L'actualité de la crise : DRÔLE DE DRAME, par François Leclerc

Billet invité

La rencontre extraordinaire des ministres des finances européens à Bruxelles s’étant achevée mardi soir sur un constat de désaccord total, c’est à Athènes, devant le Parlement protégé par des cordons serrés de policiers anti-émeutes et entouré de quarante mille manifestants que se joue aujourd’hui la partie suivante. Vingt mille autres se réunissaient à Salonique.

« Maintenant, c’est nous qui parlons, ça ne passera pas » proclame une grande banderole adressée aux députés convoqués pour adopter les nouvelles mesures d’austérité. L’arrivée de chaque voiture noire est saluée d’une même clameur « Voleurs  ! Voleurs ! ». A l’inverse des classiques violences des manifestations grecques, celle-ci s’affirme résolument non-violente : « La démocratie est née ici, à Athènes, je ne voudrais pas qu’elle meure ici » a dit à une journaliste de l’AFP qui le rapporte d’une manifestante. Des heurts avec de petits groupes ont toutefois permis aux forces de l’ordre d’inonder la place Syndagma de gaz lacrymogène afin d’obliger les manifestants à la quitter, mais cela a été en pure perte, car ils y sont restés.

De nombreux drapeaux espagnols ont été également brandis en Grèce, ainsi qu’une autre banderole barrée d’un gigantesque « No pasarán » (vous ne passerez pas), tandis qu’à Barcelone les indignés espagnols font également le siège du Parlement catalan qui doit adopter des coupes claires dans le budget régional, huant les députés arrivant en criant « Ils ne nous représentent pas », le président du Parlement ayant été déposé par hélicoptère.

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L'actualité de la crise : DYNAMIQUE DE L'ENTÊTEMENT, par François Leclerc

Billet invité

Gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer est réputé pour pratiquer avec constance le double langage : rien ne transparaît jamais dans ses propos publics de la réalité du monde financier qu’il couvre d’un épais voile opaque. Il s’inscrit ainsi dans la tradition bien établie des autorités politiques françaises.

Le Gouverneur vient de franchir un pas de plus en pratiquant l’art de la menace, avertissant qu’il ne fallait pas « toucher à la dette grecque », se comportant comme le véritable protecteur de ses créanciers. Au prétexte s’apparentant à un chantage que « si vous touchez malgré tout à la dette et que vous provoquez un défaut ou un événement de crédit, il faut vous préparer à financer intégralement l’économie grecque ».

Mais son avertissement sans frais n’intervient-il pas trop tard, l’agence Standard & Poor’s n’ayant pas attendu que cet événement intervienne pour dégrader de trois crans et d’un seul coup la note grecque, au niveau le plus bas possible CCC, reléguant le pays au tout dernier rang mondial, derrière les îles Fidji et la Jamaïque, l’Argentine ou l’Équateur ? Il faut donc croire que l’événement de crédit a déjà eu lieu, dont la définition est d’entraîner une dégradation de la note par les agences, le déclenchement des CDS n’étant quant à lui pas encore intervenu. Pour le moins, nous sommes entrés dans des eaux troubles, Standard & Poor’s pratiquant l’art de la prophétie auto-réalisatrice.

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L'actualité de la crise : L'AVEUGLE ET LE PARALYTIQUE, par François Leclerc

Billet invité.

Dans une ambiance qui ne s’y prêtait pas, les regards tournés vers un commissariat de Manhattan, puis un tribunal, les ministres des finances européens ont sans surprise donné leur feu vert au plan de sauvetage du Portugal, l’obstacle des Finlandais levé, leurs conditions acceptées. Les banques portugaises sont instamment priées de ne pas se délester en douce de la dette de leur pays ! Le FMI devrait suivre d’ici vendredi.

78 milliards d’euros seront prêtés dans le cadre d’un programme de trois ans, en contrepartie d’un ensemble de mesures budgétaires et de privatisations déjà négociées. Le communiqué commun ne mentionne toutefois pas le taux auquel le prêt est consenti, une question qui faisait débat et a une forte résonance en Irlande et en Grèce, les deux pays demandant une révision à la baisse du leur. Selon le ministre portugais des Finances, Fernando Teixeira dos Santos, un taux d’intérêt moyen d’environ 5,1% devrait être appliqué.

Pour la Grèce, il a été décidé de reporter la décision, après un échange montrant l’étendue des désaccords. Au final, le si déterminant signal envoyé aux marchés est d’une grande confusion. Tout est donc loin d’être bouclé, tant en raison de la demande allemande d’attendre le rapport de la Troïka, pour gagner du temps, que des fortes divergences persistantes qui ont tourné à la foire d’empoigne ces derniers jours. Chacun y allant de sa formule selon un large éventail allant d’une restructuration de la dette – les variantes ne manquant pas – à la réalisation prioritaire d’un programme massif de privatisations en Grèce. Le tout dans une cacophonie que le défaut subit du directeur général du FMI n’a pas contribué à résorber. La BCE reste intransigeante et les Allemands louvoient, tout le monde y va de sa recette ou préfère se taire. Aux dernières nouvelles Angela Merkel et son ministre des finances, Wolfgang Schaüble, ne seraient pas d’accord.

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L'actualité de la crise : LE DÉFICIT… DES IDÉES ! par François Leclerc

Billet invité.

Une grande confusion règne à propos de la Grèce, que la dernière réunion au sommet n’a fait qu’accentuer. Celle-ci a en effet mis à nouveau en lumière que les dirigeants européens étaient totalement indécis et divisés sur la suite à donner à leur plan de sauvetage en train de sombrer corps et âme. Confirmant que c’est toute leur stratégie qui l’accompagne par le fond.

Toutes les options qu’ils ont retournées dans tous les sens avaient de leur point de vue plus d’inconvénients que d’avantages ; ils les ont donc logiquement rejetées. Pour se retrouver démunis, en attendant leur prochain rendez-vous, qui finira par être celui de la dernière chance à ce train-là.

A force d’avoir trop attendu, ce qui aurait pu être négocié à froid, mais n’aurait pas suffit – comme une restructuration de la dette se limitant à son rééchelonnement – va devoir être décidé à chaud et tailler plus profond, en espérant que cela passera au lieu de casser. Rien n’est moins sûr.

Les marchés se sont de leur côté révélés plus lucides que les autorités politiques, ces dernières piégées par leur propre aveuglement, en réclamant une véritable restructuration de dette dont les politiques ne sont pas prêts à assumer les conséquences.

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L'actualité de la crise : UN PLAN A', par François Leclerc

Billet invité.

Alors que les désaccords à propos de la restructuration de la dette grecque se précisent, les grandes données du plan de sauvetage du Portugal sont désormais connues. Rien qui ne contribue à clarifier une situation déjà très confuse et à élargir les marges de manœuvre des autorités européennes.

Ne disposant pas de plan B, celles-ci cherchent à mettre au point un plan A’, non sans de grandes difficultés pour se mettre d’accord sur ses modalités, comme on peut s’en douter.

Certes, il semble avoir été tiré quelques leçons des deux précédents plans de sauvetage, qui se sont vite révélés impraticables, le Portugal en bénéficiant. Une autre raison de ce relatif infléchissement est que sa situation n’est pas équivalente à celle de la Grèce, de l’Irlande… ou de l’Espagne, et que l’économie portugaise souffre d’autres maux – de toujours – que ces derniers. Un même remède de cheval n’est donc pas indispensable.

Les représentants de la Troïka chargés de négocier ce troisième plan en date pour le compte de l’Union européenne, la BCE et le FMI, ont parlé d’un programme « dur, mais nécessaire et juste »( chaque mot étant pesé). On pourra douter de son caractère juste, au vu des mesures qui ont fini par être annoncées, même si elles sont moins pire qu’escompté les précédents jours par la presse portugaise. De quoi permettre à José Socrates, – premier ministre socialiste démissionnaire, qui va affronter les électeurs le 5 juin prochain – de faire valoir ses talents de négociateur.

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L'actualité de la crise : LA PART DU FEU, par François Leclerc

Billet invité

Une toute simple énumération des faits remplacera la plus accablante des analyses pour illustrer l’irrésistible déraillage qui est en train d’intervenir.

Au Bundestag, la révolte a éclaté au grand jour, un premier député de la CDU rejoignant les douze députés du FDP ayant déjà prévenu qu’ils voteraient contre le futur fonds de stabilité financière européen (MES). Deux à trois dizaines d’autres pourraient sauter le pas, selon les pointages, obligeant la chancelière à négocier avec son opposition pour faire adopter – mais après amendement – son propre plan. Le temps de la crispation est passé, celui du refus est arrivé.

En Finlande, la formation d’une coalition gouvernementale avec le parti des « Vrais Finlandais » (Perussuomalaiset) – en tout cas vrais vainqueurs des dernières élections – va reposer sur un difficile compromis, celui-ci ayant fait sa campagne sur le refus d’accroître la participation de la Finlande au fonds de stabilité financière, pouvant ainsi tout bloquer. Un grain de sable qui ne fait que rajouter une touche au grand repli sur l’égoïsme national alimenté par les populistes d’extrême droite, absurde refuge et dangereuse diversion.

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L'actualité des crises : LA TERRE BRÛLÉE COMME POLITIQUE, par François Leclerc

Billet invité.

En ce début de semaine, une avalanche de déclarations, toutes aussi péremptoires les unes que les autres, tente de convaincre on ne sait trop qui que la restructuration de la dette grecque n’est pas sur la table (ou bien pas à l’ordre du jour, selon une autre version). C’est à qui contribuera à nier avec la plus farouche énergie et la voix assurée ce dont les marchés sont pour leur part largement convaincus. Il leur est même – un comble – reproché de se tromper, par ceux-là qui en font d’ordinaire leur oracle.

Toutes nos vieilles connaissances sont au rendez-vous : Jean-Claude Trichet et Dominique Strauss-Kahn, Herman Van Rompuy et Jean-Claude Juncker, sans oublier Lorenzo Bini Smaghi, Klaus Regling et on en passe.

Deux indices ne trompent pourtant pas à cet égard : le taux des obligations grecques à 10 ans à dépassé le seuil de 14% et les valeurs des banques allemandes et françaises, connues pour être particulièrement exposées à celles-ci, chutent en bourse.

Les marchés ont toujours raison ! Une restructuration de la dette grecque sonnerait en effet le glas des tentatives européennes de stabiliser la crise de la dette et ouvrirait grand la porte à d’identiques remises en cause en faveur d’autres pays de la zone des tempêtes, précipitant le système bancaire européen à nouveau dans une chute libre. Ceci explique cela.

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L'actualité de la crise : HISTOIRE DE SOUPAPES, par François Leclerc

Billet invité.

Sous l’influence de la télévision, qui reste le média dominant, l’actualité fonctionne abusivement sous le régime des dominantes. La durée de vie d’une information est réduite, une nouvelle chassant la précédente pour lui prendre le pas et écraser toutes les autres. En général, cela ne contribue pas à la rendre intelligible.

Que plusieurs crises simultanées surviennent, et c’est la cacophonie, dans un système modelé pour n’en traiter qu’une seule. C’est la situation que nous connaissons actuellement, avec la catastrophe japonaise et l’internationalisation de la guerre libyenne, reléguant à l’arrière plan la crise européenne.

Cela pourrait laisser faussement croire que celle-ci est en train de se calmer. Or, il n’en est rien. Au contraire, des illusions sont en passe de tomber, rapprochant le moment où des remises en question devront être ouvertement opérées, comme d’habitude sous la contrainte.

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L'actualité de la crise : UN PLAN "B" EUROPEEN ?, par François Leclerc

Billet invité

Leur sommet terminé, après avoir été bousculés par l’actualité portugaise, les dirigeants européens se sont congratulés pour avoir réussi à adopter un « pacte pour l’euro », ainsi que les grandes lignes du mécanisme du MES, le fonds de stabilité financière qui succédera en 2013 au mécanisme provisoire actuel, à propos duquel rien n’a d’ailleurs été décidé.

« On peut dire que beaucoup a été fait », s’est exclamée Angela Merkel, satisfaite d’avoir obtenu l’étalement des versements au MES qu’elle réclamait, avant d’affronter dimanche ses électeurs pour une élection régionale d’importance. Et de faire face à une virulente campagne dans la presse allemande, sur le thème des promesses faites à l’occasion du passage à l’euro et non tenues ou de l’addition que les Allemands vont devoir payer pour les autres.

Une toute autre leçon va-t-elle continuer longtemps à être éludée ? Les programmes d’austérité et de renflouement des banques, auxquels les pays européens sont contraints, les envoient les uns après les autres dans le décor, c’est à dire au purgatoire. Ils impliquent des sauvetages successifs et au bout du compte une mutualisation de la dette qui ne parvient pas à être mise en place, n’existant dans l’avenir qu’assortie de conditions toujours aussi expéditives.

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L'actualité de la crise : DESSOUS DES CARTES, par François Leclerc

Billet invité

A quoi tiennent parfois les choses ! L’avenir de l’Europe et de l’euro est désormais prisonnier des péripéties de la vie politique allemande, au fil des élections régionales qui se succèdent et que la coalition au pouvoir semble continuer à devoir perdre.

L’intelligence de la crise de la dette européenne et de sa solution se résumant pour Berlin à l’impérieuse nécessité de réduire par tous les moyens les déficits publics, il en découle deux conséquences qui éclairent les épisodes en cours, le gouvernement étant dans l’obligation d’être exemplaire sur ce terrain.

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