L'actualité de demain : LES BRÉSILIENS, LES TURCS… ET NOUS-MÊMES, par François Leclerc

Billet invité.

Que peuvent bien avoir en commun la Turquie et le Brésil, si ce n’est de connaître, espacées de peu, des manifestations de protestation de masse tout aussi imprévues ? Faut-il uniquement y voir l’utilisation des réseaux sociaux, qui ne sont qu’un moyen de mobilisation ? La Turquie et le Brésil sont deux pays émergents au développement économique particulièrement rapide, avec comme conséquence le développement et l’amélioration du sort accélérée des classes moyennes. Cette notion est d’ailleurs à utiliser avec prudence pour ne pas faussement renvoyer à celles des pays développés : l’institut brésilien de statistiques (Ibope) publie ainsi 5 indices des prix – reflétant des structures différentes de la consommation – afin de tenir compte du large éventail des revenus. On appartient aux classes moyennes lorsque l’on est ni très riche, ni très pauvre !

Dans ces deux pays, le pouvoir politique est directement contesté. En Turquie, celui d’un régime islamisant autoritaire succédant à une armée kémaliste dictatoriale, au Brésil, d’une classe politique clientéliste et corrompue, dont les traditions n’ont pas été mises en cause par le Parti des travailleurs (PT), en dépit de ses promesses initiales. Un tel parallélisme a des origines communes :

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L'actualité de demain : TOUT EST NIÉ ET TOUT SE DÉTÉRIORE…, par François Leclerc

Billet invité.

Les leçons du sauvetage de Chypre n’arrêtent pas d’être tirées. L’irréalisme des objectifs fixés au gouvernement par la Troïka par le MOU (memorandum of understanding) dont les grandes lignes sont connues est la dernière en date : un nouveau plan est tiré sur la comète qui n’a pas d’autre avenir que d’être revu lorsqu’il ne pourra plus être évité. On connait la chanson.

Est-ce à dire que leurs auteurs sont particulièrement aveugles ? Non, la raison est qu’ils n’ont pas le choix, n’ayant pas de politique de rechange. Il leur faut affirmer envers et contre tous que la politique qu’ils préconisent fonctionne. On voit également l’illustration régulière de la même attitude lorsque paraissent les énièmes prévisions économiques pour l’Europe de l’OCDE, de la Commission ou du FMI, qui toutes, invariablement, reconnaissent une mauvaise année et prédisent un mieux pour l’année d’après, puis recommencent selon le même schéma.

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L'actualité de demain : UNE BRISE LÉGÈRE ET UN COIN DE CIEL BLEU, par François Leclerc

Billet invité

Tout le Nord et l’Est de la Chine, dont Pékin, sont actuellement couverts d’un épais brouillard de pollution, résultat de la pollution industrielle et automobile, offrant une image saisissante. La densité des particules fines – qui pénètrent le plus profondément dans les poumons – dépasse tous les seuils, la qualité de l’air est la pire jamais mesurée. Des autoroutes sont fermées, des vols aériens annulés en série, les vieillards, les malades et les enfants priés de rester chez eux calfeutrés. Aucune des mégapoles des pays émergents n’échappe à ce cauchemar dont il n’est possible de s’éveiller que si l’on en a les moyens, en les quittant.

A São Paulo, le bal du vendredi soir des hélicoptères emmène les privilégiés vers le littoral distant de 80 kilomètres, des centaines de milliers de voitures se ruant sur les multiples voies des autoroutes ouvertes dans le même sens afin de permettre de s’y rendre, laissant un sillage nauséabond. Le temps du week-end, l’air devient presque respirable dans la ville par laquelle passent en semaine tous les gros camions aux carburateurs mal réglés avant d’atteindre le port de Santos, en attendant la transhumance du retour du dimanche soir.

Les riches habitants des quartiers « nobles », comme on les appelle, partagent cet air que tout le monde respire et c’est bien la seule chose qu’ils acceptent d’avoir en commun, réfugiés derrière leurs clôtures électrifiées et leurs murs surélevés qui ne les en protègent pas. Mais ils commencent à s’évader d’une ville de plus en plus inhospitalière, pour vivre dans des résidences fermées à dimension humaine construites à la campagne, qui leur sont réservées…

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CE QUI DÉRANGE EST LE PLUS INTÉRESSANT, par François Leclerc

Billet invité

Ce qui m’a le plus frappé, lors de mon arrivée à São Paulo, c’est de ne pas trouver dans les journaux dans lesquels je me suis précipité le reflet de ce que j’ai alors découvert autour de moi. « O Globo », « A Folha  de São Paulo » sont certes de bons quotidiens, mais il ne traitent que d’une seule actualité : celle d’une partie restreinte, ordonnée selon les meilleurs usages, du monde avec lequel j’ai commencé à faire connaissance. Comme s’ils se contentaient ainsi d’accomplir le tour de la société brésilienne et que le reste n’existait pas ; qu’il n’avait pas droit de cité, au sens le plus littéral du terme (ou alors dans de rares occasions, la plupart du temps sur le mode de la criminalisation).

Quelle est donc la partie manquante ? Celle que l’on ne peut pas cerner avec des concepts destinés à décrire la modernité, ce rêve qui ne se concrétise que pour d’heureux élus, certes nombreux. Il est vrai que la science économique occidentale enseignée dans les meilleures universités, dont l’USP (prononcer ouspi) ne permet pas de voir au-delà. Dans la patrie de Celso Furtado, l’un des grands économistes du développement, son apport est tout simplement oublié. Pourquoi ? parce qu’il est dérangeant, il perturbe le rêve, ne correspondant pas à la vision d’une société dans laquelle veulent à tout prix se reconnaître ceux qui ont accédé à ses bienfaits, faisant semblant de croire ou croyant vraiment que, petit à petit, grâce à l’extension de ce nouveau monde béni, elle finira par tout englober.

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L'actualité de la crise : PENSER GLOBAL POUR AGIR GLOBAL, par François Leclerc

Billet invité.

En ces temps où les économistes peuvent saisir l’occasion d’être modestes, d’autres ressources sont requises afin d’analyser une crise décidée à ne pas finir. Des concours sont déjà apparus, des anthropologues s’en sont même mêlés, sans avoir été dans un premier temps invités. Des philosophes et des sociologues aussi. On attend désormais la venue d’épidémiologistes, dont l’apport pourrait être également constructif, les mathématiciens étant priés de faire profil bas.

Si la maladie étudiée est tenace, sa propagation est redoutable. Tous ces bonnes volontés ne seront pas de trop pour la combattre, vu qu’il ne lui a été pour l’instant trouvé comme seul remède qu’une saignée sans fin, certains ayant le privilège royal d’en être dispensés.

Prenons d’abord le cas de l’Europe, pour examiner comment opère la contagion. A quoi bon s’inquiéter de taux obligataires déments, pourrait-on se demander, si les pays qui sont concernés n’ont pas à faire leur marché dans l’immédiat ? Sauf à prendre en compte la poussée de fièvre que les taux espagnols, et mêmes italiens, connaissent également, signal que ces deux pays pourraient, après le Portugal, à leur tour entrer dans la zone des tempêtes. A l’arrivée, cela ferait beaucoup à digérer pour la zone euro et son mécanisme de stabilité financière.

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L'actualité de la crise : "Haro sur la Chine !", par François Leclerc

Billet invité.

« HARO SUR LA CHINE ! »

Où espèrent-ils en venir ? Une impressionnante levée de boucliers a lieu en Europe et aux États-Unis, en lever de rideau des réunions de ce weekend à Washington, où tout le monde qui compte sera réuni afin de tenir un G7 finances, puis les assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale.

« Haro sur la Chine ! » s’exclament avec un bel ensemble les représentants des gouvernements occidentaux et du FMI, dans le but de forcer ses dirigeants à réévaluer le yuan. Herman Van Rompuy et José Manuel Barroso ont joint leurs efforts en ce sens, en publiant un communiqué commun à la suite d’un sommet sino-européen de trois heures – toasts crispés compris  : « Nous avons souligné qu’il était important de rééquilibrer la croissance globale et de réduire les déséquilibres globaux ». On en reparlera les 11 et 12 novembre, au G20 de Séoul, vient d’annoncer de son côté Lee Myung-Bak, le président Sud-coréen.

Tout se présente comme si cette issue était la dernière porte de sortie dont disposaient ces gouvernements, qu’ils voulaient à tout prix forcer. Suscitant la résistance opiniâtre des Chinois, afin de ne pas déclencher dans leur pays la crise sociale qui ne manquerait pas selon eux d’en résulter. Un point de vue partagé par les connaisseurs du pays.

« Je prends très au sérieux la menace d’une guerre des monnaies, même larvée » a déclaré Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI, après avoir pris dans un premier temps la chose à la légère. Il va falloir en dire plus pour la désamorcer ! Car les conséquences de cette guerre vont bien au-delà des frontières chinoises.

Cette offensive est à plusieurs titres douteuse, permettant à ceux qui la mènent de tout résumer à ce qui les exonère de leur responsabilité, en faisant porter la faute sur la Chine, pour déplorer sa rigidité s’ils n’obtiennent pas satisfaction. Elle prend les problèmes par le petit bout de la lorgnette, en vue d’une solution qui se révélera illusoire, au lieu de s’engager clairement sur le seul chemin qui tôt ou tard s’imposera : celui d’une réforme d’ensemble du système monétaire international.

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L'actualité de la crise, la guerre des devises a commencé, par François Leclerc

Billet invité.

LA GUERRE DES DEVISES A COMMENCÉ

Toutes les devises ont une valeur trop élevée les unes par rapport aux autres, à l’exception du yuan chinois ! Si l’on écoutait les déclarations qui fusent sur toute la planète, il faudrait donc réajuster sérieusement le tir sur un marché monétaire où le régime des changes flottants a été érigé en dogme, au grand bénéfice d’une intense spéculation financière sur celui-ci, le Forex.

Comment alors procéder, dans ces conditions ? Intervenir n’est pas conforme aux principes et spécialement bien vu, mais devient de plus en plus indispensable. Mais pour aboutir à quoi  ?

L’actualité était faite jusqu’à maintenant du lancinant problème de la parité entre le yuan et le dollar, insoluble dans le contexte actuel. Il a fallu des mois et des mois de palabres et de discours prononcés en vain pour en arriver à une vérité toute simple, à laquelle les Américains ne veulent toutefois pas se résoudre. Parce qu’elle est pour eux très dérangeante.

Non compte-tenu de considérations générales sur le rapport existant entre la force d’une monnaie et la puissance économique du pays qui l’émet, il est ouvertement apparu que le régime chinois n’était pas en mesure de procéder à l’important ajustement qui lui est demandé avec insistance. Car cela mettrait en péril son équilibre, en raison des conséquences économiques et sociales qui résulterait d’une chute des exportations, elle-même causée par une forte réévaluation du yuan. Dixit Wen Jiabao, le premier ministre soi-même.

Si l’on prend un peu de recul, cela signifie que le modèle de développement de la Chine, orienté vers l’exportation de produits manufacturés à bas prix, dans un premier temps magnifié, a été porteur d’un déséquilibre accentué. Ainsi que le déplore l’administration Barack Obama, éludant le fait qu’il ne peut pas être corrigé en claquant des doigts comme l’exigent les républicains.

Plus encore, cela met en évidence une contradiction majeure à laquelle la mondialisation a conduit : moteur du développement des pays émergents profitant aux capitaux occidentaux qui s’y sont investis, elle a déséquilibré – sans rémission dans l’environnement actuel – l’économie des pays développés.

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