L'actualité de la crise : PLUS ON AVANCE, MOINS ON SAIT QUOI FAIRE, par François Leclerc

Billet invité.

Tenir une simple liste des discussions entamées et laissées en suspens, pour ne pas parler des mises à jour de dossiers, est une tâche qui de jour en jour s’alourdit. Sans aller chercher jusqu’aux Etats-Unis, où la lancinante question de la réduction du déficit fédéral n’est pas près de trouver une réponse, imposant dans l’immédiat au Congrès de relever le plafond autorisé de la dette publique, l’Europe n’est pas mal pourvue sur ce chapitre.

Il en ressort, pour en faire la synthèse, que plus on avance, moins on sait quoi faire.

L’émission des euro-obligations, que l’on croyait pour un temps enterrée, a déjà rejailli à Paris, à l’occasion d’une visite jeudi de Georgios Papandréou, le premier ministre grec. Prudemment, il a avancé qu’il faut utiliser « tous les outils possibles de la boîte à outils », après avoir affirmé en décembre dernier vouloir contribuer à réunir un million de signatures d’Européens en sa faveur. Il s’inscrivait alors dans le cadre de L’initiative citoyenne européenne, qui permet selon le Traité de Lisbonne de saisir la Commission européenne. A l’occasion du démarrage de la présidence de l’Union européenne par la Hongrie, son ministre des finances György Matolcsy a immédiatement pris le relais depuis Budapest. Parlant des euro-obligations, il a pronostiqué : « Je l’exclurais aisément pour d’ici à la fin de l’année. Mais, d’ici à 2013 ou d’ici au milieu de la décennie, je suis très optimiste quant à l’issue finale : nous aurons certainement des nouveaux instruments financiers comme les euro-obligations ».

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L'actualité de la crise : DEGRÉ ZÉRO DE LA RÉGULATION, par François Leclerc

Billet invité.

Constater que l’actualité est faite de dominantes écrasantes, mais en contrepartie éphémères, est d’une grande banalité. En l’espace de quelques jours, les projecteurs sont braqués sur un événement, vite délaissé puis oublié.

Il en est ainsi de la guerre des monnaies, des tensions extrêmes du marché obligataire européen, qui ont tous deux provisoirement disparu des manchettes, ou de la spéculation sur les prix des matières premières, dûment annoncée en son temps.

A ne pas en douter, la guerre des monnaies n’est pourtant pas terminée, en dépit du silence qui l’entoure. C’est en Amérique Latine qu’elle suscite actuellement des contre-offensives en série. La banque centrale chilienne va acheter 12 milliards de dollars pour tenter de lutter contre l’appréciation du peso et défendre ainsi ses exportations. Depuis octobre dernier, la Colombie l’avait précédée en achetant 20 millions de dollars par jour, afin de limiter l’appréciation du peso colombien. Guido Mantega, le ministre brésilien des finances reconduit par Dilma Roussef, a pour sa part affirmé que celle-ci ne permettrait pas que « le dollar fonde » face au réal, sans encore préciser les mesures qui pourraient être prises. En sept ans, la valeur du réal a doublé par rapport au dollar.

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Hors série : D'ÉTRANGES BIBLIOTHEQUES, par François Leclerc

Billet invité.

Signe de leur prochaine disparition annoncée, ou au contraire de leur valeur renouvelée, les livres connaissent ces temps-ci d’étranges aventures. A Varsovie, un bouquiniste a créé un « Cimetière des livres oubliés », tandis qu’à Vienne, en Autriche, un artiste vient d’implanter en pleine ville des « armoires à livres ».

Le premier, Waldemar Szatanek, a puisé son inspiration – en l’adaptant – dans un époustouflant roman de Carlos Ruiz, « L’ombre du vent ». Dans sa boutique, on peut contre un droit d’entrée de 30 zlotys (environ 7 euros) venir choisir et emporter autant de livres que l’on peut en emporter. Les étudiants et les retraités ont un tarif réduit. Un grand et solide sac est remis à l’entrée à cet effet, mais il n’est pas interdit d’apporter ses cartons.

L’idée est de sauver les livres jetés ou laissés pour compte d’une fin atroce à la décharge publique. A Varsovie, plus de 100.000 livres par an sont recyclés en papier ou envoyés à la décharge. Plus de 2.000 livres, tous genres confondus, trouveraient ainsi quotidiennement de nouveaux lecteurs, on n’ose pas dire propriétaires.

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L'actualité de la crise : LA VALSE DES MILLIARDS, par François Leclerc

Billet invité.

Faut-il s’atteler à l’écriture du scénario de la crise européenne en 2011 ? C’est bien entendu illusoire, car on ne sait jamais à l’avance comment un château de cartes va s’écrouler. Par contre, mettre en place pour 2013 un échafaudage permanent, afin de remplacer le provisoire, c’est faire un calcul qui a toutes les chances de se révéler faux.

Si l’expression n’était pas usée, on dirait que 2011 va être une nouvelle année de tous les dangers.

Car d’autres calculs plus prévisibles risquent en effet d’imposer leurs effets, une fois considéré dans son ensemble le marché obligataire, sur lequel viennent se financer à la fois les Etats, les banques et les grandes entreprises. L’addition cumulée des besoins de tous est chargée et l’on va se bousculer au portillon.

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L'actualité de la crise : THE CITY, FOR EVER !, par François Leclerc

Billet invité.

Pas de conte pour Noël et pas de bonnes résolutions pour le Nouvel An ! Tout au plus aurait-il pu être fait appel à Dickens et à son personnage détestable de Mr Scrooge, dans A Chrismas Carol, pour dépeindre la vision du monde des milieux financiers, mais Martin Wolf a déjà utilisé le procédé dans sa dernière et féroce chronique du Financial Times.

Abandonner la fiction et redescendre sur terre s’impose, d’autant plus que l’actualité – comme nous nous y sommes accoutumés au fil des ans – fournit une ample et édifiante matière à commentaire. La City de Londres est ainsi le théâtre d’une histoire exemplaire, ses représentants du haut du panier feraillant avec acharnement contre les projets de la coalition gouvernementale formée par les Tories et les LibDem, ce qui est tout de même un peu surprenant, indeed ! Faut-il que la période soit pleine d’imprévus…

L’affaire s’est mal engagée à propos des bonus, thème choisi pour faire passer la pilule, en raison de sa forte portée symbolique en ces temps d’austérité non partagée. Puis elle s’est poursuivie sur un sujet moins grand public, mais à plus forte répercussion : l’éventualité d’une séparation entre les activités risquées et traditionnelles des banques. Une commission ayant été mise en place par le gouvernement pour l’étudier, ce qui semble déjà être en soi intolérable pour ces messieurs.

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L'actualité de la crise : NOUS N'EN AVONS PAS FINI, par François Leclerc

Billet invité.

On ne lit jamais assez les études de l’Institute of International Finance (IIF), toujours cité dans la presse en précisant qu’il s’agit du lobby des mégabanques, basé à Washington. Au moins, ces gens savent ce dont ils parlent, même s’ils ne le disent pas toujours publiquement, et nous savons alors de quel point de vue.

Dans le vaste monde sinistré du crédit hypothécaire, un secteur particulier est réservé à l’immobilier commercial, celui qui finance les galeries commerciales et les immeubles de bureaux. Dans le Financial Times, Gillian Tett apporte un nouvel éclairage à son propos, en s’appuyant notamment sur des données de l’IFF.

Ce secteur avait déjà soulevé de fortes inquiétudes, puis celles-ci avaient disparu des colonnes de la presse économique et financière. Pour rejaillir il y a peu. Selon les estimations de l’IFF, la valeur des prêts hypothécaires commerciaux en situation de défaut est en effet passée de mars 2008 à mars 2010 de 25 milliards à 375 milliards de dollars, toutes banques confondues.

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L'actualité de la crise : UNE PATATE TOUJOURS AUSSI CHAUDE, par François Leclerc

Billet invité.

Que réserve l’année qui vient à l’Europe ? Oser un pronostic a-t-il un sens dans un domaine où ils sont si souvent déjoués pour être si arrangeants ? A première vue, les regards sont tournés vers le sort qui va être réservé aux maillons faibles de la chaîne, déjà identifiés : le Portugal et l’Espagne, l’Italie et la Belgique. Avec pour thermomètre l’évolution de leurs taux obligataires, sans même attendre le début de l’année (1). Ainsi qu’en direction des Allemands et Français et de leurs laborieuses tentatives de colmater les brèches au fur et à mesure qu’elles apparaissent, à propos desquelles un coin du voile sera sauf retard levé dès janvier.

Pourtant, rien ne rend inexorable la continuation de la crise européenne, tout du moins sous la forme qu’elle a empruntée pour débuter. Un soudain élargissement de la zone des tempêtes est tout autant possible que la poursuite d’une situation profondément incertaine, la première hypothèse restant toujours probable. La crise n’en sera pas finie pour autant dans sa dimension européenne, sa dynamique pouvant emprunter plusieurs chemins, aucun n’aboutissant à sa solution. Voilà ce qui peut être prédit, en toute confiance si l’on ose dire.

Le même cortège de mots magiques et utilisés à tout propos va accompagner ses prochains épisodes : réduction de la dette, défaut et restructuration, compétitivité, croissance et récession, inflation et dévaluation. Les uns appelés à la rescousse en pure perte, sans trop s’appesantir sur ce qu’ils recouvrent réellement, les autres brandis comme autant de menaçants épouvantails, qu’il suffirait d’agiter. Sans plus de résultat dans les deux cas.

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CE SONT TOUJOURS LES MEILLEURS, ETC., par François Leclerc

Billet invité

Billy Taylor était, parmi plus de trois cent titres, l’auteur de « I wish I knew how it would feel to be free » (J’aimerais ressentir ce qu’être libre veut dire), devenu l’hymne officieux du mouvement pour les libertés civiles des années 60. En 1965, il avait fondé « Jazzmobile », pour lequel ont joué de nombreux grands musiciens dans les rues des quartiers pauvres de New York.

Mort à New York, le 28 décembre 2010.

L'actualité de la crise : MANQUE DE RESSOURCES, par François Leclerc

Billet invité

Le silence peut parfois être plus inquiétant qu’autre chose. C’est le cas en Europe, où nous sommes loin d’en avoir fini. La fin de l’année est une occasion choisie par les médias pour faire le point, amenant son lot de rétrospectives.

Revenant sur la fameuse promenade d’Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy sur les planches de Deauville, le 18 octobre dernier, les journalistes du Wall Street Journal viennent de mettre en perspective l’épisode irlandais de la crise européenne et la mise en scène pour les médias de leurs pas de deux. Ils relatent la tentative très politique et maladroite des deux dirigeants européens de maîtriser des événements qui leur échappent des doigts et les poussent à agir. Sous la forme de ce qu’ils savent faire le mieux : passer un compromis. Sans voir plus loin, convaincus une fois de plus que le pouvoir qu’ils expriment sera suffisant.

De quoi est alors fait ce deal, que l’on leur reprochera d’avoir passé à la sauvette et imposé aux autres ? D’un nouveau montage destiné à financer les pays touchés par la tempête, qui prévoit de renouveler et rendre permanent un dispositif de stabilisation financière initialement prévu comme provisoire. De soulager un peu la pression sur les Etats, afin qu’ils réduisent la voilure de leurs déficits, en faisant passer à la trappe l’automaticité des sanctions frappant les réfractaires, mesure souhaitée par les Allemands. Et de faire passer à la caisse les banques européennes, principales créancières des Etats.

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L'actualité de la crise : LA ROUTE EST LONGUE, TRÈS LONGUE…, par François Leclerc

Billet invité.

Quelqu’un a-t-il une idée du temps que tout cela va encore durer ?

Il semble que non, puisque plus personne ne se hasarde à dire « je vois les jeunes et tendres pousses vertes de la croissance revenue » et que le meilleur discours sur la crise consiste dorénavant à ne plus en avoir. En l’escamotant, ou en la présentant sous le nouveau jour de l’apocalyptique dette publique. En montant en épingle d’autres catastrophes imprévues, comme de redoutables épisodes neigeux en plein hiver, à moins qu’un médicament et un laboratoire ne fassent scandale parce qu’ils tuent, sans qu’aucune responsabilité ne soit – prenons en les paris – jamais établie.

Il fallait fureter dans les pages intérieures du Wall Street Journal, en bas de colonne, pour trouver ce matin « une intéressante information » apportant un début de réponse à cette question. La mégabanque Crédit Suisse vient de vendre un paquet d’actifs pourris à un hedge-fund dénommé Apollo, dans des conditions et un contexte qui méritent d’aller y voir de plus près. Car elle va sortir de son bilan 2,8 milliards de dollars d’actifs hypothécaires pour les vendre 1,2 milliards de dollars, soit après une décote de tout de même 58%.

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