L'actualité de la crise : COMMENT TAIRE L'INDIGNATION ? par François Leclerc

Billet invité.

Depuis mardi dernier, les indignés ont pris un relais sur la place Syntagma. Progressivement, ils se sont installés sur la grande place d’Athènes avec armes et bagages, avec leurs banderoles et leurs tentes. Ils étaient finalement 20.000 à s’y être retrouvés le premier soir, rompant avec le rituel des défilés des grandes centrales syndicales et réclamant « une vraie démocratie », avant d’en faire un rendez-vous quotidien. Une pétition est proposée à la signature, qui réclame un référendum à propos du mémorandum signé par le gouvernement avec l’Union européenne et le FMI.

A la Puerta del Sol, au centre de Madrid, l’acapamento n’a donc pas plié bagage aux lendemains de la déroute électorale du PSOE. Les participants avaient décidé de poursuivre leur mouvement jusqu’à ce dimanche, comme à Grenade, Saragosse, Valence, Malaga ou à Barcelone. Avec la perspective de s’éparpiller dans les quartiers pour y tenir des assemblées, afin de continuer sur un autre mode.

C’est sur la place de Catalogne, au centre de Barcelone, qu’a été involontairement relancé le mouvement, la police intervenant violemment vendredi au petit matin pour dégager la place, au prétexte de la nettoyer pour qu’elle puisse accueillir samedi soir les célébrations alcoolisées faisant suite au match de football Manchester United contre le FC Barcelone. Tout un symbole.

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L'actualité de la crise : DÉSIRS DE RUPTURE, par François Leclerc

Billet invité

Que l’on se souvienne des pays de l’Est, suite à l’effondrement de l’URSS et de son glacis, ou bien de ceux dont l’entrée dans l’Union européenne et la zone euro a été vécue comme l’occasion du rattrapage d’un niveau de vie particulièrement bas, il y a beaucoup à dire…

Peut-il en effet être reproché aux Tchèques, aux Polonais et aux Hongrois, aux Grecs, aux Irlandais et aux Portugais – ces paresseux notoires – et à tous les autres qui étaient dans le même cas, d’avoir voulu pénétrer dans la vitrine que représentait l’autre partie de l’Europe, nantie selon la vision éloignée et prometteuse qu’ils en avaient ? Est-il possible d’oublier si vite la misère et la grisaille qui régnaient dans ces sociétés et le profond désir d’être tout simplement comme les autres ? Ces deux moteurs de l’élargissement de l’Europe – alors acclamé – peuvent-ils être oubliés ?

Si la crise actuelle remet en question ce qui était hier salué comme une avancée victorieuse, une réflexion ne devrait-elle pas s’engager sur les moyens qui ont été déployés pour réussir cette mise à niveau, qui se révèle désormais hors de portée ? La débandade irlandaise est-elle à mettre au débit de ceux qui ont emprunté à leurs banques locales pour s’acheter une maison ou à celui des banques européennes qui ont prêté à tout-va à ces mêmes établissements et s’en sortent comme une fleur ?

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L'actualité de la crise : LA MAIN D'ÉTRANGLEUR DU MARCHÉ, par François Leclerc

Billet invité

La rébellion libyenne comme le grand vent qui continue de souffler depuis qu’il s’est levé en Tunisie vont tous deux permettre d’escamoter le bide annoncé du sommet européen de la zone euro de ce weekend. Rien que de l’attendu et qui ne mériterait même plus que l’on s’y attarde si des rebondissements compliquant encore le jeu ne commençaient à apparaître.

L’un d’entre eux est venu d’un « vieil homme amer coupé des réalités » comme l’a qualifié un banquier de la City réfugié dans l’anonymat : le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mervyn King. Dans une interview au Telegraph, celui-ci a déploré que « la recherche du rendement continue. Les dérèglements deviennent de plus en plus importants », s’agissant des banques, dont les dérives sont payées par les contribuables et qui continuent de jouer au « casino ».

La riposte n’a pas tardé à venir sous la forme d’une nouvelle menace de HSBC d’émigrer vers les cieux plus accueillants de Hong Kong, tandis que le Pdg de Barclays, Bob Diamond, se voyait octroyé pour l’année 2010 un bonus de 7,5 millions d’euros, dans le contexte d’une nouvelle salve d’impressionnants bénéfices du secteur bancaire, de coupes budgétaires accrues réservées au reste du pays, et de la renonciation par le gouvernement de tout plafonnement ou taxation des bonus en contrepartie d’une promesse d’augmentation des prêts bancaires aux entreprises.

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L'actualité de la crise : ATTENDUS AU TOURNANT, par François Leclerc

Billet invité

Réformer le capitalisme a-t-il aujourd’hui un sens ? Pour répondre à cette question en passe de revenir dans l’actualité électorale française, il peut être plein d’enseignements de remonter le cours de l’histoire, et de se remémorer en les dépoussiérant les débats qui ont traversé le mouvement ouvrier, opposant réformistes et révolutionnaires. Mais il est plus immédiat et tout aussi instructif de se pencher sur les actes et les intentions de ceux qui, en Europe, se réclament toujours du socialisme, actuellement au pouvoir ou espérant prochainement y parvenir.

Cette éventualité renvoie toujours à la même interrogation : le pouvoir, oui, mais pourquoi faire ? Ainsi qu’à une certitude : les temps de crise du capitalisme sont moins favorables aux sociaux-démocrates, car ils amoindrissent leurs marges de manoeuvre. De fortes contraintes économiques et financières restreignent leurs possibilités de faire du social, sauf bien entendu à procéder à des remises en cause auxquelles ils ne sont pas prêts. A sortir d’un cadre qu’ils n’entendent que réformer, d’un système qu’ils proposent d’améliorer. Ce qui est paradoxal, puisque la même situation qui favorise leur venue au pouvoir les empêche de faire la démonstration du bien fondé de leur stratégie. C’est d’ailleurs bien pour cela – argumentent certains – qu’ils sont appelés au pouvoir, et qu’ils doivent ensuite le céder, ayant fait la démonstration qu’ils n’étaient pas porteurs d’une véritable issue aux problèmes que rencontrent ceux qui les ont élus.

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Quelles nouvelles règles du jeu ? par François Leclerc

Billet invité.

QUELLES NOUVELLES RÈGLES DU JEU ?

Pourquoi poursuivre la chronique de la crise, quand les lecteurs de celle-ci, lorsqu’ils s’expriment, semblent être déjà arrivés à la conclusion que, vu sa folie dévastatrice, le monde financier est à condamner sans autre forme de procès ?

N’éprouvant même plus toujours le besoin de mettre à profit les circonstances – ses rouages et roueries étant devenus particulièrement exposés – pour mieux savoir comment il fonctionne, afin de saisir comment il devrait être mis au pas. Comme si, bien que la fin de l’histoire ne soit pas connue, la cause était déjà entendue.

Se satisfaire de ce seul verdict serait cependant faire l’impasse sur une question simple et brutale : quelle va bien pouvoir être la suite de cette histoire qui est la nôtre ?

Dans leurs interventions, peu des commentateurs s’aventurent à entrer dans le vif du sujet, si ce n’est pour manifester la crainte – voire la certitude – de l’avènement d’un monde qui ne sera à les lire pas assurément meilleur, mais bien pire que celui que nous quittons. Ils puisent dans l’actualité et l’évolution de nos sociétés abondante matière pour le justifier.

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Ce qui les attend (partie II), par François Leclerc

Billet invité.

CE QUI LES ATTEND

Au fil des péripéties de la crise, on ne compte plus les nombreux soupirs de soulagement poussés, dès que survient une période de détente succédant à l’un de ses nouveaux épisodes.

Le dernier rebondissement d’importance était européen et une accalmie est ensuite venue, en cours, qui a rendu moins pressante la mise en oeuvre d’un sauvetage improvisé. Amenant cependant les plus lucides à se demander où l’édifice va craquer la prochaine fois, de manière imprévisible comme à l’accoutumée.

C’est dans cette perspective que peuvent survenir des obstacles à Ce qui pourrait nous attendre. Suscitant des rejets collectifs et des confrontations, modifiant des rapports de force qui sans cela paraissent intangibles. Car la dynamique de la crise reste très forte et tout concourt à ce qu’elle perdure longtemps, puis à ce qu’elle se transpose aux plans politique et social, selon son propre rythme.

Lorsque l’on est sous un bombardement, on voudrait que les phases de silence qui se substituent au fracas, la terre arrêtant de trembler sous les pieds et les gravats de pleuvoir sur la tête, durent éternellement. Mais l’on ne peut s’empêcher de craindre la rupture de cette fragile trêve, en venant à savourer ces répits comme l’expression de la normalité, faute de mieux.

Nous ne vivons pas autre chose actuellement, constatant que la crise s’est installée dans une phase chronique, tout en n’excluant pas le retour inopiné de phases aigües , comme l’on vient d’en connaître une en Europe. Essayant depuis de détecter les bombes à retardement qui ont été posées.

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Ce qui pourrait nous attendre (partie I), par François Leclerc

Billet invité.

CE QUI POURRAIT NOUS ATTENDRE (partie I)

Ne pas faire de promesses, c’est ne pas prendre le risque qu’elles vous soient rappelées quand on ne les a pas tenues. Voilà une leçon que beaucoup de politiciens ont retenue et dont ils ont même fait un argument trop entendu, en la retournant : « faites-moi confiance, puisque je ne vous promets rien » !

En cette poursuite d’une crise qui n’en finit pas – et n’est pas prête de se terminer – est-il possible d’anticiper sur ce qui pourrait nous être réservé, que les détenteurs du pouvoir se gardent de revendiquer ? Agissant avec précaution, soucieux d’éviter les éclats et les affrontements, convaincus que le temps travaille pour eux. Sans appliquer un plan préconçu, car il leur faut en permanence s’adapter à une crise dont ils ne maîtrisent pas les rebondissements. Avec pour mission d’exercer toute leur habilité afin de faire accepter comme inévitable et nécessaire – dans la nature des choses, du monde, de l’homme… – la poursuite d’un système qui a piteusement failli. Car ils en sont les exécutants.

Il n’est pas interdit de tracer une première ébauche de la suite, une sorte de scénario, en mettant en relation tout ce que l’on peut déjà percevoir d’annonciateur. En allant à l’essentiel et sans tenir compte d’importantes variantes entre régions du monde et pays. En projetant les grandes lignes d’un avenir sur lequel pèse encore beaucoup d’incertitudes, que de nombreux incidents de parcours peuvent bouleverser. Car il n’y a pas de fatalité, il y a des logiques, parfois inattendues.

Allons-y !

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L'actualité de la crise: il commence à y avoir foule !, par François Leclerc

Billet invité.

IL COMMENCE A Y AVOIR FOULE !

Il y a des jours comme cela, où l’on se sent moins seul. D’autres où l’on finit par s’inquiéter : « Qui a changé, eux ou moi ? ». D’autres, enfin, où l’on se sent porté par une dynamique nouvelle et partagée. Parmi ceux qui peuvent tenir aujourd’hui ce langage, Paul Jorion n’est pas le dernier, pour avoir longtemps prêché dans le désert et être maintenant sollicité de partout (ou presque).

Des noms, des exemples ? Hier, c’était Nicolas Baverez, qui écrivait dans Le Monde-Economie : « Faute d’un diagnostic précis et partagé sur la crise, d’une compréhension exacte des risques systémiques et d’une coordination de la régulation financière, les mécanismes fondamentaux d’un nouveau choc se mettent inexorablement en place : politiques monétaire et budgétaire démesurément accommodantes, bulles spéculatives, coexistence d’opérateurs et de marchés surrégulés (banques, assurance et Bourses organisées) et de vastes secteurs hors de tout contrôle (« dark pools », fonds spéculatifs), reconstitution d’un secteur bancaire clandestin » (19 avril 2010).

L’autre jour, Jean-Marc Vittori titrait son papier des Echos « Cette finance qui résiste à la réforme », et constatait : « La crise financière s’éloigne dans le rétroviseur. Et, avec elle, s’éloigne la capacité des gouvernants à changer les règles du jeu de la finance privée pour éviter que les mêmes causes ne finissent par produire les mêmes effets. A Pittsburgh, il y a à peine six mois, et à Londres, il y a douze mois, les dirigeants du G20 avaient pourtant pris des engagements majeurs. Depuis, ils ont mis en chantier des réformes essentielles en élargissant la surveillance des acteurs de la finance. Mais les textes sont de plus en plus souvent édulcorés ou repoussés, ou les deux à la fois » (17 mars 2010).

Mercredi matin, dans le Financial Times, Martin Wolf allait nettement plus loin. Il commençait ainsi sa chronique : « Notre système financier est-il dans nos moyens ? La réponse est non », poursuivant : « Plus l’on prend conscience des risques, plus il devient évident que la solution radicale est l’option la plus sûre », avant de conclure son papier, après avoir démoli pierre par pierre l’argumentation des épigones du système : « En conclusion, arrêter la machine de l’apocalypse financière demandera des changements fondamentaux dans la politique à suivre vis à vis du système financier et de sa structure. Il y a maintenant deux grandes approches en discussion : l’officielle est de rendre le système actuel beaucoup plus sûr, en élevant les exigences en matière de capitaux propres et de liquidité, en faisant transiter les dérivés via des marchés administrés et en renforçant la régulation. L’alternative est une réforme structurelle. Quelle est l’option la moins mauvaise ? » (21 avril 2010).

Certes, chacun garde par ailleurs ses idées, mais il est flagrant de constater qu’un même constat se propage. Ceux qui hier n’avaient pas droit de cité et sonnaient l’alarme sont aujourd’hui écoutés (sinon encore suivis). Beaucoup d’autres – pas tous, car il y a toujours des irréductibles de la foi – écarquillent les yeux devant ce qu’ils contemplent et, pour certains même, ruent dans les brancards.

Si le discours des femmes et des hommes politiques est toujours en général aussi désespérant de démagogie et à courte vue, des commentateurs de plus en plus nombreux ont compris – et le font savoir – qu’ils ne peuvent décidément plus s’en tenir aux mêmes analyses. Que la crise n’est pas près d’être finie et qu’elle appelle, comme le dit Martin Wolf, que l’on n’aurait pas attendu (à tort) dans cette posture, des solutions radicales.

Il y avait avant, il y a après…

Ceux qui aujourd’hui doivent être considérés comme de véritables excentriques ne sont pas ceux qui démontent les mécanismes d’un système financier qui a failli mais continue pourtant d’exercer ses nuisances. Pas plus ceux qui se refusent, faits et analyses à l’appui, à souscrire aux visions lénifiantes et vite démenties d’une propagande désormais en roue libre. Ni encore ceux qui proposent, enfin, que l’on parle sérieusement de la manière dont il va être possible de sortir de ce gigantesque gâchis. Car celui-ci n’est pas seulement financier, mais s’annonce de plus en plus humain.

Non, les excentriques, ce sont ceux qui prétendent, suivant ce mot admirable faisant parler l’inconscient, « faire le travail de Dieu ».

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L'actualité de la crise, Εμπρός (en avant !), par François Leclerc

Billet invité.

Εμπρός (en avant !)

Le gouvernement grec fait preuve d’un incontestable sang-froid et d’une impressionnante maîtrise de la situation. Après avoir refusé de céder à l’affolement – et de continuer à le faire dans l’adversité – il continue de jouer la montre afin de négocier au mieux les aides dont il a besoin.

Dans un premier temps, il a considéré qu’il fallait calmer le jeu avec le gouvernement Allemand et lui laisser le temps de se retourner. Ce qui l’a amené à procéder à de modestes émissions à court terme, afin de joindre les deux bouts, quitte à payer le prix fort dans l’immédiat. Aujourd’hui, alors qu’il vient de renouveler avec succès ce type d’opération – et que son taux obligataire à 10 ans a atteint 7,8% – il déclare pouvoir faire face à ses prochaines obligations de refinancement de sa dette, d’ici à la fin mai, quitte à utiliser des bouts de ficelle.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le temps joue sans doute en faveur des grecs. Non seulement parce que cela lui laisse le temps de négocier avec ses partenaires européens, dont l’Allemagne qui renâcle toujours à intervenir et bloque tout le dispositif, ainsi qu’avec le FMI dont on comprend que pour de multiples raisons (dont de prochaines échéances électorales françaises) il ne va pas faire le difficile, mais aussi parce qu’il a dans ses mains une arme redoutable : après moi le chaos  ! La Grèce est actuellement, à son corps défendant, le rempart de l’Europe contre l’extension à d’autres de ses pays de la crise. Ce qui risquerait d’être explosif dans le contexte actuel.

Tandis que Axel Weber, le président de la Bundesbank, agite sous les yeux de l’opinion allemande le repoussoir d’une aide à la Grèce dont le montant ne cesserait d’augmenter (ce que rien ne fonde à ce jour, le montant de 80 milliards d’euros au total ayant été rendu public par les Grecs dès le départ), Olivier Blanchard, le chef économiste du FMI, tient un tout autre discours, expliquant que prêter à la Grèce à des taux trop élevés rendrait son redressement impossible. « La détérioration budgétaire due à la crise a changé la nature du risque. Il est du côté de la dette publique et d’un cercle vicieux entre explosion de la dette et augmentation des primes de risque et des taux d’intérêt », a-t-il expliqué dans Le Monde.

Où est le faucon, où est la colombe  ?

La coalition allemande au pouvoir continue d’engager toute l’Europe dans une impasse.

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Opinion: les coupables se rebiffent !, par François Leclerc

Billet invité.

LES COUPABLES SE REBIFFENT !

Mai 1968 a duré un mois. Cette singulière évidence doit sans doute être rappelée, car il semblerait que la marque laissée par cet événement soit telle qu’on lui attribue beaucoup, et de manière un peu disproportionnée, pour ne pas dire tout de go injustifiée.

Certes, il ne s’agit pas de faire de ce mois-là une intouchable icône et de se réunir tous les ans, dans la cour de la Sorbonne ou ailleurs, pour la vénérer drapeaux sortis des étuis. Avec le recul, les innombrables débats qui ont porté sur sa signification et le sens qu’il fallait lui accorder pouvaient peut-être enfin trouver leur conclusion, aurait-on pu penser. Mais non, Mai 68, à peine entré dans les livres d’histoire à la grande horreur de ceux qui y ont participé, est immédiatement « revisité ». Avec l’étonnante intention d’en faire l’origine de nos maux actuels, et de mettre au pilori une génération entière pour faire bonne mesure. Une situation que chacun s’accordera à trouver inconfortable.

Que d’incompréhension et de méconnaissance ! Que de rancoeur rentrée, dans certains cas extrêmes, qui pour avoir été si longtemps contenue peut enfin se libérer ! Qu’il est dommage que d’autres grands épisodes de notre histoire n’aient pas été si rapidement l’objet d’une telle réévaluation : l’antisémitisme profond de la société française, ou bien le pétainisme de la « vieille France », le mythe de la résistance au nazisme de tous, ou enfin le black-out sur la meurtrière et traumatisante guerre d’Algérie. Tellement de cadavres dans nos placards et un seul en est exhumé, alors que c’est le plus présentable !

« Révolte ou révolution  ? ». Cette question qui peut sembler scolastique a fait dans les années qui suivirent couler beaucoup d’encre et de salive. Il paraît aujourd’hui que ni l’une ni l’autre de ces deux analyses n’est acceptable. « Une révolution, pourquoi faire ? Une révolte, que fait la police ? » Le fil est alors trouvé qui va permettre de pendre haut et court le prévenu : l’individualisme dont il a été porteur, qui détruit la société, l’éthique et la morale à la fois. « Tout fout le camp, mon bon Monsieur ! »

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