LA SITUATION A FUKUSHIMA, (VI), par François Leclerc

Mise à jour n°144 (lundi 09h55)

« Aux grands maux les grands remèdes ! » Tepco vient finalement d’annoncer que les 11.500 tonnes d’eau contaminée allaient être rejetées à la mer à partir de mardi, faute d’autres solutions.

La contamination de cette eau est estimée à 100 fois la valeur normale, mais il ne s’agit que d’une moyenne trompeuse.

Cette décision a été prise afin de pouvoir reprendre sans tarder les travaux en vue de reprendre le contrôle de la centrale. Ce qui en signifie l’urgence. « Entre deux maux, choisir le moindre ! »

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Mise à jour n°143 (lundi 09h20)

En dépit de l’utilisation de produits absorbants, n’ayant pas réussi à colmater la fuite d’eau hautement contaminée, l’opérateur a utilisé un colorant pour déterminer d’où elle se répand dans l’océan. L’idée est d’installer devant et dans la mer des « barrières » créant des accumulations de vase. Il est espéré ainsi contenir le plus possible l’eau contaminée dans une zone limitée.

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Mise à jour n°142 (dimanche 23h08)

L’attention s’est polarisée sur les tentatives de l’opérateur de colmater la brèche par laquelle fuit vers l’océan l’eau hautement contaminée provenant du réacteur n°2. Ainsi que sur les multiples projets improvisés visant à limiter le plus possible la poursuite de la contamination radioactive s’échappant de la centrale; ou à bien à stocker cette eau.

La priorité a également été donnée à la lutte contre l’élévation de la radioactivité sur le site, qui pourrait avoir conséquence de rendre encore plus dangereux les travaux qui ont été interrompus et doivent s’y poursuivre, préalablement à l’éventuel rétablissement des circuits de refroidissements.

Ces mesures accréditent l’idée que la suite va être très longue. Fukushima est un accident qui de tous points de vue innove.

Mais cette actualité laisse toujours sans réponse les sérieuses hypothèses – pour ne pas dire certitudes – émises à propos de la fusion du combustible dans les différents réacteurs, l’existence d’un corium résultant de celle-ci, et l’intégrité d’au moins une cuve. Il n’a toujours pas non plus été expliqué quel chemin avait emprunté la très importante contamination radioactive découverte dans les sous-sols de trois réacteurs. Ces questions sont pourtant déterminantes pour la suite des événements.

Dans le meilleur des cas, les réponses qui devraient y être apportées impliqueront la poursuite pendant une longue période du refroidissement des cuves et des piscines, avant d’envisager un ensevelissement des 4 réacteurs.

Dans l’autre, elles justifieront de continuer à craindre le pire, c’est à dire une explosion projetant dans l’atmosphère une grande quantité de matières hautement radioactives.

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LA SITUATION A FUKUSHIMA (V), par François Leclerc

Mise à jour n°129 (jeudi 19h47)

La situation n’est en rien stabilisée. Il se confirme que la centrale contamine très gravement son environnement, sans que rien puisse être fait pour le stopper, l’origine des fuites n’étant pas décelée.

La présence d’iode 131 à un taux 10.000 fois supérieur à la normale a été mesuré dans une nappe d’eau phréatique sous la centrale. Aucun des nouveaux expédients qui ont été envisagés – stockage de l’eau contaminée dans un tanker, bâchage des réacteurs et projection de résine sur le sol et les débris des explosions – n’a encore pu être mis en place.

Ces mesures ne régleraient en rien les ruissellements d’eau contaminée, qui continuent d’être alimentés par les injections d’eau dans les réacteurs.

Rien n’est par ailleurs dit sur la présence encore plus inquiétante d’autres radio-éléments, dont le césium 137 (période de 30 ans).

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Mise à jour n°128 (jeudi 08h05)

Un taux d’iode radioactif 4.385 fois supérieur à la norme légale a été mesuré dans la mer, à 300 mètres du rivage de la centrale, signe d’une forte accentuation de la contamination de celle-ci.

Cent cinquante-cinq Marines américains spécialisés dans les situations d’urgence sont envoyés au Japon. Ils fourniront « une expertise radiologique aux responsables sur le terrain et si besoin aux forces militaires japonaises, dans les domaines du médical, de la logistique et des matières dangereuses, chimiques, biologiques, nucléaires ».

Les autorités japonaises n’envisagent pas d’étendre la zone d’évacuation de 20 kms autour de la centrale, en dépit de l’annonce par l’AIEA de la découverte d’une contamination radioactive supérieure à la normale dans un village situé à 40 kms de celle-ci.

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Mise à jour n°127 (mercredi 18h28)

L’AIEA, du haut de son autorité d’agence de l’ONU, vient de confirmer que des niveaux de radiation dépassant les niveaux recommandés ont été mesurés dans un village à 40 km de la centrale, justifiant son évacuation.

Soupçonné de dissimuler l’ampleur de la contamination, le gouvernement japonais se voit sommé de réagir.

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Mise à jour n°126 (mercredi 14h16)

Il est envisagé d’asperger les nombreux débris radioactifs épars sur le site et résultant des explosions d’hydrogène avec une résine (utilisée pour fixer la poussière sur les routes).

L’utilisation de tankers pour stocker les eaux contaminées reste à l’étude, ces bateaux n’étant pas conçus pour transporter des liquides radioactifs.

Etant donné la distance qui les séparerait des sous-sols des réacteurs, cela imposerait d’utiliser des citernes intermédiaires, multipliant les opérations et les risques de contamination pour les techniciens.

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Mise à jour n°125 (mercredi 13h54)

On peut à bon droit s’interroger pour savoir si les autorités japonaises ne traitent pas la population aussi mal que Tepco ne le fait de ses techniciens.

Des mesures de la radioactivité ambiante effectuées par Greenpeace au-delà de la zone d’évacuation d’un rayon de 20 kms autour de la centrale confirment une contamination par taches en « peau de léopard ». Des relevés à 40 kms de celle-ci en témoignent.

Greenpeace estime que la zone d’évacuation obligatoire devrait être étendue de 10 kms (il n’est que « recommandé » de la quitter) et que les femmes enceintes et les enfants devraient évacués au-delà.

La ville de Fukushima est à soixante kms de la centrale.

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Mise à jour n°124 (mercredi 13h37)

Dix neuf jours après le séisme et le tsunami qui ont ravagé le Japon et enclenché la catastrophe nucléaire de Fukushima, le Meti (Ministère de l’économie, du commerce et de l’industrie) vient d’ordonner aux neuf compagnies d’électricité qui se partagent le marché un contrôle des réacteurs de l’archipel (une cinquantaine).

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Mise à jour n°123 (mercredi 07h30)

Une forte augmentation de la radioactivité a été mesurée à l’occasion d’un prélèvement d’eau de mer effectué à 300 mètres du rivage de la centrale. Un taux d’iode radioactif 3.355 fois supérieur à la norme légale a été mesuré, dont l’origine – dégagements gazeux ou infiltrations dans le sol et ruissellements dans la mer – n’a pas été identifiée.

Tepco envisage désormais d’utiliser un tanker, amarré devant la centrale, afin de stocker l’eau contaminée des sous-sols et tranchées des réacteurs. Il restera à trouver comment pomper l’eau très contaminée.

Il est aussi étudié la possibilité de couvrir de gigantesques bâches – d’une matière non précisée – les 4 réacteurs, afin de limiter la propagation des fuites radioactives, ce qui aurait pour effet de les concentrer en contrepartie.

Enfin, il pourrait être déployé des systèmes d’aération destinés à éviter l’accumulation de gaz et de nouvelles explosions dans les bâtiments des réacteurs. La question suivante sera de savoir quoi faire des gaz contaminés.

L’opérateur cherche à s’installer dans la durée en multipliant le déploiement de moyens de fortune.

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L'actualité des crises : LA MACHINE INFERNALE, par François Leclerc

Billet invité.

A la suite de Three Mile Island et Tchernobyl, Fukushima s’inscrit dans le livre des grandes catastrophes suscitées par la main de l’homme. Certes, celles-ci ne sont pas toutes d’origine nucléaire et peuvent être de natures très diverses ; le réchauffement de l’atmosphère ou la pandémie du diabète en sont des exemples. Mais les accidents nucléaires ont cette particularité d’être plus spectaculaires en raison de leur soudaineté, de leur issue très incertaine et de leurs conséquences à très long terme.

Dans sa catégorie, Fukushima innove. Sauf accélération subite de la catastrophe, pouvant toujours survenir à tout moment, celle-ci est partie pour durer des semaines, voire des mois. Avec pour conséquence une lente montée de la contamination radioactive, avec des pics, dans une zone très étendue de plusieurs dizaines de kilomètres dans les terres, avec des concentrations par endroits. Fukushima, c’est une catastrophe dans laquelle il va falloir s’installer, mais dont on ne pourra pas s’accommoder.

La remise en marche des installations de refroidissement, au départ présentée comme une opération simple et rapide, n’est aujourd’hui même plus assurée, condamnée au mieux à s’éterniser. Faute d’instruments de mesure en état de fonctionner, l’état des réacteurs est indirectement estimé en aveugle. Des fusions partielles de combustible ont eu lieu et selon toute vraisemblance se poursuivent. Des radio-éléments hautement radioactifs s’en échappent, on ne sait comment, et sans que la possibilité de les contenir existe. L’état exact des enceintes de confinement ainsi que l’étanchéité des cuves des réacteurs ne sont pas plus connus. Ce tableau est celui d’une calamité qui va durer. A Fukushima, ce que l’on sait, c’est que l’on ne sait rien ou si peu !

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LA SITUATION A FUKUSHIMA (IV), par François Leclerc

Mise à jour n°116 (lundi 13h35)

Selon l’Autorité de sûreté nucléaire française (ASN), la contamination radioactive va s’étendre sur « des zones considérables », des taches sont déjà constatées au-delà de la zone des 30 kms.

La gestion des territoires contaminés va, selon elle, « prendre des années sinon des décennies ».

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Mise à jour n°115 (lundi 12h39)

La radioactivité des masses d’eau contaminées découvertes dans les sous-sols des réacteurs serait la suivante  : réacteur n°2 = 1.000 millisieverts – n°3 = 750 millisieverts – n°1 = 0,4 millisieverts.

Dans les deux premiers cas, la très forte radioactivité rend particulièrement problématique l’évacuation de cette eau contaminée ainsi que la reprise des travaux préalables au redémarrage des installations de refroidissement.

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LA SITUATION A FUKUSHIMA, par François Leclerc

Billet invité.

Mise à jour n°30 (mercredi 13h26)

En dernier ressort, l’opérateur envisage d’utiliser un canon à eau pour arroser le réacteur n°4, dont le combustible continue de chauffer.

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Mise à jour n°29 (mercredi 11h25)

Deux événements peuvent accélérer les événements, dont les conséquences sont des rejets permanents dans l’atmosphère de radio-éléments. Pouvant impliquer une évacuation définitive du site (ou le sacrifice des personnels qui y resteraient), aboutissant à un total saut dans l’inconnu.

1. De nouvelles ruptures des enceintes de confinement des réacteurs combinées avec des rejets radioactifs plus massifs.

2. Une rupture d’une ou de plusieurs cuves de réacteurs dont les conséquences seraient encore plus redoutables.

Fonction des vents, l’élévation de la radioactivité autour de la centrale n’est pas homogène. Celle-ci décroît avec la distance, mais les avis sont partagés entre experts à ce propos. Des zones à très fortes densité de population pourraient être soumises à des taux considérés comme dangereux, si ce n’est déjà le cas.

Il est par ailleurs démenti par l’agence Kyodo – qui l’avait précédemment annoncé – que des traces de césium auraient été trouvées dans le réseau d’eau de la ville de Fukushima.

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Mise à jour n°28 (mercredi 11h10)

La course contre la montre continue.

La nuit tombée, tout nouvel essai de largage d’eau par hélicoptère sur le réacteur n°4, où l’évolution de la situation est la plus préoccupante, est très peu probable. De nouveaux moyens terrestres d’apports d’eau sont étudiés.

Le temps presse. Selon l’IRSN, l’eau de la piscine du réacteur n°4 est en ébullition. Si son évaporation devait se poursuivre, des rejets de radio-éléments encore plus forts qu’actuellement interviendraient, selon un délai estimé à « quelques jours ».

C’est sous ce même délai qu’une entrée en ébullition de l’eau des réacteurs n°5 et 6 pourrait également intervenir.

Les rejets radioactifs sont alimentés par les dépressurisations régulières de l’enceinte de confinement du réacteur n°1, ainsi que par celles qui interviennent en continu depuis le réacteur n°2, dont l’enceinte est endommagée. Ce pourrait être aussi le cas pour le réacteur n°3.

Il est confirmé que les personnels évacués sont revenus en salle de contrôle des réacteurs, où le niveau de radioactivité n’est pas connu.
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Mise à jour n°27 (mercredi 10h00)

Les essais de largage d’eau par hélicoptère ne sont pas concluants, en raison du niveau trop élevé des radiations au dessus du réacteur n°4. Rectificatif: au dessus de la centrale

La radioactivité au-delà de la zone de 20 kms autour de la centrale, dont l’évacuation a été ordonnée, n’est pas un « risque immédiat pour la santé », selon le secrétaire général du gouvernement japonais.

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Mise à jour n°26 (mercredi 09h35)

L’ASN fait un point global de la situation des réacteurs (par ordre décroissant de préocccupation).

N°4 : combustible partiellement hors d’eau dans la piscine.
N°2 et 3 : enceintes de confinement endommagées (pas clair pour le n°3).
N°1 et 3 : fusions plus ou moins partielles du combustible.
N°5 et 6 : un seul générateur alimente en eau les deux réacteurs, la température monte.

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CONTROLE INCERTAIN D'UN PROCESSUS DE FUSION DES REACTEURS DE FUKUSHIMA, par François Leclerc (mise à jour 7)

Billet invité

Le gouvernement japonais a reconnu dans la nuit européenne qu’il est « hautement probable » que des processus de fusion sont survenus au sein des réacteurs n°1 et 3 de la centrale nucléaire Fukushima n°1. Il a été par ailleurs relevé une nouvelle hausse du taux de la radioactivité, après qu’il eut décliné, et une seconde explosion d’hydrogène est désormais redoutée dans le bâtiment d’un réacteur de la centrale Fukushima n°2.

Les propos des autorités se veulent rassurants, mais la maîtrise de la situation est incertaine, tout dépendant des tentatives en cours de refroidir les coeurs des réacteurs afin d’éviter qu’un éventuel processus de fusion – dont seules des manifestations indirectes peuvent être détectées, telles des fuites de césium – se poursuive, aux conséquences imprévisibles.

La panne des systèmes de refroidissement des centrales est considérée par les experts nucléaires comme un événement hautement improbable mais très critique, faisant entrer dans un territoire inconnu, avec comme références Three Mile Island et Tchernobyl. La suite des événements, si la fusion devait se poursuivre, dépendant de la solidité de la structure de confinement.

Le contrôle de la situation dépendra de la capacité des opérateurs à refroidir par tous moyens – y compris des expédients comme de l’eau de mer salée – le coeur des réacteurs, qui sont arrêtés, avant que le processus de fusion soit suffisamment avancé pour devenir irrémédiable.

Les autorités donnent des informations partielles, tandis que les évacuations contribuent à la situation déjà très chaotique que connaît le Japon, alors que l’on découvre de nombreuses nouvelles victimes du tsunami. Dans un rayon de 20 kilomètres, quelques 215.000 habitants autour des centrales Fukushima n°1 et 2, distantes de 12 kilomètres entre elles, ont été évacuées. Dans la ville même, à 80 kms des centrales, les reportages décrivent une atmosphère de peur et de stockage de vivres, une situation proche de la pénurie d’essence. De nombreux habitants portant des combinaisons et des masques chirurgicaux.

(D’après agences de presse)