L'actualité de la crise: une désillusion massive, par François Leclerc

Billet invité.

UNE DESILLUSION MASSIVE

Le capitalisme est irrémédiablement défectueux et l’avènement d’un nouveau modèle est nécessaire pour 23 % des personnes sondées, selon une enquête commandé par la radio Britannique BBC World Service auprès de 29.000 personnes dans 27 pays. Ce sont les Français qui sont les plus catégoriques à ce propos (43%), devançant les Mexicains (38%) et les Brésiliens (35%).

Une majorité se dégage par ailleurs dans 17 des 27 pays concernés pour demander une plus grande régulation financière, afin de corriger les défaillances du système. Dans le peloton de tête: les Brésiliens (87%), les Chiliens (84%), les Français (76%), les Espagnols (73%) et les Chinois (71%). Seuls 11% des sondés estiment que le capitalisme fonctionne correctement.

James Robbins, le correspondant diplomatique de BBC News, estime dans son commentaire que, lorsque le mur de Berlin chuta en 1989, « il a semblé qu’il s’agissait d’une victoire écrasante du capitalisme de libre entreprise (free-market capitalism). Vingt ans après, ce sondage mondial suggère que la confiance dans la libre entreprise vient de subir un sacré coup au cours des douze derniers mois de crise économique et financière ».

Il continue ainsi : « Dans seulement deux pays, les Etats-Unis et le Pakistan, plus d’un cinquième (des personnes interrogées) estiment que le capitalisme fonctionne comme il le devrait. Presque un quart, 23% des réponses, considère qu’il a subi un coup fatal… Et il existe un soutien très fort dans le monde entier à l’idée que les gouvernements devraient distribuer la richesse de manière plus équitable. C’est soutenu par une majorité dans 22 des 27 pays. S’il y a un sujet à propos duquel un consensus semble émerger selon ce sondage c’est celui-ci : il y a une majorité, à peu près partout, pour demander aux gouvernements d’être plus actifs en matière de régulation des affaires. »

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L'actualité de la crise: l'enjeu de la taxe financière, par François Leclerc

Billet invité.

L’ENJEU DE LA TAXE FINANCIERE

Le feuilleton de la taxation du système financier ne fait que commencer, le débat venant d’être relancé par les Britanniques, à l’occasion du dernier G20 finances. D’ores et déjà, deux rendez-vous institutionnels sont fixés : le prochain G20 finances d’avril et le sommet des chefs d’Etat de juin prochain au Canada. Mais ceux-ci ne feront qu’entériner des compromis gouvernementaux, dont le FMI cherche à être le maître d’oeuvre (avec le clair danger que la montagne accouche d’une souris), alors que l’opinion publique pourrait d’ici là imprimer sa marque et jouer les gêneurs, la sortie de crise toujours pas en vue.

Ce dossier présente toutefois une grande ambivalence. D’un côté, son émergence au premier plan de l’actualité reflète une évidence largement ressentie dans les opinions publiques : les banques doivent payer pour leurs turpitudes. De l’autre, elle sanctionne une terrible évidence qu’il s’agit de faire passer dans les esprits : puisqu’il est acquis que la régulation sera très limitée et qu’une autre crise financière majeure est donc inéluctable, il vaut mieux s’y préparer des maintenant.

Dominique Strauss-Kahn n’a pas évoqué autrement le projet sur lequel le FMI travaille. Un « compromis » selon ses propres termes, au cas où les gouvernements ne s’engageraient pas dans une régulation efficace (en réalité introuvable, vu les termes dans lesquelles elle est posée). Les partisans d’une taxation, qui laissent la porte ouverte au choix de ses modalités et nous préparent ainsi à ce que des choix à la portée symbolique restreinte soient finalement pris, n’envisagent d’ailleurs celle-ci que dans le cadre d’un triptyque dont on risque de beaucoup entendre parler : recapitalisation des banques, adoption de dispositions « testamentaires » pour leur éventuel démantèlement et taxation (qu’ils préfèrent appeler « prélèvement », ou même mieux « auto-assurance », un terme qui a toutes les chances de faire florès).

Il est à craindre que chacun de ses trois volets, au terme de longues et discrètes élaborations et de négociations, se réduisent comme des peaux de chagrin et ne soient que des paravents destinés à masquer non pas la misère pour une fois, mais une richesse non partagée. Jusqu’au jour où…

Si on les prend un par un, voila ce que cela donne. Premièrement, le principe même d’une recapitalisation des banques qui ferait obstacle à leur faillite se heurte à l’impossibilité pratique de mesurer les risques financiers qu’elles prennent, dans un monde dominé par une très grande opacité. Des exigences drastiques sur la nature de ces fonds propres devraient être adoptées, cela n’en prend pas nécessairement le chemin, affaiblissant d’autant la portée de cette mesure.

Deuxièmement, le « testament » que les banques doivent préparer au cas où apparaît comme une mesure un peu obscure, qui l’est moins quand on voit comment la faillite de Lehman Brother est là pour pratiquement démontrer qu’il y a des écheveaux financiers indémêlables, en raison de la nature et de la complexité des produits « structurés », qui portent de ce point de vue très mal leur nom. Cette mesure est également largement illusoire, car elle bute tout aussi bien sur l’absence de transparence du système financier, dont le caractère « fantôme » n’est pas accessoire mais au coeur même de son fonctionnement.

Troisième volet, la taxe. Tout est possible dans ce dossier, mais il est déjà clair que son rendement ne pourra pas être, telle qu’elle est envisagée, à la hauteur des enjeux auxquels elle prétend faire face. L’adoption d’un tel dispositif, dans son principe, aurait pour origine une vérité qui s’est imposée au cours de cette crise : le sauvetage du système financier n’est plus dans les moyens des Etats, vu son ampleur. Les programmes que ceux-ci ont engagés avec le concours des banques centrales, à qui l’on fait jouer un rôle dépassant totalement leurs prérogatives, déséquilibrent déjà totalement les finances des Etats et pourraient demain en faire autant des banques centrales, dont les bilans enflent démesurément sous le poids des actifs à la valeur douteuse qu’elles acceptent, devenues de « bad banks » (des structures de défaisance) par défaut, sans le reconnaître. Mais les taux qui sont évoqués, s’il devait s’agir d’une taxe sur les transactions financières, sont dérisoires : on parle de 0,005% (la taxe Tobin était de 0,1 à 0,25%). Il est par ailleurs bien peu probable que ce type de taxe sur les transactions, sans même parler de son rendement, soit adoptée. Et l’on va voir fleurir des « prélèvements » reposant sur des assiettes plus ou moins clarifiées, avec le danger même qu’un one shot (un prélèvement une fois pour toutes) soit au bout du compte décidé. Dans tous les cas, les « réserves » que l’on prétendra ainsi constituer ne seront pas à la hauteur des montants dont on sait qu’ils seront nécessaires pour financer la crise de demain.

A ce stade, un parallèle s’impose entre ce dossier et le projet de loi actuellement en discussion aux Etats-Unis à propos du financement par le système bancaire de ses propres défaillances. Les dispositions qui sont proposées ont toutes les chances d’induire l’obligation de rajouter au pot, le moment venu, en puisant dans les fonds publics, le « fonds » décidé par la loi ne pouvant suffire à la tâche. La formule des garanties publiques, largement utilisée au cours de cette crise et toujours en vigueur, sera difficilement évitable, a minima, reposant le problème de la surface financière insuffisante de ceux qui l’accordent, s’il arrivait malheur.

Toutes ces échappatoires, et d’autres encore certainement, ne feront au final qu’accroître un risque : celui que les mesures adoptées, à force que leur portée soit amoindrie, ne remplissent pas vis à vis des opinions publiques leur rôle, à savoir faire avaler la pilule d’une régulation qui n’en est pas une. Là est le véritable enjeu de ce débat au sommet et de son éventuelle appropriation par les opinions publiques.

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L'actualité de la crise: Allez, encore un énorme effort à accomplir !, par François Leclerc

Billet invité.

ALLEZ, ENCORE UN ENORME EFFORT A ACCOMPLIR !

Les responsables politiques continuent de tourner autour du pot de la taxation des transactions financières, tandis que les financiers, ou ceux qui en sont les plus proches, freinent des quatre fers. Mais comme rien ne se passe à l’arrivée, ce sont donc les seconds qui pour l’instant mènent encore la partie. Pour combien de temps ? Gordon Brown, le premier ministre britannique, s’invitant par surprise au G20 finances de St Andrews en Ecosse, vient à son tour d’admettre qu’une telle taxe pourrait être envisagée, à condition qu’elle soit appliquée au plan international. Elle devrait, selon lui, être « juste, mesurée, et permettre au système financier d’apporter sa nécessaire contribution à la future croissance économique ». Dans le cadre d’un « meilleur contrat social et économique qui reflète la responsabilité mondiale des institutions financières envers la société ». Il a ajouté : « Je ne sous-estime en rien les problèmes pratiques et techniques énormes et difficiles qu’il faudra surmonter, mais je ne pense pas que ces difficultés devraient nous empêcher de réfléchir d’urgence à ces questions ». Concluant ainsi : « Il n’est pas acceptable qu’un petit nombre récolte les bénéfices des réussites de ce secteur, et que son échec soit supporté par l’ensemble d’entre nous ». Dans les couloirs de la réunion, on apprenait que, dans l’esprit du premier ministre, toutes les transactions ainsi que les bénéfices des banques devraient être concernés par ce prélèvement, qui pourrait être d’un niveau modique, de l’ordre de 0,005 pour cent.

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L'actualité de la crise: la machine à faire des bulles, par François Leclerc

Billet invité.

LA MACHINE A FAIRE DES BULLES

Les ministres des finances du G20 se réunissent en Ecosse ce soir et demain, l’occasion de faire un nouveau point de la situation, pour eux comme pour nous ! En lever de rideau de la conférence, les commentaires vont bon train dans la presse à propos du climat particulièrement rude et pluvieux du lieu, présenté comme symbole d’importantes divergences présumées entre les participants, à défaut de pouvoir rendre compte de celles-ci.

Alistair Darling, Chancelier de l’Echiquier Britannique et hôte de la réunion, a pourtant donné une forte indication à ce propos, lançant en préalable à celle-ci un avertissement, à l’occasion d’une intervention sur TV Bloomberg. Il a estimé qu’il était nécessaire pour le G20 de disposer d’un moyen (non identifié par ses soins) pour lutter contre les bulles formées par l’augmentation du prix des actifs, avant qu’il ne soit trop tard et alors que l’économie récupère : « Nous ne devons pas nous retrouver dans une situation où la pression monte, puis devient de plus en plus forte, pour se conclure avec des conséquences catastrophiques ». Alors que les ministres s’apprêtaient à vainement discuter de la manière dont ils pourraient s’y prendre pour diminuer les efforts publics (et les déficits), Alistair Darling leur a rappelé qu’une autre question méritait tout autant leur attention, elle aussi sans solution immédiate.

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L'actualité de la crise: Les raisons de la colère, par François Leclerc

Billet invité.

LES RAISONS DE LA COLERE

Pour rebondir sur le dernier billet de Paul consacré au « naufrage du Titanic » et à la politique de Barack Obama, il n’est ni nécessaire de rappeler les chiffres du chômage, ni ceux de la consommation, ni ceux des expulsions de logements. Tous largement connus. Le Sénat venant d’adopter des mesures plus larges que prévues en vue de l’indemnisation plus longue des chômeurs, signe à la fois que les perspectives ne sont pas roses et que les mesures prises ne sont que des pis aller. Ce que vient d’annoncer aujourd’hui le Wall Street Journal, la prévisible explosion des bonus en 2009 dans le secteur de la banque d’investissement, ne va pas manquer d’encore exacerber les réactions des Américains si cela se confirme en fin d’année, mais aussi d’amplifier les tentatives de récupération politique douteuse de leur colère.

Cela justifie de revenir sur l’audition organisée jeudi dernier à Washington par la Commission des finances de la Chambre des représentants, à propos du nouveau projet de « loi d’amélioration de la stabilité financière », qui a pour objectif de définir un mécanisme permettant d’éviter que les fonds publics soient à nouveau mis à contribution, en cas de faillite d’une institution TBTF (toot big to fail). A cette occasion, les interventions sont parties dans tous les sens, le projet en discussion critiqué de tous les horizons, républicains de toutes obédiences et même démocrates, annonçant des débats qui ne vont pas être simples et rendant difficile d’en déterminer l’issue. Après la situation financière, puis économique et sociale, c’est la situation politique qui risque de devenir à son tour peu contrôlée, si cette audition préfigure les débats du Congrès.

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L'actualité de la crise: de Charybde en Scylla, par François Leclerc

Billet invité.

DE CHARYBDE EN SCYLLA

Avec obstination, la machine économique continue à ne pas vouloir bien fonctionner. Afin de ne pas caler après avoir bien failli sombrer corps et âme, deux soutiens permanents lui sont nécessaires : celui des banques centrales (ces mystérieuses entités détentrices du pouvoir régalien de la création de la monnaie), ainsi que celui des pouvoirs publics (ces entités qui nous représentent et nous endettent pour sauver le système financier). Ces deux pompes à phynance doivent tourner afin que la machine ne grippe pas, que les apparences soient sauves, que la fiction d’un capitalisme capable de se réformer conserve sa crédibilité (bien que ses hérauts fassent tout pour démontrer le contraire), sans autre perspective que de continuer à pomper. Comme de vrais Shadoks. Sans non plus sembler mesurer le risque grandissant de préparer une nouvelle crise.

De plus en plus nombreuses, des voix s’inquiètent en effet de la formation d’une nouvelle bulle financière résultant de l’envol actuel du marché des actions grâce à la quasi gratuité de l’argent dispensé par les banques centrales. Craignant, pour les mêmes raisons, les effets de l’exercice à grande échelle du carry trade, avec comme leviers le taux zéro de la Fed et le dollar. Remarquant qu’au grand bal privé du marché des produits dérivés, un nombre restreint de danseurs accapare tous les prix. Constatant que les bilans des banques centrales enflent au fur et à mesure qu’elles accumulent les actifs toxiques en contrepartie de leurs prêts, jouant par défaut le rôle des « bad banks » qui n’ont pas été crées. Et l’on n’en finirait pas d’énumérer ces menaces, tandis que le système financier continue à se remettre très lentement de ses aventures en s’appuyant sur nos épaules tout en s’accrochant à notre cou à nous en faire couler. Le deleveraging (le désendettement) se révèle hors de prix et pas dans nos moyens.

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L'actualité de la crise: "les choses ne redeviendront pas comme avant", par François Leclerc

Billet invité

« LES CHOSES NE REDEVIENDRONT PAS COMME AVANT »

Mario Draghi ne fait pas beaucoup parler de lui mais n’est pas pour autant n’importe qui ! Gouverneur de la Banque d’Italie, c’est également le président du Conseil de stabilité financière (CSF), à qui le G20 a confié dans les flonflons d’importantes responsabilités en matière de régulation financière mondiale. Il est aussi parfois présenté comme le successeur de Jean-Claude Trichet à la tête de la BCE. A Rome, jeudi dernier, il a lâché un lapidaire « les choses ne reviendront pas comme avant », dans l’intention d’anéantir l’espoir plus ou moins caché de tous les acteurs du marché financier. Rajoutant, pour être bien compris : « Il n’est pas souhaitable que cela arrive ». Sans expliciter son propos, dans la grande tradition des banquiers centraux. Ne pouvant faire état de la réalité de leur pouvoir, leurs décisions étant le plus souvent confidentielles, ceux-ci s’efforcent en effet de donner de cette manière une portée à leur propos. Cultivant le mystère, comme les médecins d’autrefois, détenteurs d’un savoir qu’ils ne partagent pas, membres d’une confrérie d’initiés dans un monde qui prétend à la transparence.

Ils redescendent pourtant parfois sur terre, ces banquiers centraux, pour reconnaître qu’ils sont comme nous dans la plus totale des incertitudes. A propos de la situation actuelle de l’économie mondiale, Mario Draghi a ainsi constaté qu’elle « avait recommencé à croître (…) même si c’est à un niveau modeste et de façon hétérogène selon les zones ». Mais, si la « chute s’est arrêtée », a-t-il ajouté, « nous sommes moins surs qu’une reprise durable, qui ne s’appuie pas uniquement sur le soutien extraordinaire des politiques économiques, ait effectivement démarré ».

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