L'actualité de la crise: grands mystères et petites découvertes, par François Leclerc

Billet invité.

GRANDS MYSTERES ET PETITES DECOUVERTES

La période est aux grandes découvertes, mais elles ne sont pas exaltantes. Car elles ne sont pas faites dans le domaine scientifique, mais dans celui de la finance. Tout un monde jusqu’alors méconnu est devenu, par pans entiers et pour peu que l’on s’y consacre, presque à notre portée, perdant ainsi une partie de ses mystères, gardant toutefois encore beaucoup de ses zones obscures. A la faveur de la crise, il a fallu en profiter, la porte vers ce quasi univers si peu exploré s’est un peu entre-baillée, les langues se sont parfois déliées, tandis que la ferveur avec laquelle les croyances qui tenaient lieu de pensée économique dominante a nettement faibli. Car les grands mystères et les petites croyances ont toujours été de pair.

Tout un chemin a été accompli, mais pas jusqu’au bout. Les chroniqueurs, qu’ils se consacrent à la bourse ou aux marchés des matières premières, continuent ainsi de tenter de nous expliquer les variations des cours grâce aux fondamentaux de l’économie, ainsi qu’en vertu de la loi de l’offre et de la demande, n’abordant que rarement les rivages marécageux de la spéculation financière, affichant une superbe indifférence à l’égard des instruments financiers modernes et de leurs effets. Négligeant le plus souvent les volumes des transactions, pas moins significatifs que les indices. Privilégiant ces derniers, s’agissant de la bourse des valeurs, alors qu’ils ne reflètent que la valorisation des actions des plus grandes entreprises.

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L'actualité de la crise: L'invraisemblable désinvolture, par François Leclerc

Billet invité.

L’INVRAISEMBLABLE DESINVOLTURE

Le capitalisme, déjà mis en cause pour sa logique financière dont le bilan des conséquences reste à faire, ainsi que pour sa contribution à l’utilisation irraisonnée des ressources de la planète, pour ne pas parler de celle au réchauffement de son atmosphère aux effets imprévisibles, est-il ou non en premier lieu responsable de l’impressionnante addition de ces méfaits, dont la liste s’allonge ? Si la réponse devait être affirmative – poser la question n’est pas y répondre pour les autres – il serait alors vraiment urgent de changer de modèle de société, sans attendre qu’il ne s’effondre de lui-même, sur nous, ou bien qu’il se réforme et s’amende, ce dont il ne donne pas de signal extrêmement convaincant.

S’il était décidé de lui donner une dernière chance, dans un accès d’insouciance ou bien d’inconscience, pourrait-il lui être proposé de régler un autre petit problème, dont on va parler à l’occasion de la Conférence de la FAO qui débute demain à Rome ? Jacques Diouf, secrétaire général de la FAO, vient d’effectuer une grève de la faim symbolique de 24 heures, rejoint a-t-il été annoncé par Ban-Ki Moon, le secrétaire général de l’ONU. Il a estimé que la production agricole devait augmenter de 70% d’ici 2050 et demandé aux Chefs d’Etats des engagements et du concret (ceux du G8 devraient briller par leur absence). « Les pauvres ne peuvent pas se nourrir de promesses », a répondu Francisco Sarmento, de l’ONG ActionAid. Car, pour la première fois, nous avons dépassé le cap du milliard d’êtres humains officiellement frappés de malnutrition. Les discours sur le recul de la pauvreté et de famine ne sont plus de circonstance et ne sont d’ailleurs même plus prononcés. Nous sommes également placés devant la perspective d’alimenter en 2050 (dans une génération et demie) les 9 milliards d’habitants que la terre devrait alors compter. Au regard de ce que nous constatons déjà, de la pitoyable comédie de la régulation financière qui nous est jouée, ainsi que de l’échec annoncé du sommet de Copenhague sur le réchauffement climatique, que l’on tente de camoufler au dernier moment, est-ce qu’un tel pari de notre part serait très responsable ? Et pourtant…

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L'actualité de la crise: la mauvaise herbe, par François Leclerc

Billet invité.

LA MAUVAISE HERBE

Est-il possible de réguler le système financier ? Poser la question ainsi, c’est déjà faire un choix. Réguler ou bien réglementer ? Le premier terme s’est imposé dans le langage courant, traduisant une certaine ambiguïté à propos de la nature des mesures qui devraient être prises. Exprimant même une préférence implicite en faveur d’un mécanisme de contrôle, d’un réglage du fonctionnement de la finance. Et non pas de l’établissement d’un ensemble de règles visant à strictement l’encadrer. En effet, la régulation vise à instaurer un équilibre, la réglementation assujettit à des contraintes.

Le distinguo, il est vrai, peut apparaître superflu, car il semble que ni l’une ni l’autre ne puissent véritablement intervenir. Alors, à quoi bon ! Mais il a le mérite d’éviter de se perdre dans les arcanes d’un ouvrage sans cesse remis sur la métier parce que sans cesse défectueux, comme si sa réalisation, la régulation du système financier, était une mission impossible. Or, nous y sommes bel et bien plongés dans ce dédale et devons faire appel à chaque instant à ce fameux diable qui gère les détails, dans lesquels il contribue à nous perdre et à nous embrouiller. Un diable qui, a bien le regarder, n’est qu’une créature au service de ses maîtres de la finance. Plus on avance dans la compréhension des produits et des mécanismes complexes qu’il faudrait encadrer, plus on comprend que la tâche est illusoire. Pour reprendre une image déjà employée, plus on doit admettre que le sarcophage aura inévitablement des trous et ne remplira donc pas son office.

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L'actualité de la crise: l'introuvable régulation systémique, par François Leclerc

Billet invité.

L’INTROUVABLE REGULATION SYSTEMIQUE

A Washington, un deuxième coup vient d’être frappé annonçant l’entrée en scène la future régulation financière, sans que l’on sache par quoi il sera suivi. Le sénateur démocrate Chris Dodd, en charge de la commission bancaire, vient de rendre public un nouveau projet de loi, allant dans le sens durcissement, celui proposé par l’administration Obama déjà en cours d’amendement au sein de la commission des finances de la Chambre des représentants présidée par Barney Franck. Avant même que les 1.136 pages du projet Dodd aient pu être épluchées et leurs nouveautés inventoriées, il en est immédiatement ressorti que la Fed était dans le collimateur. Laissant croire que ce nouvel épisode pouvait se résumer à une lutte de pouvoir au sein de la myriade des institutions et agences gouvernementales chargées de la régulation financière sous tous ses aspects. Ou bien à l’expression d’une tentative du sénateur Dodd de préparer sa réélection de l’an prochain, qui s’annonce difficile, en prenant la tête du mouvement d’opposition à la Fed, qui cristallise le profond ressentiment qui se manifeste dans l’opinion publique vis-à-vis des banques.

Sans doute ne faut-il pas s’en tenir à ces deux explications. Non pas qu’elles soient fausses, mais parce qu’elles éludent la véritable dimension de ce débat, qui vient de rebondir encore. La régulation financière, cette question pourtant si technique (telle qu’elle est présentée et étudiée), suscite en effet de fortes prises de position qui viennent de toutes parts. Des rangs des républicains et des libertariens, très en pointe dans la mobilisation de l’opinion publique et des membres du Congrès, mais également chez les démocrates, insatisfaits du cours des événements, notamment dans l’appareil syndical. Mais cette dimension politique-là, à son tour, doit être dépassée, si l’on veut bien comprendre la pièce qui est en train d’être jouée. La fausse piste de la régulation systémique se révèle, en réalité, dans toute sa splendeur. Car à peine des mesures sont elles envisagées, pesées et soupesées, qu’elles sont déjà dépassées dans le cours des débats et polémiques par les objections qu’elles soulèvent, par les problèmes qu’elles ne règlent pas. D’autant que la poursuite de la crise, dont il est de plus en plus clair que la reprise n’en sonne pas la fin comme espéré, quand bien même elle se préciserait enfin, exacerbe ces mêmes discussions. Amenant certains des acteurs majeurs de la partie à prendre des prises de position inattendues, pris dans ce qu’ils ressentent être des sables mouvants qui les entraînent vers le fond.

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L'actualité de la crise: la nouvelle gouvernance financière et comment y échapper, par François Leclerc

Billet invité.

LA NOUVELLE GOUVERNANCE FINANCIERE ET COMMENT Y ECHAPPER

Deux crises mondiales simultanées connaissent actuellement le même sort : elles restent totalement irrésolues par ceux qui, de par le monde, ont en charge la tâche de gouverner, car ils se révèlent incapables d’y faire face, ce qu’ils parviennent difficilement à masquer. Celle qui résulte de l’effondrement de la finance moderne, cet avatar parasitaire du capitalisme qui le détruit, ainsi que celle qui provient d’une activité économique non contrôlée, induisant le réchauffement de l’atmosphère et l’exploitation irrationnelle des ressources de la planète. Nous verrons plus précisément ce qu’il en est de la seconde, à l’occasion de la prochaine conférence de Copenhague.

Mais, dans ces conditions, ne faut-il pas raisonnablement en convenir, la question est de moins en moins de savoir si ces mêmes gouvernants vont être capables de juguler ces crises, et de plus en plus de comprendre comment ils pourraient être remplacés, par qui et pour quoi faire ?

Ce que la situation actuelle a de particulier et nouveau, d’un point de vue historique, c’est qu’il n’y a pas de réelle échappatoire devant les échéances de ces deux crises. L’une et l’autre appellent des réponses radicales, qui en réalité semblent bien impliquer que le cercle du capitalisme soit brisé, puisqu’il y fait si résolument obstacle. Nous croyons en tout cas l’observer.

Ce qui n’est pas nouveau, par contre, en ces temps de célébration de la chute du mur de Berlin et d’écroulement du système se réclamant du communisme (la Chine ayant fait chambre à part, à peine sa révolution accomplie), c’est qu’il semble que les systèmes s’effondrent finalement d’eux-mêmes, sous le poids et l’effet de leurs propres contradictions. Non sans créer une certaine surprise, chez ceux qui font partie du spectacle comme ceux qui le contemplent. Après avoir été considérés comme intouchables, intangibles, indéboulonnables. Or, les idoles vacillent, les dévots se font tout petits, les croyances et les certitudes deviennent discrètes et sont en recul. Les appareils institutionnels, à la fin de l’envoi, s’écroulent brutalement. Nous en avons été témoins avec la chute de l’Empire soviétique, nous pourrions penser que nous vivons également un même processus, dans le cadre de la crise du capitalisme financier.

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L'actualité de la crise: une désillusion massive, par François Leclerc

Billet invité.

UNE DESILLUSION MASSIVE

Le capitalisme est irrémédiablement défectueux et l’avènement d’un nouveau modèle est nécessaire pour 23 % des personnes sondées, selon une enquête commandé par la radio Britannique BBC World Service auprès de 29.000 personnes dans 27 pays. Ce sont les Français qui sont les plus catégoriques à ce propos (43%), devançant les Mexicains (38%) et les Brésiliens (35%).

Une majorité se dégage par ailleurs dans 17 des 27 pays concernés pour demander une plus grande régulation financière, afin de corriger les défaillances du système. Dans le peloton de tête: les Brésiliens (87%), les Chiliens (84%), les Français (76%), les Espagnols (73%) et les Chinois (71%). Seuls 11% des sondés estiment que le capitalisme fonctionne correctement.

James Robbins, le correspondant diplomatique de BBC News, estime dans son commentaire que, lorsque le mur de Berlin chuta en 1989, « il a semblé qu’il s’agissait d’une victoire écrasante du capitalisme de libre entreprise (free-market capitalism). Vingt ans après, ce sondage mondial suggère que la confiance dans la libre entreprise vient de subir un sacré coup au cours des douze derniers mois de crise économique et financière ».

Il continue ainsi : « Dans seulement deux pays, les Etats-Unis et le Pakistan, plus d’un cinquième (des personnes interrogées) estiment que le capitalisme fonctionne comme il le devrait. Presque un quart, 23% des réponses, considère qu’il a subi un coup fatal… Et il existe un soutien très fort dans le monde entier à l’idée que les gouvernements devraient distribuer la richesse de manière plus équitable. C’est soutenu par une majorité dans 22 des 27 pays. S’il y a un sujet à propos duquel un consensus semble émerger selon ce sondage c’est celui-ci : il y a une majorité, à peu près partout, pour demander aux gouvernements d’être plus actifs en matière de régulation des affaires. »

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L'actualité de la crise: l'enjeu de la taxe financière, par François Leclerc

Billet invité.

L’ENJEU DE LA TAXE FINANCIERE

Le feuilleton de la taxation du système financier ne fait que commencer, le débat venant d’être relancé par les Britanniques, à l’occasion du dernier G20 finances. D’ores et déjà, deux rendez-vous institutionnels sont fixés : le prochain G20 finances d’avril et le sommet des chefs d’Etat de juin prochain au Canada. Mais ceux-ci ne feront qu’entériner des compromis gouvernementaux, dont le FMI cherche à être le maître d’oeuvre (avec le clair danger que la montagne accouche d’une souris), alors que l’opinion publique pourrait d’ici là imprimer sa marque et jouer les gêneurs, la sortie de crise toujours pas en vue.

Ce dossier présente toutefois une grande ambivalence. D’un côté, son émergence au premier plan de l’actualité reflète une évidence largement ressentie dans les opinions publiques : les banques doivent payer pour leurs turpitudes. De l’autre, elle sanctionne une terrible évidence qu’il s’agit de faire passer dans les esprits : puisqu’il est acquis que la régulation sera très limitée et qu’une autre crise financière majeure est donc inéluctable, il vaut mieux s’y préparer des maintenant.

Dominique Strauss-Kahn n’a pas évoqué autrement le projet sur lequel le FMI travaille. Un « compromis » selon ses propres termes, au cas où les gouvernements ne s’engageraient pas dans une régulation efficace (en réalité introuvable, vu les termes dans lesquelles elle est posée). Les partisans d’une taxation, qui laissent la porte ouverte au choix de ses modalités et nous préparent ainsi à ce que des choix à la portée symbolique restreinte soient finalement pris, n’envisagent d’ailleurs celle-ci que dans le cadre d’un triptyque dont on risque de beaucoup entendre parler : recapitalisation des banques, adoption de dispositions « testamentaires » pour leur éventuel démantèlement et taxation (qu’ils préfèrent appeler « prélèvement », ou même mieux « auto-assurance », un terme qui a toutes les chances de faire florès).

Il est à craindre que chacun de ses trois volets, au terme de longues et discrètes élaborations et de négociations, se réduisent comme des peaux de chagrin et ne soient que des paravents destinés à masquer non pas la misère pour une fois, mais une richesse non partagée. Jusqu’au jour où…

Si on les prend un par un, voila ce que cela donne. Premièrement, le principe même d’une recapitalisation des banques qui ferait obstacle à leur faillite se heurte à l’impossibilité pratique de mesurer les risques financiers qu’elles prennent, dans un monde dominé par une très grande opacité. Des exigences drastiques sur la nature de ces fonds propres devraient être adoptées, cela n’en prend pas nécessairement le chemin, affaiblissant d’autant la portée de cette mesure.

Deuxièmement, le « testament » que les banques doivent préparer au cas où apparaît comme une mesure un peu obscure, qui l’est moins quand on voit comment la faillite de Lehman Brother est là pour pratiquement démontrer qu’il y a des écheveaux financiers indémêlables, en raison de la nature et de la complexité des produits « structurés », qui portent de ce point de vue très mal leur nom. Cette mesure est également largement illusoire, car elle bute tout aussi bien sur l’absence de transparence du système financier, dont le caractère « fantôme » n’est pas accessoire mais au coeur même de son fonctionnement.

Troisième volet, la taxe. Tout est possible dans ce dossier, mais il est déjà clair que son rendement ne pourra pas être, telle qu’elle est envisagée, à la hauteur des enjeux auxquels elle prétend faire face. L’adoption d’un tel dispositif, dans son principe, aurait pour origine une vérité qui s’est imposée au cours de cette crise : le sauvetage du système financier n’est plus dans les moyens des Etats, vu son ampleur. Les programmes que ceux-ci ont engagés avec le concours des banques centrales, à qui l’on fait jouer un rôle dépassant totalement leurs prérogatives, déséquilibrent déjà totalement les finances des Etats et pourraient demain en faire autant des banques centrales, dont les bilans enflent démesurément sous le poids des actifs à la valeur douteuse qu’elles acceptent, devenues de « bad banks » (des structures de défaisance) par défaut, sans le reconnaître. Mais les taux qui sont évoqués, s’il devait s’agir d’une taxe sur les transactions financières, sont dérisoires : on parle de 0,005% (la taxe Tobin était de 0,1 à 0,25%). Il est par ailleurs bien peu probable que ce type de taxe sur les transactions, sans même parler de son rendement, soit adoptée. Et l’on va voir fleurir des « prélèvements » reposant sur des assiettes plus ou moins clarifiées, avec le danger même qu’un one shot (un prélèvement une fois pour toutes) soit au bout du compte décidé. Dans tous les cas, les « réserves » que l’on prétendra ainsi constituer ne seront pas à la hauteur des montants dont on sait qu’ils seront nécessaires pour financer la crise de demain.

A ce stade, un parallèle s’impose entre ce dossier et le projet de loi actuellement en discussion aux Etats-Unis à propos du financement par le système bancaire de ses propres défaillances. Les dispositions qui sont proposées ont toutes les chances d’induire l’obligation de rajouter au pot, le moment venu, en puisant dans les fonds publics, le « fonds » décidé par la loi ne pouvant suffire à la tâche. La formule des garanties publiques, largement utilisée au cours de cette crise et toujours en vigueur, sera difficilement évitable, a minima, reposant le problème de la surface financière insuffisante de ceux qui l’accordent, s’il arrivait malheur.

Toutes ces échappatoires, et d’autres encore certainement, ne feront au final qu’accroître un risque : celui que les mesures adoptées, à force que leur portée soit amoindrie, ne remplissent pas vis à vis des opinions publiques leur rôle, à savoir faire avaler la pilule d’une régulation qui n’en est pas une. Là est le véritable enjeu de ce débat au sommet et de son éventuelle appropriation par les opinions publiques.

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L'actualité de la crise: Allez, encore un énorme effort à accomplir !, par François Leclerc

Billet invité.

ALLEZ, ENCORE UN ENORME EFFORT A ACCOMPLIR !

Les responsables politiques continuent de tourner autour du pot de la taxation des transactions financières, tandis que les financiers, ou ceux qui en sont les plus proches, freinent des quatre fers. Mais comme rien ne se passe à l’arrivée, ce sont donc les seconds qui pour l’instant mènent encore la partie. Pour combien de temps ? Gordon Brown, le premier ministre britannique, s’invitant par surprise au G20 finances de St Andrews en Ecosse, vient à son tour d’admettre qu’une telle taxe pourrait être envisagée, à condition qu’elle soit appliquée au plan international. Elle devrait, selon lui, être « juste, mesurée, et permettre au système financier d’apporter sa nécessaire contribution à la future croissance économique ». Dans le cadre d’un « meilleur contrat social et économique qui reflète la responsabilité mondiale des institutions financières envers la société ». Il a ajouté : « Je ne sous-estime en rien les problèmes pratiques et techniques énormes et difficiles qu’il faudra surmonter, mais je ne pense pas que ces difficultés devraient nous empêcher de réfléchir d’urgence à ces questions ». Concluant ainsi : « Il n’est pas acceptable qu’un petit nombre récolte les bénéfices des réussites de ce secteur, et que son échec soit supporté par l’ensemble d’entre nous ». Dans les couloirs de la réunion, on apprenait que, dans l’esprit du premier ministre, toutes les transactions ainsi que les bénéfices des banques devraient être concernés par ce prélèvement, qui pourrait être d’un niveau modique, de l’ordre de 0,005 pour cent.

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L'actualité de la crise: la machine à faire des bulles, par François Leclerc

Billet invité.

LA MACHINE A FAIRE DES BULLES

Les ministres des finances du G20 se réunissent en Ecosse ce soir et demain, l’occasion de faire un nouveau point de la situation, pour eux comme pour nous ! En lever de rideau de la conférence, les commentaires vont bon train dans la presse à propos du climat particulièrement rude et pluvieux du lieu, présenté comme symbole d’importantes divergences présumées entre les participants, à défaut de pouvoir rendre compte de celles-ci.

Alistair Darling, Chancelier de l’Echiquier Britannique et hôte de la réunion, a pourtant donné une forte indication à ce propos, lançant en préalable à celle-ci un avertissement, à l’occasion d’une intervention sur TV Bloomberg. Il a estimé qu’il était nécessaire pour le G20 de disposer d’un moyen (non identifié par ses soins) pour lutter contre les bulles formées par l’augmentation du prix des actifs, avant qu’il ne soit trop tard et alors que l’économie récupère : « Nous ne devons pas nous retrouver dans une situation où la pression monte, puis devient de plus en plus forte, pour se conclure avec des conséquences catastrophiques ». Alors que les ministres s’apprêtaient à vainement discuter de la manière dont ils pourraient s’y prendre pour diminuer les efforts publics (et les déficits), Alistair Darling leur a rappelé qu’une autre question méritait tout autant leur attention, elle aussi sans solution immédiate.

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L'actualité de la crise: Les raisons de la colère, par François Leclerc

Billet invité.

LES RAISONS DE LA COLERE

Pour rebondir sur le dernier billet de Paul consacré au « naufrage du Titanic » et à la politique de Barack Obama, il n’est ni nécessaire de rappeler les chiffres du chômage, ni ceux de la consommation, ni ceux des expulsions de logements. Tous largement connus. Le Sénat venant d’adopter des mesures plus larges que prévues en vue de l’indemnisation plus longue des chômeurs, signe à la fois que les perspectives ne sont pas roses et que les mesures prises ne sont que des pis aller. Ce que vient d’annoncer aujourd’hui le Wall Street Journal, la prévisible explosion des bonus en 2009 dans le secteur de la banque d’investissement, ne va pas manquer d’encore exacerber les réactions des Américains si cela se confirme en fin d’année, mais aussi d’amplifier les tentatives de récupération politique douteuse de leur colère.

Cela justifie de revenir sur l’audition organisée jeudi dernier à Washington par la Commission des finances de la Chambre des représentants, à propos du nouveau projet de « loi d’amélioration de la stabilité financière », qui a pour objectif de définir un mécanisme permettant d’éviter que les fonds publics soient à nouveau mis à contribution, en cas de faillite d’une institution TBTF (toot big to fail). A cette occasion, les interventions sont parties dans tous les sens, le projet en discussion critiqué de tous les horizons, républicains de toutes obédiences et même démocrates, annonçant des débats qui ne vont pas être simples et rendant difficile d’en déterminer l’issue. Après la situation financière, puis économique et sociale, c’est la situation politique qui risque de devenir à son tour peu contrôlée, si cette audition préfigure les débats du Congrès.

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