Une offensive allemande très défensive

Les autorités allemandes n’ont pas lésiné pour rappeler à l’ordre Mario Draghi et Christine Lagarde. La pilule des dernières mesures adoptées sous les auspices du premier a été dure à avaler et il ne faudrait pas que la seconde persévère dans la même voie comme cela se présente.

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TENTATIVE D’ÉPUISEMENT DE L’ACTUALITÉ, par François Leclerc

Billet invité.

Les jours se suivent… toujours aussi tumultueux !

A noter aujourd’hui que l’Allemagne a échappé à la récession technique (deux trimestres consécutifs de PIB négatif), provisoirement créditée d’une croissance de 0,1% au grand soulagement de tous, comme si ce 0,1% changeait quelque chose. L’Italie a pour sa part connu à la fin septembre son treizième trimestre consécutif sans croissance, période où la moyenne de celle des pays de la zone euro a été de 0,2%. Après celle de la Chine et du Brésil, la croissance russe continue de plonger, pour ne pas parler du rouble qui a perdu le quart de sa valeur et de la fuite de Russie des capitaux qui s’amplifie. Les BRICS ne prennent pas le relais de pays occidentaux qui tendent le témoin dans le vide. C’est le moment choisi par Jacob Lew, le secrétaire d’État au Trésor américain, pour déclarer encourageant « le monde ne peut pas se permettre une décennie perdue en Europe ».

A la cuisine, cela ne tourne pas rond. Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France, admet que dans des « circonstances extrêmes » la BCE pourrait acheter de la dette publique. William Dudley, le président de la Fed de New York, prévient que la hausse des taux de la Fed pourrait susciter « un ou deux soubresauts sur les marchés », mais Larry Fink, le Pdg de BlackRock (la plus importante société d’investissement) va plus loin et alerte à propos de la crise à venir en raison de la « crise de liquidités » actuelle, (la liquidité permet d’exécuter une transaction sans impact significatif sur le marché).

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Europe : ENCORE UNE PELLETÉE ? par François Leclerc

Billet invité

Mario Draghi persiste et signe, mais il ne parvient pas à faire adopter son point de vue : pas d’autre issue à la situation actuelle, martèle-t-il, qu’une action conjointe de la BCE et des gouvernements ! Et de voir grand, contrairement au plan limité mis au point par ces derniers sur le même sujet de la dynamisation du marché des ABS, afin de relancer le crédit bancaire aux entreprises. Ils ont tous les mains dans le cambouis.

« Nous sommes face à une configuration – croissance faible, inflation faible, dette et chômage élevés – qui ne peut être résolue que par une action concertée sur la demande et sur l’offre », a-t-il hier encore expliqué. Mettant les pieds dans le plat, il a abordé un autre sujet, celui de la relance de l’investissement en prenant le contre-pied des projets préparés par les autorités allemandes et françaises afin de conforter leur stratégie de communication. Celles-ci privilégient l’investissement privé, et le président de la BCE ne l’entend pas comme cela ! : « il pourrait être utile d’avoir une discussion sur une ligne budgétaire globale de la zone euro, avec pour objectif d’augmenter l’investissement public, là où il existe des marges budgétaires pour le faire ».

La BCE s’oppose ouvertement à la politique défendue par le moteur franco-allemand, qui marche sur trois pattes comme disent les mécanos quand une bougie est défaillante ! Heureusement, la réunion à venir samedi de l’Ecofin est informelle, c’est-à-dire qu’elle n’est pas appelée à trancher pour prendre des décisions…

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DES MARGES DE MANŒUVRE SUR LE PAPIER, par François Leclerc

Billet invité.

Deux débats agitent le microcosme, signe de marges de manœuvre limitées et de difficultés à maitriser la situation. Le premier, au plus haut niveau, oppose à propos des taux la Banque des règlements internationaux (BRI) aux principales banques centrales. Faut-il les augmenter, comme le voudrait la première, ou les maintenir à leur très bas niveau actuel, comme la Fed, la Banque d’Angleterre, la Banque du Japon et la BCE continuent de le pratiquer ?

Des deux côtés, on se revendique de l’équilibre du système, ce qui tend à démontrer qu’il n’est pas facile à trouver ! La BRI met l’accent sur les effets néfastes de la poursuite de la stimulation monétaire, les banques centrales sur la nécessité de ne pas tirer prématurément de sous les pieds du système financier le tapis dont il bénéficie. L’intervention de la BRI est intervenue à point nommé pour donner un point d’appui au débat qui rebondit au sein de la BCE, sans surprise à l’initiative du nouveau membre allemand de son directoire, Sabine Lautenschlager.

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La séparation des activité bancaires : Barnier-Noyer = 0-0, par François Leclerc

Billet invité.

La confusion bat son plein à propos du projet de séparation des activités bancaires de la Commission européenne, alimentée cette fois-ci par la tribune dans Le Monde de Christian Noyer daté de jeudi, le gouverneur de la Banque de France, qui réitère son opposition à celle-ci, et par Michel Barnier qui la défend dans une autre tribune parue dans Les Échos du même jour, sous le titre « Rétablir les faits » (comme s’ils étaient déformés). Le premier lève comme a l’accoutumée l’étendard de la banque universelle, cher notamment aux banques françaises, et fait valoir que les modalités du projet mettraient en danger le financement des entreprises. Michel Barnier rétorque qu’en interdisant les activités les plus risquées, l’objectif est au contraire d’inviter les banques à se consacrer au financement de l’économie.

Christian Noyer a beau jeu de faire remarquer que « la finance forme un tout », que l’on ne peut scinder, et que les plus grands sinistres bancaires sont venus de banques d’affaires, pour faire valoir que les banques universelles ont mieux résisté au choc, justifiant ainsi que c’est « une illusion » de renforcer la sécurité par la séparation de leurs activités. La vivacité de la réaction du gouverneur de la Banque de France s’expliquerait-elle toutefois par la faiblesse dissimulée des banques françaises, qui auraient à tout prix besoin du matelas financier procuré par les dépôts (par ailleurs garantis jusqu’à 100.000 euros par l’État) ?

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L'actualité de demain : LE TRAVAIL DE SAPE SE POURSUIT… par François Leclerc

Billet invité.

On ne présente plus Elizabeth Warren, désormais sénatrice du Massachusetts, à ce titre plus que jamais bête noire de l’industrie financière américaine. Et il serait abusif de la cataloguer dans la fameuse cinquième colonne qui se découvre progressivement, dont il est rendu compte au fil de l’eau dans cette chronique, vu qu’elle n’a cessé pour ce qui la concerne d’agir à visage découvert.

Avec le sénateur républicain John McCain, Elizabeth Warren vient d’ailleurs de prendre une de ces initiatives que l’on appelle aux États-Unis bipartisane, afin de peser tout leur poids dans la situation politique de forte polarisation entre démocrates et républicains qui s’y poursuit. Entraînant tous deux dans leur sillage un groupe de sénateurs, ils veulent aller plus loin que la loi Dodd-Frank et viennent de proposer une nouvelle loi en référence au Glass-Steagall Act de 1933, tout en prenant en compte les nouveautés parmi les produits financiers. « Il est temps de restaurer notre confiance dans les institutions financières en reconstruisant la muraille qui a protégé notre économie pendant des décennies aux lendemains de la Grande dépression », a commenté Maria Cantwell, la sénatrice démocrate de l’État de Washington qui soutient le projet, d’après le Financial Times.

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L'actualité de la crise : LA LANGUE DE CHÊNE MASSIF, par François Leclerc

Billet invité

Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France, n’a pas attendu la passation de pouvoir de François Hollande pour lui demander dès la veille « d’éviter la précipitation ». En l’occurrence, il évoquait le très épineux dossier de la séparation des activités de dépôt et de spéculation des banques, qui menace leur statut de « banque universelle ». Cela suppose, fait-il remarquer, « un travail d’analyse assez complexe », y revenant ensuite pour préciser : « un travail d’analyse tout à fait serein sur lequel nous pouvons apporter toute notre expertise ».

Le gouverneur a également recommandé que le doublement du plafond du livret A annoncé par le nouveau président soit mené afin de « laisser le temps aux établissements de s’adapter », et « d’éviter de créer des situations de tension, que ce soit dans le secteur de la banque ou de l’assurance, avant tout, in fine, pour le bon financement de l’économie française ». Pas un mot n’est dit sur les raisons assez mercantiles de cette prudence : le transfert qui en résultera se fera au détriment d’autres produits financiers des banques. Or celles-ci devront partager les dépôts sur le livret A avec la Caisse des Dépôts, qui les centralise pour financer le logement social. Alors qu’elles cherchent des fonds pour se renforcer, ils vont être réduits.

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L'actualité de la crise : DONNANT-DONNANT, par François Leclerc

Billet invité.

Les dirigeants européens font de la politique, et quelle politique ! Les voilà embarqués dans la négociation entre quatre yeux d’un paquet de mesures destinées à gérer la crise, où chacun glisse son grain de sel et cherche à protéger ses intérêts. Un exercice délicat qui pourrait fort bien ne pas être terminé à temps pour leur prochain sommet du 4 février, continuant d’alimenter toutes les incertitudes. Prochain arrêt : les 24 et 25 mars prochains.

Concentrée sur ses échéances de l’année à venir, la coalition gouvernementale allemande CDU-FPD voudrait trouver les meilleurs arguments électoraux pour justifier de prochains sauvetages européens – c’est en tout cas ainsi qu’elle voit les choses. Avec comme stratégie d’échanger sa participation financière à un dispositif d’aide renforcé contre de nouvelles assurance de réduction des déficits publics.

Dans l’obligation de ne pas décrocher des Allemands, les Français tentent de tempérer leurs ardeurs renforcées, avec en vue leur propre élection présidentielle et la crainte de devoir trop vite obtempérer à leurs injonctions. Tout en s’efforçant d’avancer leur projet d’harmonisation progressive (de convergence), fiscale puis sociale. Afin d’entraîner les Allemands vers la définition d’une politique économique commune et de les écarter de leur intransigeante rigueur budgétaire. Ministre des affaires européennes, Laurent Wauquiez vient de suggèrer ainsi le lancement de « project bonds » (des obligations européennes destinés à financer des grands projets d’infrastructure).

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