L'actualité de la crise : PENSER GLOBAL POUR AGIR GLOBAL, par François Leclerc

Billet invité.

En ces temps où les économistes peuvent saisir l’occasion d’être modestes, d’autres ressources sont requises afin d’analyser une crise décidée à ne pas finir. Des concours sont déjà apparus, des anthropologues s’en sont même mêlés, sans avoir été dans un premier temps invités. Des philosophes et des sociologues aussi. On attend désormais la venue d’épidémiologistes, dont l’apport pourrait être également constructif, les mathématiciens étant priés de faire profil bas.

Si la maladie étudiée est tenace, sa propagation est redoutable. Tous ces bonnes volontés ne seront pas de trop pour la combattre, vu qu’il ne lui a été pour l’instant trouvé comme seul remède qu’une saignée sans fin, certains ayant le privilège royal d’en être dispensés.

Prenons d’abord le cas de l’Europe, pour examiner comment opère la contagion. A quoi bon s’inquiéter de taux obligataires déments, pourrait-on se demander, si les pays qui sont concernés n’ont pas à faire leur marché dans l’immédiat ? Sauf à prendre en compte la poussée de fièvre que les taux espagnols, et mêmes italiens, connaissent également, signal que ces deux pays pourraient, après le Portugal, à leur tour entrer dans la zone des tempêtes. A l’arrivée, cela ferait beaucoup à digérer pour la zone euro et son mécanisme de stabilité financière.

Continuer la lecture de L'actualité de la crise : PENSER GLOBAL POUR AGIR GLOBAL, par François Leclerc

Partagez
Recommandez par mail Recommandez par mail

L'actualité de la crise : L’HEURE DE LA RÉCRÉATION, par François Leclerc

Billet invité.

Il vaut mieux en rire, nous risquerions d’en pleurer ! Les déclarations les plus étonnantes et les raisonnements les plus tirés par les cheveux ont ces derniers temps tendance à se multiplier. A l’occasion d’une revue de presse, comment résister au plaisir d’épingler les derniers en date  ?

On nous apprend ainsi que la liste des 20 mégabanques publiée par le Financial Times comme émanant du Conseil de stabilité financière (CSF) est un vieux document qui n’a rien à voir avec la réflexion sur de nouvelles mesures anti-systémiques. D’autant qu’une telle liste devrait de toute façon rester secrète, afin de ne pas favoriser l’aléa moral, les banques figurant sur celles-ci bénéficiant de facto d’un sauvetage garanti. On devine les directions de Goldman Sachs, Crédit Suisse, HSBC, Deutsche Bank ou BNP Paribas s’interrogeant avec anxiété pour savoir s’ils figurent ou non sur cette précieuse liste enfermée dans un coffre à Bâle, siège du CSF… Devant la force de l’argumentation opposée à la publication de la liste, le G20 a finalement décidé de demander au CSF d’en préparer une pour le milieu de l’année prochaine. Le suspens monte.

Cinq ministres des finances européens, qui se trouvaient de passage à Séoul pour un dîner de gala, partent avant le dessert pour rédiger toute affaire cessante un communiqué mettant les points sur les « i », une fois n’est pas coutume. Pas de malentendu  ! disent-ils aux marchés, « Tout nouveau mécanisme [de défaillance codifiée d’un Etat] n’entrera en vigueur qu’après la mi-2013, sans aucun impact quel qu’il soit sur les dispositions actuelles ». Pouce ! arrêtez les frais en Irlande, nous ne sommes pas prêts et d’ailleurs vous ne risquez rien… Jean-Claude Trichet, qui les avait prévenus de la réaction des marchés, qu’il ne faut pas provoquer, a savouré son dessert en silence.

Continuer la lecture de L'actualité de la crise : L’HEURE DE LA RÉCRÉATION, par François Leclerc

Partagez
Recommandez par mail Recommandez par mail

L'actualité de la crise: TOUT S'ENCHAINE ET TOUT S'EMMÊLE, par François Leclerc

Billet invité.

Cela va être au tour de l’Irlande de démâter un de ces prochains jours, prise également dans une forte tourmente obligataire. On croit assister au remake d’un film déjà vu.

Les autorités les plus autorisées ont dans un premier temps nié le besoin de toute assistance financière, comme en Grèce. Puis est venu le moment – nous y sommes – où cela est enfin envisagé, ne pouvant plus être repoussé, avant de passer enfin à exécution.

La suite de l’histoire est déjà connue, qui peut être encore calquée sur ce qui se passe en Grèce : les engagements pris auprès des nouveaux créanciers ne seront pas tenus, car si les mesures d’austérité seront bien prises, les prévisions de recettes ne se concrétiseront pas comme prévues.

Voilà les faits de la journée, qui montrent comment l’histoire est en train de bégayer. Après ceux de l’Irlande, du Portugal et de la Grèce, qui crèvent les plafonds, les taux espagnols jusqu’à maintenant plus sages se tendent nettement. Les CDS, qui expriment le coût des assurances contre la dette, suivent le mouvement. Ceux des Portugais ont dépassé les 500 points, pour la première fois, ceux des Irlandais sont montés à 620 points de base et ceux des Espagnols à 294 points. S’embarrassant de circonlocutions, le premier ministre grec George Papandréou, déjà à l’étape suivante, vient de reconnaître que le déficit public ne serait pas réduit comme prévu en fin d’année…

Continuer la lecture de L'actualité de la crise: TOUT S'ENCHAINE ET TOUT S'EMMÊLE, par François Leclerc

Partagez
Recommandez par mail Recommandez par mail

L'actualité de la crise : L'EUROPE DANS UN CERCLE VICIEUX, par François Leclerc

Billet invité.

Une épreuve de force est en cours en Europe, qui a pour champ de bataille le marché obligataire. Les taux des obligations irlandaises et portugaises, et dans une moindre mesure grecques et espagnoles, continuent de grimper pour atteindre à nouveau des records. Le taux des emprunts irlandais à 10 ans s’établissait ce mercredi matin à 8,165%, le Portugal ayant de son côté placé 686 millions d’euros à 10 ans à 6,806%, contre 6,242 lors d’une émission similaire intervenue le 22 septembre. En conséquence, l’euro continue de descendre par rapport au dollar, les marchés arbitrant en faveur de la monnaie considérée la moins risquée relativement.

Ce nouvel accès de fièvre anticipe les dangers qui se profilent dans les mois qui viennent, notamment lorsque l’Irlande va devoir réemprunter. Les pays entrés dans la zone des tempêtes sont assassinés à petit feu et la pression ne fait qu’augmenter. Cette fièvre s’appuie sur la conviction que la barre qu’il leur est assigné de franchir est trop haute, et qu’il sont irrévocablement engagés dans une spirale descendante. Elle exprime également un clair et catégorique refus d’être mis à contribution dans le cadre de futurs plans de sauvetage, comme cela est désormais envisagé dans son principe. Les éclairages apportés par le ministre allemand des finances montrant que, bien que la peine envisagée soit bénigne, son principe fait à lui seul réagir brutalement.

Il se confirme également que, dans ce calendrier rapproché, le seul parapet existant sur une route devenue très sinueuse et pentue est le fonds de stabilité financière (EFSF). Dont les moyens potentiels – 440 milliards d’euros maximum, qui doivent être trouvés sur les marchés – apparaissent sous-dimensionnés par rapport aux besoins conjoints de ces quatre pays.

Continuer la lecture de L'actualité de la crise : L'EUROPE DANS UN CERCLE VICIEUX, par François Leclerc

Partagez
Recommandez par mail Recommandez par mail

L'actualité de la crise : LE G20 DÉFAIT EN RASE CAMPAGNE, par François Leclerc

Billet invité.

La tradition pourra-t-elle être respectée ? Le G20 s’ouvre dans un jour et le texte du communiqué final – toujours adopté à l’avance – n’est pas rédigé. Les parenthèses indiquant les formules faisant l’objet de désaccords y pullulent, aux dires des organisateurs Sud-Coréens. Les discussions butent sur les questions monétaires, pour ne pas employer de termes belliqueux, les faits se suffisant à eux-mêmes. Le sommet va se contenter d’entériner la nouvelle donne de la crise.

Selon des fuites dont le Financial Times a bénéficié, il va également adopter profil bas à propos de la régulation anti-systémique des banques. Si une liste d’une vingtaine de mégabanques a bien été dressée par le Financial Stability Board (FSB), on envisage de confier l’adoption de mesures propres les concernant aux autorités nationales de régulation. Assurément, elles sont plus en mesure de faire face à la réglementation de banques appelées également transnationales. La tâche de démantèlement de ces établissements s’avérant par ailleurs officiellement trop complexe pour être traitée au plan international.

C’est un triomphe annoncé pour l’Institute of International Finance, qui a œuvré au nom des mégabanques afin de repousser toute mesure complémentaire à celles déjà annoncées dans le cadre de Bâle III.

Partagez
Recommandez par mail Recommandez par mail

L'actualité de la crise : LA MARCHE DES CRABES, par François Leclerc.

Billet invité.

Hier lundi, les banquiers centraux se sont réunis à Bâle, en Suisse, mais nous ne saurons rien de leurs discussions et encore moins de leurs décisions. Jean-Claude Trichet, qui a ensuite tenu une conférence de presse, a été encore moins disert que d’habitude, ce qui n’est pas peu dire. Faisant pour le moins contraste avec la manière dont la Fed étale ces derniers jours ses divergences internes, après avoir reçu dans le monde entier une volée de bois vert. Cela est impressionnant et en dit long sur le désarroi qui y règne, permettant de comprendre la décision des banquiers centraux de serrer les coudes, l’objectif non avoué de leur réunion, car que leur reste-t-il d’autre à faire ?

Ces derniers temps à l’offensive contre le gouvernement chinois à propos des déséquilibres mondiaux et de la sous-évaluation du yuan, l’administration américaine a du rapidement se replier sur des positions préparées à l’avance, selon la célèbre périphrase utilisé par les militaires pour ne pas dire retraite. Le seul consensus qu’ils sont parvenus à réunir s’est fait contre eux, les amenant sur la défensive et ne pouvant s’y résoudre, comme on va probablement le constater.

Contribuant à la confusion déjà largement entretenue sur le dossier de la réforme monétaire, le républicain Robert Zoellick, président de la Banque Mondiale, vient de jeter un pavé dans la mare en publiant une tribune dans le Financial Times. Il préconise le retour à l’utilisation de l’or, non pas comme étalon mais « comme un point de référence international lié aux prévisions du marché pour l’inflation, la déflation et la valeur future des monnaies ». Un mécanisme qui reste à ce stade particulièrement obscur et qui n’a été commenté par Ben Bernanke et Jean-Claude Trichet que du bout des doigts, pour l’en laisser glisser. Il n’empêche, le ver est dans le fruit et va très lentement le grignoter.

Continuer la lecture de L'actualité de la crise : LA MARCHE DES CRABES, par François Leclerc.

Partagez
Recommandez par mail Recommandez par mail

L'actualité de la crise : TRANSPARENTES PAROLES DE BANQUIER, par François Leclerc

Billet invité.

Concours de beauté ou tour de passe-passe ? A les écouter, on ne sait plus trop quoi penser des discours que nous délivrent les banques européennes. Toutes en sourire, certaines affectent d’être prêtes à franchir l’obstacle de Bâle III, tandis que d’autres continuent d’agiter le chiffon rouge du crédit plus cher et moins abondant qui en résultera. Faut-il toutes les croire ?

Ce qui est certain, c’est qu’il leur faut être prêt sans tarder, la course allant être lancée par le G20, qui va dans les jours qui viennent poser un acte se voulant essentiel, avec l’adoption des mesures de renforcement des fonds propres adoptées par le Comité de Bâle. Avec l’intention – perdue d’avance – de reléguer autant que possible au second plan ses désaccords internes sur le sujet brûlant du moment : la guerre des monnaies. Sans s’attarder sur le chapitre suivant de la réglementation, qui vise à se prémunir contre le risque systémique en durcissant encore plus les critères de fonds propres, perspective qui déclenche un tir de barrage des mégabanques et qui est prudemment repoussée.

Ces dernières affichent qu’elles vont anticiper le calendrier réglementaire en passe d’être décidé, mais qu’il ne faudrait pas davantage charger la barque. Qu’elles vont parvenir à rentrer dans les clous en réglant les dividendes en actions, ou en affectant aux réserves les résultats qu’elles accumulent actuellement aux bons soins des banques centrales, sans avoir besoin d’augmenter leur capital en faisant appel aux actionnaires ou en l’ouvrant à d’autres. Quitte à céder des actifs ou, mieux encore, à accroître les résultats de leur activité de dépôt grâce aux frais bancaires.

Continuer la lecture de L'actualité de la crise : TRANSPARENTES PAROLES DE BANQUIER, par François Leclerc

Partagez
Recommandez par mail Recommandez par mail

L'actualité de la crise : UNE RÉGULATION EN FAILLITE, par François Leclerc

Billet invité.

Actualité du G20 oblige, il faut y revenir, mais est-il bien nécessaire de s’acharner à suivre les méandres des débats internationaux à propos de la régulation financière en gestation ? Etant donné, se dit-on, que les dispositions prises n’auraient pas pu empêcher la crise actuelle, et qu’elles pourront encore moins demain faire obstacle à la prochaine, qui prendra une autre forme et surprendra tout autant.

Le G20 va faire sonner faux les trompettes, en vue d’annoncer l’adoption d’une nouvelle régulation des banques (Bâle III), bien qu’elle soit encore arrêtée à mi-chemin, faute de dispositions anti-sytémiques que l’on ne parvient pas à définir et devant la levée de boucliers des mégabanques. Mais il laisse largement de côté celle des produits financiers sophistiqués et des marchés, sur lesquels se réalisent leurs transactions.

L’avenir du shadow banking est dans ces conditions pleinement assuré, les banques utilisant déjà leurs filiales pour contourner les réglementations actuelles et futures. Certains analystes considérant de surcroît que les restrictions apportées à l’activité des banques va les amener à prendre encore plus de risques dans le secteur non réglementé, afin d’améliorer leur retour sur fonds propres, qui vont devoir être augmentés.

Continuer la lecture de L'actualité de la crise : UNE RÉGULATION EN FAILLITE, par François Leclerc

Partagez
Recommandez par mail Recommandez par mail

L'actualité de la crise : UN G20 DÉJÀ DÉMONÉTISÉ, par François Leclerc 2

Billet invité.

Dernière ligne droite avant le G20 de Séoul, nous assistons à un round d’observation de la guerre des monnaies, dont l’aboutissement donnera lieu à un festival de belles paroles de peu de valeur.

Ayant du beaucoup en rabattre de ses demandes initiales, le secrétaire au Trésor américain Tim Geithner parle désormais de « construire un cadre de coopération », en vue de la réduction des déséquilibres commerciaux mondiaux. Autrement dit, il propose de discuter du format de la table de négociation, un bon début. Après être parti, bille en tête, en réclamant la définition d’objectifs chiffrés impératifs (un excédent ou un déficit des comptes courants de 4% du PIB au maximum).

A la manœuvre en tant qu’hôte du sommet, le président Sud-coréen Lee Myung-Bak, espère modestement que va se réaliser une « pression des pairs », afin de superviser un accord sur les changes pour lequel une formule ciselée reste à trouver pour le communiqué final du sommet. Faisant preuve de réalisme, après avoir constaté que le rapport de force interdisait de demander davantage.

Continuer la lecture de L'actualité de la crise : UN G20 DÉJÀ DÉMONÉTISÉ, par François Leclerc 2

Partagez
Recommandez par mail Recommandez par mail

L'actualité de la crise : L'INCERTITUDE EUROPÉENNE, par François Leclerc

Billet invité.

Chacun de son côté, l’OCDE et le FMI viennent de prévoir un ralentissement général du rythme de la reprise. Ce sont leurs propres termes. Le premier estime que « la reprise mondiale demeure fragile, mais est globalement sur les rails », tout en reconnaissant que ses prévisions sont entachées d’une « incertitude considérable » et que de grandes disparités existent entre pays développés et émergents, les pays résistant le mieux ayant leur croissance encore tirée par des plans de relance ou par leurs exportations.

Après avoir rituellement réaffirmé que le niveau de la dette publique était « insupportable », l’OCDE s’inquiète également des risques créés par les flux de capitaux dans les économies émergentes – création de bulles d’actifs et hausse des taux de change – concluant qu’il faudrait « parvenir à une approche commune de la manière de réduire les déséquilibres mondiaux » et que des « réformes structurelles » sont nécessaires dans ces pays. Vastes propos se concluant par la suggestion du développement de marchés financiers dans les pays émergents !

Peut-être l’OCDE avait-elle en tête le lancement dans le système financier chinois de produits dérivés (de type CDS), qui vient d’intervenir, afin de mieux gérer le risque lié à la dette, en collaboration entre mégabanques occidentales et chinoises ? Les autorités régulatrices n’ayant pas su ou pas voulu résister aux sirènes, inquiètes en raison de la bulle financière qu’elles tentent de combattre, et qui viennent de passer un pacte avec le diable.

Continuer la lecture de L'actualité de la crise : L'INCERTITUDE EUROPÉENNE, par François Leclerc

Partagez
Recommandez par mail Recommandez par mail