier Reynders, le ministre belge des finances, la Belgique assurant la présidence de l’Union européenne.

L’argument avancé pour justifier de ne pas accroître le montant des garanties mises à disposition de l’EFSF ne manque pas de sel : un tel acte signalerait que les Etats européens s’attendent à devoir soutenir de nouveaux pays (entendez le Portugal et l’Espagne), ce qui serait un très mauvais signal donné aux marchés, les incitant à précipiter ces pays dans la zone des tempêtes. Comme s’il n’étaient pas déjà en train d’y pénétrer, pour ceux qui n’y sont pas encore.

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L'actualité de la crise : DES DÉMENTIS POUR TOUTE POLITIQUE, par François Leclerc

Billet invité.

Une pluie de démentis n’a cessé de tomber durant la journée de vendredi, comme s’il avait fallu rattraper en vitesse des paroles imprudentes et pas bonnes à dire, du genre : « la contagion se poursuit en Europe » ou bien «  il risque de falloir augmenter les moyens financiers disponibles afin d’y faire face ».

José Manuel Barroso, président de la Commission, a fait cette magnifique remarque : « Je crois qu’un des problèmes que nous avons eu récemment, c’est que des responsables politiques font tous les jours des commentaires au lieu de prendre des décisions ».

Donc plus question, à en croire aujourd’hui nos édiles, que le Portugal et l’Espagne entrent dans la zone des tempêtes, encore moins d’inciter les premiers à demander sans attendre de l’aide, ni enfin de revoir la dotation du fonds de stabilité européen. C’est dit et c’est juré.

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L'actualité de la crise : UNE PAGE DIFFICILE A TOURNER, par François Leclerc

Billet invité

Quoi qu’il sorte du sommet européen des chefs d’Etat et de gouvernement, une page sera tournée demain jeudi. La crise politique qui couvait est désormais ouverte et a éclaté au grand jour, le gouvernement allemand continuant d’être à la manœuvre et s’efforçant de faire avaliser par les 27 les termes du compromis de Deauville franco-allemand dont il a été à l’initiative. Suscitant de fortes réactions négatives.

L’acte I du scénario allemand avait été d’engager l’Europe dans la réduction prioritaire des déficits publics, afin de revenir dans les clous de Maastricht et de préserver l’euro, l’acte II qui vient de commencer consiste à trouver une solution pour les Etats qui n’y parviendront pas.

Ce qui est nouveau, c’est la reconnaissance implicite que la tempête qui s’est levée et a atteint la Grèce et l’Irlande ne va pas se calmer, et que d’autres pays risquent d’être touchés. Que la Grèce, pour commencer, va faire défaut sur sa dette et qu’il vaut mieux s’y préparer afin que cela intervienne dans les meilleures conditions. Que le fonds de stabilité qui a été créé dans l’urgence ne va pas être en mesure de répondre aux besoins financiers causés par de nouveaux sauvetages. Qu’il faut donc mettre en place un nouveau mécanisme et que celui-ci, pour être solide, doit reposer sur un cadre juridiquement inattaquable, une modification avant 2013 du traité de Lisbonne révisant son article 125 qui interdit le renflouement d’un Etat.

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L'actualité de la crise : ONT-ELLES ÉTÉ VRAIMENT SAUVÉES ?, par François Leclerc

Billet invité

Pour rester sur le terrain des apparences, deux lectures sont possibles du communiqué final de la réunion du G20 finances : l’optimiste au premier degré, et la réaliste après décryptage. Après avoir bien sûr pris soin de mettre de côté la réaffirmation principielle de l’indispensable coopération que la situation réclame, sans laquelle un sommet n’existerait pas.

Si une conclusion peut sans hésiter être tirée de cette réunion, c’est que les Américains n’y ont pas été à la fête.

Pas crédible pour deux dollars et orfèvre du double langage, Tim Geithner vient de déclarer que les Etats-Unis sont en faveur d’un dollar fort, relativisant fortement par là même toutes les bonnes intentions formulées dans le communiqué. Par exemple, « [les membres du G20] vont prendre un ensemble de mesures visant à réduire les déséquilibres excessifs et à maintenir le déséquilibre de leurs comptes courants à des niveaux soutenables ». Les mesures ne sont d’ailleurs pas précisées, pas plus que ne l’est la définition d’un « niveau soutenable », les Allemands, les Chinois et d’autres pays dont l’Inde s’étant fermement opposés à un objectif chiffré – les Américains souhaitant voir reconnu un ratio maximum pour les surplus de 4% du PIB – et le faisant savoir.

Le communiqué précise aussi que « les économies développées seront vigilantes face aux fluctuations excessives et aux mouvements désordonnés des taux de change. Ces actions aideront à réduire le risque de volatilité des flux de capitaux auquel font face certains pays émergents ». Il n’en fallait pas moins pour calmer les ardeurs de tous ceux qui auraient reproché aux Américains d’inonder leurs économies de capitaux spéculatifs.

Est-ce encore un vœu pieux ou faut-il y lire la confirmation que la Fed – qui devrait prendre une décision dans une dizaine de jours – ne fera fonctionner la planche à billet que par paliers successifs, afin de tâter le terrain et de ne pas encore brutalement accentuer l’envahissement des économies émergentes par des flots accrus de capitaux ? Une petite précaution dont les résultats ne sont pas garantis.

Rainer Bruederle, ministre allemand de l’économie, a clairement mis en cause « un accroissement monétaire excessif et permanent », selon lui assimilable à une manipulation monétaire des taux de change.

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L'actualité de la crise : l'Europe tiendra-t-elle munie de béquilles ? par François Leclerc

Billet invité

L’EUROPE TIENDRA-T-ELLE MUNIE DE BÉQUILLES ?

Une lueur serait-elle en train d’apparaître dans les ciels britannique et européen ? Sous l’égide d’une Commission Indépendante sur les Banques (BIC) mise en place par le chancelier de l’échiquier George Osborne, une réflexion est entamée sur les réformes que devrait connaître la City, deuxième place financière mondiale.

A priori, c’est un paradoxe, quand on sait comment les Britanniques défendent becs et ongles leur industrie financière au sein de l’Union européenne. On peut toutefois le comprendre si on considère qu’une nouvelle crise au sein de leur système bancaire n’est strictement pas dans leurs moyens.

La BIC emprunte a priori les mêmes pistes que celles suivies par les Américains, sans surprise excessive, mais apparaît particulièrement entreprenante, tout du moins à ce stade de ses travaux et de la publication d’un premier document.

N’ayant qu’un mandat d’étude, la commission rapportera dans un an à un comité du Cabinet présidé par George Osborne, et il sera alors possible au vu des décisions de ce dernier de mieux faire l’inventaire de ce qui résultera du processus qu’elle vient d’engager. A noter que les banques étrangères présentes au Royaume-Uni devraient avoir les mêmes obligations que leurs consœurs britanniques, ce qui pourrait en premier lieu affecter Santander, la mégabanque espagnole.

Une séparation drastique entre banques de dépôt et d’investissement (du type Glass-Steagall Act) est évoquée, ainsi que des obligations en matière d’accroissement des fonds propres supérieures à celles que Bâle III a déjà défini sont envisagées. D’autres mesures sont également à l’étude, car Bâle III – après adoption – n’a vocation qu’à être une limite inférieure aux réglementations nationales qui pourront être adoptées. Plus novateur, John Vickers, le président de la BIC, n’a pas exclu que celle-ci puisse également se pencher sur le shadow banking, la banque de l’ombre, et ne s’en tienne pas au secteur bancaire stricto sensus.

Devant l’éventualité d’un tel durcissement, HSBC, Barclays et Standard Chartered – les plus grands établissements britanniques que l’Etat n’a pas recapitalisé – ont tout de go menacé d’aller s’établir sous d’autres cieux, Hong Kong ou Singapour, si le cadre réglementaire venait à se durcir. C’est dire que si les dés viennent d’être jetés, ils s’entrechoquent déjà sur le tapis….

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L'actualité de la crise: des tourments monétaires japonais annonciateurs, par François Leclerc

Billet invité

DES TOURMENTS MONÉTAIRES JAPONAIS ANNONCIATEURS.

De latente, la crise proprement monétaire est en train de monter en puissance et à son tour de s’installer. La montée du yen japonais par rapport au dollar, et dans une moindre mesure à l’euro, en est la spectaculaire illustration. Sans que la banque centrale japonaise, ainsi que ses consoeurs qui ne le tentent même pas et la laissent inopérante et solitaire, ne puissent prétendre s’y opposer.

Déjà confronté à un cocktail de difficultés insurmontables afin de sortir de la déflation, le Japon doit désormais faire face au surenchérissement de sa monnaie et à ses conséquences. Obstacle d’un côté à ses exportations – qui seules tirent l’économie – de l’autre confortant à l’intérieur la déflation en raison de la baisse des prix des produits importés qu’elle induit.

Des mesures d’urgence viennent bien d’été adoptées de manière cordonnée par le gouvernement et la banque centrale, mais elles sont de portée symbolique et sans réel effet. Le gouvernement doit à la fois commencer d’une main à contenir le déficit public, et envisage pour cela une hausse de la TVA qui est au taux de 5% au Japon, tandis qu’il cherche de l’autre main à relancer la consommation et la croissance. S’efforçant avec peu de moyens désormais de créer des emplois, la nouvelle priorité gouvernementale après que le précédent a beaucoup fait en pure perte dans le béton.

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L'actualité de la crise: elle tourne et elle rode, par François Leclerc

Billet invité.

ELLE TOURNE ET ELLE RODE

Après avoir sévi sous sa forme aiguë en Europe – où une pause prévaut actuellement – elle menace les Etats-Unis, hier présentés comme relevant les premiers la tête et aujourd’hui devancés d’une longueur par les Européens. Comment s’y retrouver se lamentent les chroniqueurs à la mode d’antan ?

En Asie, les Japonais continuent d’être désespérément envasés dans une déflation endémique, tandis que les Chinois tentent de dégonfler leur gigantesque bulle financière immobilière, devenue noire et menaçante. Celle-ci, résultat de leur tentative de relance précipitée et massive, illustre par ses résultats malencontreux qu’ils continuent de dépendre de la poursuite de leurs exportations vers l’Occident. Ainsi, en interne, qu’un modèle de développement privilégiant la montée des inégalités.

Le développement de leur marché intérieur est décidément une entreprise de longue haleine, auquel ils ont tourné le dos en s’inscrivant dans la logique de la globalisation, et qui nécessitera des remises en cause dont on peut se demander s’ils seront en mesure de les accomplir, vu les intérêts en jeu. Ce n’est pas un problème propre à la Chine, il est partagé par toutes les puissances émergentes.

On ne peut toutefois pas s’en tenir à cette vision du monde région par région. Si la crise ne se manifeste pas simultanément partout de la même manière, elle n’en est pas moins globale.

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