L'actualité de la crise : LES PIEDS DANS LE TAPIS !, par François Leclerc

Billet invité

Echéance à chaque fois reculée, c’est lundi prochain que devrait se tenir la réunion de la dernière chance des ministres des finances de l’Eurogroupe à propos de la Grèce. Mais le plan de sauvetage qui pourrait être adopté tourne à la farce et n’en a plus que le nom.

Lier les partis politiques de la coalition par un accord d’application de celui-ci étant illusoire, vu les sondages qui donnent les partis à la gauche du Pasok proches de la majorité, il aurait été question de faire repousser les élections prévues pour avril, afin qu’elles se tiennent le plus tard possible. L’objectif serait que le gouvernement actuel de Lucas Papadémos puisse ainsi mettre en œuvre le plan adopté par le parlement grec, dans des conditions mieux maitrisées.

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L'actualité de la crise : LEUR LOGIQUE ET LA NÔTRE, par François Leclerc

Billet invité

Plus la dette nous submerge, moins l’on sait quoi faire d’elle ! Ce qui devrait inciter à se poser deux questions toutes simples et liées entre elles : pourquoi a-t-elle pris cette ampleur et comment peut-on s’en débarrasser, puisque l’on ne parvient pas à la rembourser ?

Une remarque préliminaire s’impose : dette publique et dette privée sont tellement enchevêtrées qu’elles devraient être prises en compte sans les distinguer. Montrer du doigt la première et escamoter la seconde, c’est désigner une victime sacrificielle, afin de présenter comme inévitable une rigueur budgétaire destinée à restreindre prioritairement les prestations de l’Etat providence et ses domaines d’intervention, ainsi que de pratiquer des réformes structurelles.

Mais si l’on considère la seule dette publique, d’où provient donc son déséquilibre budgétaire qui n’a fait que s’accentuer au fil des trente dernières années ? Une fois pris en compte l’impact important sur les dépenses que les plans de relance engagés depuis le début de la crise ont représentés, on peut estimer celui des mécanismes fiscaux très orientés qui ont été à l’origine de la baisse des recettes publiques. Doit également être ajoutée à la dette sa charge financière, qui croît au fil de son refinancement. Tout ceci soustrait, la vision que l’on peut avoir de la dette en sort changée. La présentation qui est aujourd’hui faite d’un Etat vivant au dessus de ses moyens est non seulement sommaire, elle est tendancieuse. D’où l’intérêt d’une analyse des causes de l’augmentation des déficits publics, afin de contester les fondements de remèdes présentés comme inévitables et d’en présenter d’autres.

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L'actualité de la crise : SORTIE PAR LE HAUT, par François Leclerc

Billet invité.

Sortir par le haut d’une crise qui se poursuit selon des rebondissements sans fin est une question que l’on ose à peine formuler, à laquelle on s’essaye encore moins à répondre tellement elle paraît, à tort, hors de portée.

La fort sombre sortie par le bas qui nous est présentée comme inévitable est moins indécise, en dépit de précautions oratoires ou de délais électoraux de circonstance. Visible en filigrane quand elle n’est pas encore revendiquée, elle est composée de plans de réduction accélérés de la dette publique, assortie de sévères mesures d’austérité durables, d’une récession économique prolongée et de l’élargissement d’une financiarisation destinée à renouveler les terrains de jeu de la finance. Accentuant les contours prononcés de sociétés déjà marquées par de larges inégalités sociales structurelles, encore destinées à s’accroître, et par une lente mais irrésistible dégradation par le bas de la situation des classes moyennes. Conjuguant l’affaiblissement de la protection sociale, de la couverture médicale et de la retraite par répartition avec le déploiement d’assurances privées destinées aux plus fortunés.

Le décor est planté, est-il pour autant incontournable ? Venant d’horizons dont on ne les attendait pas toujours, des craquements se font entendre. C’était avant-hier à Madison, dans le Wisconsin américain, hier dans toute l’Espagne et à Athènes. Plusieurs dizaines de milliers de Polonais ont depuis suivi leur exemple pour défiler dans les rues de Varsovie avec un slogan sans appel « Voleurs ! Voleurs ! », sous une banderole proclamant « Nous sommes des travailleurs et pas des esclaves ». Le président du syndicat Solidarité déclarant : « Les travailleurs, c’est la plus grande richesse de l’économie polonaise et c’est dans ce capital humain qu’il faut investir ». Venant de prendre les rênes de l’Union européenne, le gouvernement polonais de droite critique en leur faisant écho les plans de sauvetage de la Grèce, de l’Irlande et du Portugal : « il faut changer de philosophie » a-t-il expliqué, « un programme devrait être perçu clairement comme un pas vers le redressement économique ».

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Hors série : QUELLE RÉFORME FISCALE ?, par François leclerc

Connu pour ses pertinents travaux sur les inégalités économiques et sociales, Thomas Piketty vient de lancer avec deux autres chercheurs en économie, Camille Landais et Emmanuel Saez, un site internet à ne pas ignorer.

A l’appui de la publication de leur dernier ouvrage, « Pour une révolution fiscale » (Seuil), ils ont mis en ligne www.revolution-fiscale.fr.

Après avoir établi « l’injustice du système actuel », ils y exposent leurs propositions afin d’accomplir cette « révolution », un mot largement banni hors de cercles très politiques. Ils proposent également un outil permettant de simuler des projets de réforme fiscale, en modifiant les barèmes d’imposition. Dans la veine de l’outil en ligne qui, au Royaume-Uni, permettait de modifier le budget de l’Etat en testant des coupes selon les ministères et secteurs, puis d’en voir le résultat global.

Très complet et éloquent dans ses résultats, ce simulateur fiscal est basé sur un modèle prenant en compte la totalité des prélèvements obligatoires, impôts sur le revenu et sur le capital, taxes sur la consommation et cotisations sociales.

Les ayant tous additionnés, les auteurs partent d’un constat qu’ils étayent : les revenus modestes supportent des impôts extrêmement lourds, avec des taux d’imposition de 45% ou 50%, quand les revenus les plus élevés sont imposés à 30% ou 35%.

En France, une réforme fiscale gouvernementale est à l’étude, donnant lieu à d’instructifs tiraillements au sein de la majorité ; des élections présidentielle et législative sont à l’horizon : le débat sur la fiscalité peut s’engager ! Sans oublier un second volet, l’imposition des bénéfices des grandes entreprises, dont le taux réel a été établi à 8% pour celles du CAC 40, ainsi que toute la problématique accommodante des prix de transfert des entreprises transnationales.