L'actualité de la crise : LES OGRES NE SONT PLUS CE QU'ILS ÉTAIENT, par François Leclerc

Billet invité. Les billets de François Leclerc paraissent quasiment toujours précédés de la seule mention « Billet invité ». Dans ce cas-ci cependant, je me vois forcé de marquer mon désaccord avec lui : les ogres sont selon moi toujours bien des ogres. Pour ce qui touche à la restructuration de la dette grecque, il me semble tout à fait prématuré de dire quoi que ce soit quant à ses conséquences en Europe : le système reste dans un état « critique » – au sens que l’on attache à ce terme en physique. Pour ce qui touche à l’inflation, elle est toujours prête à l’emballement et les banquiers centraux ont raison de s’en méfier comme de la peste, en particulier dans une période comme celle-ci où les prix subissent simultanément des tensions inflationnistes et déflationnistes. Quant à l’hyperinflation, la taille du désastre est telle si elle devait se déclencher que tout doit être fait pour en éloigner le risque, ce qui n’est pas le cas en ce moment aux Etats-Unis où Ben Bernanke à la tête de la Fed a déjà recouru deux fois à la planche à billets depuis le début de la crise, et n’exclut pas d’y recourir encore. Pour moi, les ogres demeurent ce qu’ils étaient.

Nous vivons décidément une époque formidable, comment ne pas en convenir ?

Pour ne retenir que cela et rester dans notre sujet, la planète entière est secouée par une crise financière qui n’arrête pas de rebondir. Elle est momentanément calmée en Europe, mais le suspens s’intensifie au bout de la dernière ligne droite aux Etats-Unis, fruit de l’âpreté de la campagne électorale qui est engagée et de choix budgétaires incontournables auxquels la société est désormais confrontée. Ce n’est pas nécessairement la débâcle qui s’annonce, mais bien la poursuite du déclin déjà engagé.

Les démocrates et les républicains s’affrontent sur le terrain de la diminution de la dette publique avec des arrières-pensées électorales – les uns voulant taxer les plus riches et éviter de trop larges coupes dans les budgets sociaux, les autres exigeant exactement le contraire – au nom de ce qu’ils intitulent pompeusement leurs visions du pays. Les mesures à prendre, leurs modalités et contenu, ainsi que leur calendrier, font l’objet des négociations acharnées à marche forcée, de propositions et contre-propositions permettant à chacun de prendre l’opinion à témoin de la pureté de ses intentions. Incertaine, l’issue ne devrait pas tarder. Avec le risque d’un dérapage.

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L'actualité de la crise : LES PETITS COMPTES DE LA DETTE, par François Leclerc

Billet invité.

Dans les effets d’annonce destinés à frapper les esprits qui ont suivi le sommet consacré au sauvetage de la Grèce, il est difficile de faire le tri de tous les impressionnants chiffrages annoncés à propos de la participation des établissements financiers. Et pour cause.

Cela résulte à la fois d’imprécisions dans la description des modalités des options qui leur sont proposées – dont il ressort l’impossibilité d’analyser les résultats de calculs qui restent obscurs – et du mélange savamment entretenu de plusieurs modes d’appréhension de la dette.

Il y a d’abord la diminution nette de la valeur faciale de celle-ci, de son principal, qui résulte de décotes. Puis la diminution du montant des remboursements sur une tranche de plusieurs années, effet de son étalement. Est également utilisé le ratio dette/PIB, dont le calcul résulte de projections du PIB.

Certains chiffres qui ont été évoqués ont ainsi mélangé le résultat de la décote présente dans des options avec celui de l’étalement.

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L'actualité de la crise : L'ART DU TROMPE-L'OEIL, par François Leclerc

Billet invité.

Il en est du diable perdu dans les détails comme de la concierge dans l’escalier : il faut les dénicher ! Dans le flot de déclarations qui nous inonde à propos du plan de sauvetage de la Grèce, comme dans l’analyse circonspecte des mesures adoptées, on pourrait s’y perdre un peu.

Du mou a été donné à la Grèce, et accessoirement au Portugal et à l’Irlande, car la corde allait se rompre. Mais cela ne donne pas pour autant quitus à une stratégie qui, même un peu assouplie, reste inchangée. La charge du remboursement de la dette est étalée, la dette elle-même est – dans le cas de la Grèce seule – un peu réduite, mais la réduction des déficits continue d’impliquer une extrême rigueur budgétaire, ainsi que de lourdes conséquences sociales.

Le paquet de mesures adopté n’est pas encore connu dans ses détails et son décryptage final reste en suspens, mais il peut en être déjà tiré deux enseignements. Les banques s’en sortent à très bon compte en faisant la part du feu ; les Etats européens prennent le relais de la BCE – dont c’était en réalité l’objectif – et doivent se préparer à assumer, via le Fonds de stabilisation financière européen (FSFE), une lourde charge qui n’est pas financée.

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L'actualité de la crise : OUF, LES BANQUES SONT SAUVÉES ! par François Leclerc

Billet invité.

Les places boursières ont fait connaître leur verdict, les valeurs financières ont rebondi avant même que le sommet de Bruxelles ne soit terminé. Les banques en sont les premières bénéficiaires, BCE compris, tandis que les Etats ont pris sur le dos une charge supplémentaire, si l’on regarde de plus près les mesures adoptées.

Certes, ne fonctionnant pas, la stratégie initiale a été assouplie : les conditions dans lesquelles le nouveau prêt va être accordé à la Grèce vont être plus favorables en termes d’échéancier et de taux. Le montant de la dette du pays, de 350 milliards de dollars, devrait être un peu diminué, si les banques choisissent l’option qui leur est proposée d’une vente de leurs titres au Fonds de stabilité financière. Enfin, l’accès de la Grèce aux fonds structurels européens va être facilité, afin de donner un petit peu de mou dans la laisse. La pente est moins raide, mais la stratégie reste la même.

Par un jeu de vases communicants, ce que la BCE voulait stopper – soutenir la dette souveraine des pays en difficulté par des achats sur le marché secondaire – le Fonds de stabilité financière financé par les Etats va pouvoir s’y engager. Ses missions sont élargies, et il aura également la possibilité d’aider à la recapitalisation des banques, ainsi que de réaliser des prêts préventifs aux pays menacés, sur le mode de ceux que le FMI a lancés. Ce sont bien les Etats qui, via le Fonds, prennent le relais et s’engagent.

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L'actualité de la crise : SYMBOLIQUE SAUVETAGE DE LA ONZIÈME HEURE, par François Leclerc

Billet invité

Il aura fallu à Angela Merkel et Nicolas Sarkozy sept heures de discussions, dont certaines en présence de Jean-Claude Trichet, arrivé sur le tard à Berlin, pour adopter une « prise de position commune », en vue d’un accord à propos du sauvetage de la Grèce.

Sans qu’il soit certain, vu la formulation ambiguë employée pour l’annoncer, que la BCE la partage. A moins que, pour sauver les apparences, Jean-Claude Trichet n’ait pas voulu être formellement associé à des décisions qui relèvent des gouvernements.

Le quotidien allemand Bild, ce matin, annonçait que des dirigeants de grandes banques européennes seraient conviés au sommet de cet après-midi. Symbole on ne peut plus parfait de la réalité du pouvoir, s’il est vérifié, après l’intrusion de l’Institute of International Finance dans les négociations préparatoires, où il a joué un rôle prépondérant.

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L'actualité de la crise : QUELQUE CHOSE QUI CLOCHE LA-DEDANS, par François Leclerc

Billet invité

Ces journées n’en finissent donc pas et ce ne sont pas les déclarations des uns et des autres qui les éclaircissent. Ni les marchés, qui soufflent ce matin suivant l’expression consacrée, après leur belle glissade d’hier.

Toutes les options sont sur la table, disent les négociateurs qui ne parviennent toujours pas à se mettre d’accord, le compte à rebours du sommet de jeudi largement enclenché. Seules sont exclues les solutions extrêmes – intervention massive de la BCE ou soudaine émission d’euro-obligations – ce qui laisse encore de quoi faire  !

Nouvelle venue, l’hypothèse d’une taxe bancaire européenne a fait croire un instant qu’elle permettrait aux Allemands de se rallier au principe du rachat de la dette grecque, afin d’en diminuer la charge pour le pays. Mais qui pourrait y procéder : le Fonds de stabilisation financière, la Grèce elle-même grâce à un prêt ? L’opération n’a de sens que si elle se fait au prix du marché, ce qui a comme conséquence que les détenteurs actuels de la dette y laisseraient des plumes – la part du feu – mais la question a beau être tournée en tous les sens : on retombe toujours sur le risque d’un défaut de paiement ! Cela risquerait d’être le cas, si un rééchelonnement de la dette était décidé. Ou bien si la dette grecque était rachetée par le Fonds de stabilisation financière.

Cela fait des semaines que cela dure. Les Américains, qui ont pourtant d’autres chats à fouetter, s’en sont émus. A propos de leur propre dette, ce sont d’ailleurs les Chinois qui en ont fait autant.

Allemands d’un côté, BCE de l’autre, la configuration n’était pas attendue, mais ce qui les oppose est tenace… Ils jouent à un jeu où il y a beaucoup à perdre, sans que l’on sache si cela signifie de leur part beaucoup de sang froid ou une forte dose d’inconscience. L’enjeu politique des Allemands est cerné, les cartes que tient dans les mains Jean-Claude Trichet sont plus biseautées.

Aujourd’hui, c’est le quotidien slovaque Hosporaske Noviny qu’il avait choisi pour prononcer une enième mise en garde à propos des risques d’un défaut, sélectif ou non (partiel). Mais comment croire en même temps à l’apocalypse qu’il prédit et aux résultats presque anodins des stress tests des banques ?

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L'actualité de la crise : LES JOURS LES PLUS LONGS, par François Leclerc

Billet invité.

Vers 16 heures, les taux obligataires grecs à 10 ans avaient encore grimpé en flèche, à 17,727%, les espagnols à 6,250% et les italiens à 5,909% (après avoir franchi la barre des 6% quelque temps). Sur les places boursières, les valeurs financières subissaient le contrecoup des stress tests de vendredi dernier, qui se révèlent comme prévu un coup d’épée dans l’eau.

La Société Générale accusait un plus bas à -4,90% et Deutsche Bank frôlait les -3%. Les britanniques perdaient plus de 3% et les italiennes s’effondraient  : Intesa Sanpaolo perd -6,32% et Unicrédit -5,29%.

Les jours vont être longs d’ici au sommet européen de jeudi prochain, consigne étant donnée par Jean-Claude Trichet, jamais plus à l’aise que dans son rôle de père fouettard, d’améliorer « la discipline verbale » (sic).

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L'actualité de la crise : PLACES COMBLES, par François Leclerc

Billet invité.

Les indignés font place comble quand ils s’y mettent. A deux bouts de l’Europe, place Syndagma à Athènes, et à la Puerta del Sol à Madrid, une immense foule de tous âges s’est rassemblée ce soir. Les Espagnols ne sont plus seuls, ils ont fait modèle, ce qui n’était pas assuré.

Des dizaines de milliers d’Athéniens (et d’habitants du Pirée tout proche) manifestent devant une gigantesque banderole qui proclame « La plus grande violence est la pauvreté ». Des concerts d’armes par destination de 3ème catégorie (les casseroles à Barcelone), alternent avec des rafales de sifflet, pour réclamer « une vraie démocratie ».

Suivant la consigne « Toma los barrios ! » (Investis les quartiers), les indignés madrilènes avaient organisé samedi plus de 150 assemblées locales dans les quartiers de la ville, dont les représentants rapportaient cet après-midi sur la Puerta del Sol, en attendant que soient décidées ce soir les modalités des suites à donner à l’acapamento. Ces assemblées locales devraient continuer à se réunir une fois par semaine, élargissant la base de la mobilisation et la structurant.

Sur la place du Rossio à Lisbonne, avec comme mots d’ordre « A bas la dictature financière ! », « FMI dehors ! » et « Démocratie réelle maintenant », les jeunes Portugais tentent à leur tour de relancer leur mouvement qui avait été en réalité précurseur, le 12 mars dernier à l’initiative de la « génération galère ».

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L'actualité de la crise : ESTAMOS PENSANDO…, par François Leclerc

Billet invité.

«  Maintenant, nous sommes illégaux ! » ont scandé les quelques 28.000 madrilènes (selon la police), présents sur la Puerta del Sol et dans les rues avoisinantes vendredi alors que sonnaient les douze coups de minuit, avant de lancer comme annoncé un « cri muet », la bouche barrée d’un scotch.

Samedi matin, des centaines de manifestants se réveillaient sous les bâches tendues, après avoir discuté et joué de la musique jusque tard dans la nuit.

Y faisant écho, des dizaines de milliers d’Espagnols avaient répondu à la clameur de l’Acapamento del Sol dans d’innombrables villes d’Espagne, de Vigo en Galice, à Bilbao au Pays Basque et Barcelone en Catalogne, où la protestation s’amplifiait.

Répondant à un autre appel, celui des autorités qui manifestaient leur intention de faire preuve de « compréhension », les forces de police continuaient de se faire discrètes, en dépit de l’interdiction formulée par la Commission électorale.

« Estamos pensando » (nous pensons) ont également scandé les manifestants de la Puerta del Sol, tournant en dérision la vocation officielle de ce week-end électoral destiné à la réflexion… Elle est aujourd’hui stimulée par un programme prévoyant un concert, des ateliers de clowns et des musiciens des rues, pour ne pas donner de prétexte à une intervention et préparer le rendez-vous de lundi.

Il devrait y du monde, ce soir !

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L'actualité de la crise : L'ACAMPADA DEL SOL, par François Leclerc

Billet invité.

En énumérant dans sa causerie du vendredi la succession ininterrompue d’événements que nous traversons, si divers dans leur nature mais ayant en commun de nous surprendre, Paul Jorion a eu raison de dire que leur vision panoramique mettait en évidence l’importance du grand tournant en cours. Que reste-t-il ensuite à faire, sinon à les suivre et tenter de les comprendre ?

La Puerta del Sol est à son tour devenue le centre de l’attention. A la manière de l’occupation de la place Tahrir du Caire, la place historique des grandes manifestations est depuis mardi dernier le village ou le campement des jeunes madrilènes, l’acampada del Sol. Bravant la pluie et le soleil, ou le manque de sommeil, des milliers d’entre eux y campent comme ils peuvent et s’organisent, ne manquant pas de faire résonner de vieux souvenirs dans la tête des anciens occupants de la Sorbonne. Cuisine, infirmerie, bureau des objets trouvés, service juridique, cordon de sécurité, panneaux affichant les besoins, toiles de tente tendues et matelas, rien ne manque aux manifestants organisés en commissions d’organisation ouvertes à toutes et à tous à la faveur d’appels au volontariat au mégaphone.

Des modérateurs animent des débats animés et sans fin dans des petits groupes, comme cela a été le cas à Barcelone sur les Ramblas, quand Franco est mort, sur le Rossio de Lisbonne, quand les militaires ont fait chuter la dictature, sur la place Omonia à Athènes, quand les colonels sont tombés… On n’en finirait pas.

Les besoins essentiels sont couverts, la solidarité aidant. Celle des habitants et des commerçants, dont certains viennent de loin pour apporter leur soutien matériel, car l’argent n’est pas accepté. D’autres visites aussi sont enregistrées. Non seulement celles de familles qui viennent au grand complet, mais aussi de personnes âgées, qui tiennent à en être aussi, pour encourager la jeunesse et en souvenir de leurs propres luttes contre une dictature qui pour ne pas être aussi crûment celle de l’argent n’en était pas moins féroce. Citée par El Pais, une vieille dame de 70 ans a déclaré dans la journée d’hier à la journaliste : « Cela fait longtemps que les jeunes n’ont pas bougé. Cela aurait dû arriver depuis longtemps, et je suis émue. A mon époque, c’était plus difficile parce que nous avions Franco, aujourd’hui ce n’est pas facile non plus. » 

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