L'actualité de la crise : SYMBOLIQUE SAUVETAGE DE LA ONZIÈME HEURE, par François Leclerc

Billet invité

Il aura fallu à Angela Merkel et Nicolas Sarkozy sept heures de discussions, dont certaines en présence de Jean-Claude Trichet, arrivé sur le tard à Berlin, pour adopter une « prise de position commune », en vue d’un accord à propos du sauvetage de la Grèce.

Sans qu’il soit certain, vu la formulation ambiguë employée pour l’annoncer, que la BCE la partage. A moins que, pour sauver les apparences, Jean-Claude Trichet n’ait pas voulu être formellement associé à des décisions qui relèvent des gouvernements.

Le quotidien allemand Bild, ce matin, annonçait que des dirigeants de grandes banques européennes seraient conviés au sommet de cet après-midi. Symbole on ne peut plus parfait de la réalité du pouvoir, s’il est vérifié, après l’intrusion de l’Institute of International Finance dans les négociations préparatoires, où il a joué un rôle prépondérant.

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L'actualité de la crise : QUELQUE CHOSE QUI CLOCHE LA-DEDANS, par François Leclerc

Billet invité

Ces journées n’en finissent donc pas et ce ne sont pas les déclarations des uns et des autres qui les éclaircissent. Ni les marchés, qui soufflent ce matin suivant l’expression consacrée, après leur belle glissade d’hier.

Toutes les options sont sur la table, disent les négociateurs qui ne parviennent toujours pas à se mettre d’accord, le compte à rebours du sommet de jeudi largement enclenché. Seules sont exclues les solutions extrêmes – intervention massive de la BCE ou soudaine émission d’euro-obligations – ce qui laisse encore de quoi faire  !

Nouvelle venue, l’hypothèse d’une taxe bancaire européenne a fait croire un instant qu’elle permettrait aux Allemands de se rallier au principe du rachat de la dette grecque, afin d’en diminuer la charge pour le pays. Mais qui pourrait y procéder : le Fonds de stabilisation financière, la Grèce elle-même grâce à un prêt ? L’opération n’a de sens que si elle se fait au prix du marché, ce qui a comme conséquence que les détenteurs actuels de la dette y laisseraient des plumes – la part du feu – mais la question a beau être tournée en tous les sens : on retombe toujours sur le risque d’un défaut de paiement ! Cela risquerait d’être le cas, si un rééchelonnement de la dette était décidé. Ou bien si la dette grecque était rachetée par le Fonds de stabilisation financière.

Cela fait des semaines que cela dure. Les Américains, qui ont pourtant d’autres chats à fouetter, s’en sont émus. A propos de leur propre dette, ce sont d’ailleurs les Chinois qui en ont fait autant.

Allemands d’un côté, BCE de l’autre, la configuration n’était pas attendue, mais ce qui les oppose est tenace… Ils jouent à un jeu où il y a beaucoup à perdre, sans que l’on sache si cela signifie de leur part beaucoup de sang froid ou une forte dose d’inconscience. L’enjeu politique des Allemands est cerné, les cartes que tient dans les mains Jean-Claude Trichet sont plus biseautées.

Aujourd’hui, c’est le quotidien slovaque Hosporaske Noviny qu’il avait choisi pour prononcer une enième mise en garde à propos des risques d’un défaut, sélectif ou non (partiel). Mais comment croire en même temps à l’apocalypse qu’il prédit et aux résultats presque anodins des stress tests des banques ?

L'actualité de la crise : LES JOURS LES PLUS LONGS, par François Leclerc

Billet invité.

Vers 16 heures, les taux obligataires grecs à 10 ans avaient encore grimpé en flèche, à 17,727%, les espagnols à 6,250% et les italiens à 5,909% (après avoir franchi la barre des 6% quelque temps). Sur les places boursières, les valeurs financières subissaient le contrecoup des stress tests de vendredi dernier, qui se révèlent comme prévu un coup d’épée dans l’eau.

La Société Générale accusait un plus bas à -4,90% et Deutsche Bank frôlait les -3%. Les britanniques perdaient plus de 3% et les italiennes s’effondraient  : Intesa Sanpaolo perd -6,32% et Unicrédit -5,29%.

Les jours vont être longs d’ici au sommet européen de jeudi prochain, consigne étant donnée par Jean-Claude Trichet, jamais plus à l’aise que dans son rôle de père fouettard, d’améliorer « la discipline verbale » (sic).

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L'actualité de la crise : PLACES COMBLES, par François Leclerc

Billet invité.

Les indignés font place comble quand ils s’y mettent. A deux bouts de l’Europe, place Syndagma à Athènes, et à la Puerta del Sol à Madrid, une immense foule de tous âges s’est rassemblée ce soir. Les Espagnols ne sont plus seuls, ils ont fait modèle, ce qui n’était pas assuré.

Des dizaines de milliers d’Athéniens (et d’habitants du Pirée tout proche) manifestent devant une gigantesque banderole qui proclame « La plus grande violence est la pauvreté ». Des concerts d’armes par destination de 3ème catégorie (les casseroles à Barcelone), alternent avec des rafales de sifflet, pour réclamer « une vraie démocratie ».

Suivant la consigne « Toma los barrios ! » (Investis les quartiers), les indignés madrilènes avaient organisé samedi plus de 150 assemblées locales dans les quartiers de la ville, dont les représentants rapportaient cet après-midi sur la Puerta del Sol, en attendant que soient décidées ce soir les modalités des suites à donner à l’acapamento. Ces assemblées locales devraient continuer à se réunir une fois par semaine, élargissant la base de la mobilisation et la structurant.

Sur la place du Rossio à Lisbonne, avec comme mots d’ordre « A bas la dictature financière ! », « FMI dehors ! » et « Démocratie réelle maintenant », les jeunes Portugais tentent à leur tour de relancer leur mouvement qui avait été en réalité précurseur, le 12 mars dernier à l’initiative de la « génération galère ».

L'actualité de la crise : ESTAMOS PENSANDO…, par François Leclerc

Billet invité.

«  Maintenant, nous sommes illégaux ! » ont scandé les quelques 28.000 madrilènes (selon la police), présents sur la Puerta del Sol et dans les rues avoisinantes vendredi alors que sonnaient les douze coups de minuit, avant de lancer comme annoncé un « cri muet », la bouche barrée d’un scotch.

Samedi matin, des centaines de manifestants se réveillaient sous les bâches tendues, après avoir discuté et joué de la musique jusque tard dans la nuit.

Y faisant écho, des dizaines de milliers d’Espagnols avaient répondu à la clameur de l’Acapamento del Sol dans d’innombrables villes d’Espagne, de Vigo en Galice, à Bilbao au Pays Basque et Barcelone en Catalogne, où la protestation s’amplifiait.

Répondant à un autre appel, celui des autorités qui manifestaient leur intention de faire preuve de « compréhension », les forces de police continuaient de se faire discrètes, en dépit de l’interdiction formulée par la Commission électorale.

« Estamos pensando » (nous pensons) ont également scandé les manifestants de la Puerta del Sol, tournant en dérision la vocation officielle de ce week-end électoral destiné à la réflexion… Elle est aujourd’hui stimulée par un programme prévoyant un concert, des ateliers de clowns et des musiciens des rues, pour ne pas donner de prétexte à une intervention et préparer le rendez-vous de lundi.

Il devrait y du monde, ce soir !

L'actualité de la crise : L'ACAMPADA DEL SOL, par François Leclerc

Billet invité.

En énumérant dans sa causerie du vendredi la succession ininterrompue d’événements que nous traversons, si divers dans leur nature mais ayant en commun de nous surprendre, Paul Jorion a eu raison de dire que leur vision panoramique mettait en évidence l’importance du grand tournant en cours. Que reste-t-il ensuite à faire, sinon à les suivre et tenter de les comprendre ?

La Puerta del Sol est à son tour devenue le centre de l’attention. A la manière de l’occupation de la place Tahrir du Caire, la place historique des grandes manifestations est depuis mardi dernier le village ou le campement des jeunes madrilènes, l’acampada del Sol. Bravant la pluie et le soleil, ou le manque de sommeil, des milliers d’entre eux y campent comme ils peuvent et s’organisent, ne manquant pas de faire résonner de vieux souvenirs dans la tête des anciens occupants de la Sorbonne. Cuisine, infirmerie, bureau des objets trouvés, service juridique, cordon de sécurité, panneaux affichant les besoins, toiles de tente tendues et matelas, rien ne manque aux manifestants organisés en commissions d’organisation ouvertes à toutes et à tous à la faveur d’appels au volontariat au mégaphone.

Des modérateurs animent des débats animés et sans fin dans des petits groupes, comme cela a été le cas à Barcelone sur les Ramblas, quand Franco est mort, sur le Rossio de Lisbonne, quand les militaires ont fait chuter la dictature, sur la place Omonia à Athènes, quand les colonels sont tombés… On n’en finirait pas.

Les besoins essentiels sont couverts, la solidarité aidant. Celle des habitants et des commerçants, dont certains viennent de loin pour apporter leur soutien matériel, car l’argent n’est pas accepté. D’autres visites aussi sont enregistrées. Non seulement celles de familles qui viennent au grand complet, mais aussi de personnes âgées, qui tiennent à en être aussi, pour encourager la jeunesse et en souvenir de leurs propres luttes contre une dictature qui pour ne pas être aussi crûment celle de l’argent n’en était pas moins féroce. Citée par El Pais, une vieille dame de 70 ans a déclaré dans la journée d’hier à la journaliste : « Cela fait longtemps que les jeunes n’ont pas bougé. Cela aurait dû arriver depuis longtemps, et je suis émue. A mon époque, c’était plus difficile parce que nous avions Franco, aujourd’hui ce n’est pas facile non plus. » 

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L'actualité de la crise : UN PLAN A', par François Leclerc

Billet invité.

Alors que les désaccords à propos de la restructuration de la dette grecque se précisent, les grandes données du plan de sauvetage du Portugal sont désormais connues. Rien qui ne contribue à clarifier une situation déjà très confuse et à élargir les marges de manœuvre des autorités européennes.

Ne disposant pas de plan B, celles-ci cherchent à mettre au point un plan A’, non sans de grandes difficultés pour se mettre d’accord sur ses modalités, comme on peut s’en douter.

Certes, il semble avoir été tiré quelques leçons des deux précédents plans de sauvetage, qui se sont vite révélés impraticables, le Portugal en bénéficiant. Une autre raison de ce relatif infléchissement est que sa situation n’est pas équivalente à celle de la Grèce, de l’Irlande… ou de l’Espagne, et que l’économie portugaise souffre d’autres maux – de toujours – que ces derniers. Un même remède de cheval n’est donc pas indispensable.

Les représentants de la Troïka chargés de négocier ce troisième plan en date pour le compte de l’Union européenne, la BCE et le FMI, ont parlé d’un programme « dur, mais nécessaire et juste »( chaque mot étant pesé). On pourra douter de son caractère juste, au vu des mesures qui ont fini par être annoncées, même si elles sont moins pire qu’escompté les précédents jours par la presse portugaise. De quoi permettre à José Socrates, – premier ministre socialiste démissionnaire, qui va affronter les électeurs le 5 juin prochain – de faire valoir ses talents de négociateur.

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L'actualité des crises : TOUT FOUT LE CAMP ! par François Leclerc

Billet invité.

Sans même attendre que l’Espagne soit à son tour dans l’obligation de demander l’aide financière de l’Europe, ni même que le Portugal ait pu parvenir à négocier son propre plan de sauvetage, dans des conditions politiques très scabreuses, l’édifice déjà bien fragile de la stabilisation financière menace désormais de s’écrouler tout seul.

Le taux obligataire grec à 10 ans a atteint ce jeudi 13,13% – du jamais vu – dans l’attente d’une restructuration de dette négociée considérée comme inévitable, étant donné la mission impossible exigée des Grecs. Le taux à deux ans était ce jour de 17,44%.

Le gouvernement grec ne parvient pas à être dans les clous de son plan de sauvetage, la diminution de ses dépenses n’étant pas suffisante, contrecarrée par une baisse des recettes budgétaires là où une hausse serait nécessaire, en raison notamment d’une très forte récession (baisse de 4,5% du PIB en 2010). En conséquence, un plan triennal va être présenté, qui va devoir procéder à de nouvelles coupes budgétaires. 23 milliards d’économies budgétaires vont être recherchées d’ici 2015.

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L'actualité de la crise : DÉSESPOIR DE CAUSE, par François Leclerc

Billet invité.

Il y a des fois où, comme on ne sait plus quoi faire, on se résout faute de mieux à des expédients. Les exemples ne manquent pas en ce moment.

Attendant que se concrétisent des aménagements adoucissant sa peine, après avoir plongé dans l’austérité le pays, le gouvernement grec tire le diable par la queue, n’ayant accès au marché obligataire qu’à court terme et à des taux très élevés. Il coule donc les yeux doux à la diaspora, nombreuse de 7 millions d’âmes, le pays en comportant 11 millions. Un emprunt qui leur serait réservé est à l’étude, d’un montant qui pourrait être selon le quotidien Kathimerini d’un milliard d’euros, à échéance de moins de 10 ans, et selon des taux inférieurs à ceux du marché. Cela a un petit côté fond de tiroir.

En Irlande, où de prochaines élections anticipées créent de fortes incertitudes au sujet de la mise en œuvre du plan de sauvetage européen, la banque centrale a carrément pris le relais de la BCE, afin de continuer à alimenter en liquidités les banques sinistrées. 51 milliards d’euros leur auraient été déjà versés. Celles-ci ne disposaient plus d’actifs à mettre en pension (en garantie) à la BCE, qui leur a déjà prêté 132 milliards d’euros à fin décembre, et il a fallu improviser une solution. C’est donc avec l’aval de la BCE que cette opération de création monétaire hors normes est désormais en cours.

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L'actualité de la crise : DONNANT-DONNANT, par François Leclerc

Billet invité.

Les dirigeants européens font de la politique, et quelle politique ! Les voilà embarqués dans la négociation entre quatre yeux d’un paquet de mesures destinées à gérer la crise, où chacun glisse son grain de sel et cherche à protéger ses intérêts. Un exercice délicat qui pourrait fort bien ne pas être terminé à temps pour leur prochain sommet du 4 février, continuant d’alimenter toutes les incertitudes. Prochain arrêt : les 24 et 25 mars prochains.

Concentrée sur ses échéances de l’année à venir, la coalition gouvernementale allemande CDU-FPD voudrait trouver les meilleurs arguments électoraux pour justifier de prochains sauvetages européens – c’est en tout cas ainsi qu’elle voit les choses. Avec comme stratégie d’échanger sa participation financière à un dispositif d’aide renforcé contre de nouvelles assurance de réduction des déficits publics.

Dans l’obligation de ne pas décrocher des Allemands, les Français tentent de tempérer leurs ardeurs renforcées, avec en vue leur propre élection présidentielle et la crainte de devoir trop vite obtempérer à leurs injonctions. Tout en s’efforçant d’avancer leur projet d’harmonisation progressive (de convergence), fiscale puis sociale. Afin d’entraîner les Allemands vers la définition d’une politique économique commune et de les écarter de leur intransigeante rigueur budgétaire. Ministre des affaires européennes, Laurent Wauquiez vient de suggèrer ainsi le lancement de « project bonds » (des obligations européennes destinés à financer des grands projets d’infrastructure).

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