L'actualité de la crise: des taxes très politiques aux résultats incertains, par François Leclerc

Billet invité.

DES TAXES TRES POLITIQUES AUX RESULTATS INCERTAINS

Il est soudainement beaucoup parlé de taxes en Europe – sur les bonus, ainsi que sur les transactions financières – tandis qu’aux Etats-Unis la loi instituant la réforme de la régulation financière subit les derniers assauts des membres de la Chambre des représentants, avant que les sénateurs ne prennent le relais, pour conclure à l’été 2010 sans doute. Les membres de la Chambre des représentants n’ayant pas – encore – la tête a discuter des taxes, le Sénat étant pour sa part en plein examen de la réforme de la santé.

Sans se décourager pour autant, reprenant son costume de franc-tireur, Gordon Brown, le premier ministre britannique, a pris l’initiative, comme il l’avait précédemment fait en annonçant les mesures de sauvetage initiales des banques britanniques, avant le premier G20 de Londres. Il s’efforce, semble-t-il avec succès, d’entraîner dans un premier temps toute l’Union européenne derrière lui à propos de la taxation des bonus (et non plus d’un appel à leur limitation), bénéficiant du ralliement dans la foulée de Nicolas Sarkozy et de celui, mais encore du bout des lèvres, d’une Angela Merckel qui rencontre à tout bout de champ des obstacles au sein de sa coalition gouvernementale.

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L'actualité de la crise: morceaux choisis, par François Leclerc

Billet invité.

MORCEAUX CHOISIS

Avec celle du Financial Times, la lecture du Wall Street Journal est incontournable à bien des égards, surtout lorsque l’on veut connaître l’opinion de la City ou de … Wall Street. On appelle d’ailleurs « le journal » ce dernier dans les milieux financiers américains. Encore ne faudrait-il pas être injuste avec les journalistes et les chroniqueurs qui y écrivent et peuvent procurer à leurs lecteurs des informations ainsi que des analyses indépendantes et de qualité. C’est selon. On y trouve aussi des pépites, souvent dans les éditoriaux, ou dans les « tribunes » accueillies dans leurs colonnes.

Burton G.Malkiel, professeur d’économie à Princeton et George U. Sauter, directeur général de Vanguard Group inc., viennent de s’associer pour rédiger une opinion, nous permettant d’en découvrir une nouvelle, et de belle taille.

A l’origine, un projet de loi intitulé « Let Wall Street Pay for the Restoration of Main Street Act » (faisons payer Wall Street pour la restauration du Main Street Act), déposé le 3 décembre dernier sur le bureau de la Chambre des représentants par un démocrate de l’Oregon, Peter DeFazio. Il est soutenu dans sa démarche par vingt-deux de ses collègues, des dizaines d’économistes (dont Paul Krugman), ainsi – est-il annoncé – que par un large panel d’investisseurs, d’organisations syndicales et d’associations de consommateurs. Le texte prévoit tout simplement de soumettre à une taxe pouvant aller, suivant les cas, jusqu’à 0,25%, les transactions sur la plupart des produits financiers, depuis les actions jusqu’aux CDS. Le sénateur Tom Harkin (démocrate de l’Iowa) a l’intention de déposer un projet similaire au Sénat. Il est estimé que 150 milliards de recettes annuelles pourraient résulter de la perception de cette taxe.

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L'actualité de la crise: le high frequency trading, expression de la modernité financière, par François Leclerc

Billet invité.

LE HIGH FREQUENCY TRADING,
EXPRESSION DE LA MODERNITE FINANCIERE

Ces mois de crise qui n’en finissent pas, et ne sont pas prêts de le faire, auront déjà été l’occasion de multiples et étonnantes découvertes. Non pas en raison de l’attitude de ses principaux acteurs – sans surprise, la plupart d’entre eux restant rigoureusement dans leur rôle – mais à cause de l’inventaire en cours des petites merveilles que contient la boîte à outils de la finance, désormais que son couvercle est un peu ouvert.

Il est devenu courant, parfois même dans les milieux bien-pensant, d’évoquer la partie fantôme du monde de la finance et de reconnaître qu’un secteur important de celle-ci échappe, faute d’être à ciel ouvert, à toute inventaire. De la même manière que l’on s’est mis à parler de l’économie réelle, comme si une partie d’entre elle ne l’était pas. Des esquisses de la finance fantôme peuvent commencer à être tracées, en s’appuyant sur de premiers repères : centres non coopératifs (paradis fiscaux), structured investment vehicles (structures de parking d’actifs), hedge funds (mercenaires de la finance), etc… On parvient à distinguer dans ces coulisses dépourvues de tout éclairage un petit monde assez mystérieux qui actionne toute une machinerie complexe aux rouages qui nous dépassent. Jouant de commodités semble-t-il d’autant plus décisives qu’elles restent dans l’ombre. On finit par pressentir que le monde visible de la finance a un double qui ne l’est pas, et qui joue pourtant un rôle fonctionnel. Etablissant le parallèle avec le double langage que les membres de sa confrérie pratiquent couramment, s’étant donné entre initiés des raisons d’être distinctes de celles qu’ils affichent pour la galerie (soutenir l’économie).

Tout ceci n’est pas sans alimenter une abondante production fantasmatique. Ou alimenter une profonde méfiance, davantage justifiée. Imposant de garder résolument ses pieds sur terre !

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L'actualité de la crise : l'Etat, moteur de secours permanent du capitalisme financier, par François Leclerc

Billet invité.

L’ETAT, MOTEUR DE SECOURS PERMANENT DU CAPITALISME FINANCIER

Certaines promesses ne valent plus la peine d’être lancées, faute d’un minimum de crédibilité, par exemple lorsqu’il s’agit de la relance économique et de la résorption du chômage. Car la première s’annonce toujours aussi résolument anémique et la seconde ne donne aucun signe de s’engager. D’autres semblent pouvoir encore l’être, bien que de plus en plus sujettes à caution. A commencer par l’affirmation trompeuse que la baisse des déficits se fera sans augmentation des impôts, ni atteintes au filet de protection social (grâce à l’opération du Saint Esprit ?). Tandis que les dégâts sociaux de la crise s’étendent et s’approfondissent, et que l’on est loin d’avoir tout vu. Le montant des additions à régler s’annonçant prohibitif, en due proportion du coût du sauvetage du système financier.

Une autre promesse est également faite, selon laquelle les dispositions prises à l’occasion de ce sauvetage seront progressivement retirées… quand les circonstances le permettront. Pour donner un seul chiffre, l’enveloppe globale des prêts au taux de 1% de la BCE tourne autour 665 milliards d’euros, dont bénéficie un millier de banques dans les seuls 16 pays de la zone euro. Un chiffre qui ne prend en compte ni les soutiens financiers publics directs aux banques, ni les garanties apportées à leurs émissions obligataires sur le marché. Or, la question qui se pose, toute crue, est désormais de savoir si le retrait de cet autre filet de protection, nettement plus onéreux, sera vraiment possible un jour et quand, vu la tournure que prennent les évènements !

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L'actualité de la crise: atteint en plein coeur, par François Leclerc

Billet invité.

ATTEINT EN PLEIN COEUR

Les projecteurs s’éteignent progressivement sur Dubai, mais l’alerte aura été chaude. C’est ce qui en sera retenu en attendant la prochaine, les candidatures ne manquant pas pour la susciter. De nouvelles plaies financières, s’ajoutant aux précédentes, vont devoir être pansées à l’abri des regards. Les banques britanniques, qui n’en avaient pas besoin, s’avérant les plus exposées du monde occidental. Le Royaume-Uni figurant de plus en plus sur la liste qui s’allonge des pays particulièrement à problème.

Avec fracas, le Japon vient de se manifester à son tour, ayant replongé dans la déflation, subissant de plein fouet la faiblesse renouvelée d’un dollar surenchérissant le yen et faisant obstacle aux exportations. Le pays a du recourir massivement et dans l’urgence à la création monétaire via sa banque centrale (l’équivalent de 77 milliards d’euros). Afin de financer un nouveau plan de relance gouvernemental, ainsi que soulager un système bancaire déjà gorgé d’obligations publiques, notoirement caractérisé par une énorme carence en fonds propres. En résumé : la BoJ (Bank of Japan) sauve les banques qui financent l’Etat. Mais rien n’y fait jusque là.

Hier c’était l’Allemagne, première puissance économique européenne, qui envoyait ses signaux inquiétants. Aujourd’hui, c’est le Japon, deuxième puissance mondiale. Il n’y a donc pas que les petits pays, plus vulnérables, qui connaissent d’inextricables situations. C’est au coeur de ses mécanismes que le système est atteint. S’il en fallait une illustration de plus, il suffirait de se référer aux conclusions d’une étude d’impact du Comité de Bâle (cette émanation de la Banque des règlements internationaux), selon laquelle les banques vont devoir, en moyenne, tripler leurs fonds propres afin de faire face à leurs risques, en application des nouvelles normes prudentielles du Comité, dont les recommandations ont été dans leurs grandes lignes formulées en juillet dernier. C’est gigantesque, à la mesure des problèmes qui doivent être résolus, et va créer aux banques de très sérieuses difficultés afin d’y parvenir. Avec le risque qu’il soit fait appel aux petits génies de la finance afin de remplir formellement ces nouvelles obligations, expliquant aussi l’acharnement des banques sur ce dossier pour s’y dérober.

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L'actualité de la crise: la facilité pour les uns, les efforts pour les autres, par François Leclerc

Billet invité.

LA FACILITE POUR LES UNS, LES EFFORTS POUR LES AUTRES

La BCE devrait annoncer en fanfare, jeudi prochain à l’occasion de la réunion de ses gouverneurs, que sa prochaine adjudication à un an sera la dernière. Des spéculations font par ailleurs état dans la presse spécialisée d’une modification des conditions dans lesquelles certaines de ses autres adjudications, à plus courtes échéances, pourraient à nouveau être soumises à appel d’offres (et non plus, comme c’est actuellement le cas, être illimitées en volume selon un taux annoncé à l’avance). Ces ajustements signifient que la banque centrale s’efforce, en entamant un processus de modification des mesures de soutien financier aux banques, de sortir celles-ci de l’addiction dans laquelle elles semblent être tombées, dont Jean-Claude Trichet (le président de la BCE) s’était inquiété, et les engager à revenir sur le droit chemin. Tout en cherchant à contenir la croissance de la bulle financière qui continue de prospérer, ce qui pourrait être sa véritable intention.

La suite dira si ces objectifs ont des chances d’être atteints, au moins partiellement, alors que les autres grandes banques centrales ne s’engagent pas sur le même chemin, ni aux Etats-Unis, ni au Japon, ni au Royaume-Uni. Le problème de la synchronisation des politiques financières reste entier. Dans ces conditions, on peut se demander (façon de parler) s’il n’est pas illusoire de chercher ainsi à relancer le crédit, le système bancaire européen, à commencer par les banques allemandes, restant pour sa part très fragilisé. Pour considérer que les banques européennes risquent de s’adapter à cette nouvelle politique de la BCE, un peu plus restrictive, en réactivant des marchés qui étaient délaissés, pour avoir trop contribué à la crise, et qu’elles vont ainsi accroître leurs prises de risques afin de continuer à renforcer leurs marges pour de se renflouer…

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L'actualité de la crise: Dubai, piqûre de rappel, par François Leclerc

Billet invité.

DUBAI, PIQÛRE DE RAPPEL

Dans l’attente de l’ouverture demain lundi de Wall Street, l’incertitude demeure en raison du défaut de Dubai, tant que le sinistre n’est pas clairement circonscrit et que la liste de ses victimes et de leurs pertes n’est pas clairement établie. Mais il est d’ores et déjà frappant de constater l’ampleur de l’inquiétude qu’il a suscité, et d’anticiper sur ses conséquences plus globales.

En premier lieu pour les pays très endettés, montrés du doigt comme autant de foyers potentiels de nouvelles crises de la dette souveraine. Leur accès aux marchés financiers risquant fort de devenir plus difficile et onéreux dans la période à venir, ne faisant qu’accentuer en retour le risque qu’ils représentent pour la communauté financière. Non seulement l’instabilité demeure, mais elle pourrait ainsi s’accroitre.

En second, à propos du phénomène de désendettement des établissements financiers, car celui-ci pourrait se ralentir si le repli déjà enregistré vers le dollar et les obligations d’Etat – valeurs refuge – se confirmait, les bourses venant de témoigner de leur très forte sensibilité aux chocs et accidents de parcours, alors que de nouveaux défauts sont redoutés dans le secteur de la dette souveraine. Dans ces conditions, les mirifiques affaires de la crise devenant plus problématiques, le désendettement serait encore plus long à s’opérer qu’espéré, et la crise économique à se résorber. Le danger étant que les autres formes de spéculation, plus hasardeuses et imprévisibles, reprennent de plus belle, à la recherche d’un effet de levier perdu. Cela n’irait pas non plus dans le sens de la sortie de la crise.

En troisième, à propos du renforcement des fonds propres des banques. Il apparaît en effet qu’au fur et à mesure que l’on avance, la nécessité de nouvelles dépréciations s’impose aux banques, impliquant un coussin protecteur de plus en plus volumineux, rendant sa constitution de plus en plus lourde. Sauf à recourir au génie financier, dont on connaît désormais la fiabilité, ce qui est en cours.

Accessoirement, trois remarques s’imposent également, qui peuvent à nouveau faire réfléchir certains à propos des mesures de régulation financière futures. L’une, est qu’il semble être tout juste découvert que le système financier de la région n’est pas ce que l’on peut véritablement appeler transparent (comme si cela lui était propre, d’ailleurs!), une préoccupation totalement absente lorsque tout allait bien, bien entendu. La suivante, que les banques sont à nouveau à la recherche, dans l’urgence, de la réalité de leur exposition, qu’elles ne maîtrisent toujours pas. La dernière, que la fragilité de l’édifice financier de Dubai n’avait d’égal que la hauteur des tours qui y étaient construites, et que les banques semblent le découvrir le nez sur l’évènement. A moins, pour expliquer leur attitude, que l’exception soit en réalité la règle, auquel cas on comprendrait mieux leur attitude.

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L'actualité de la crise: A force d'aller par trop loin, par François Leclerc

Billet invité.

A FORCE D’ALLER PAR TROP LOIN

Sans beaucoup d’imagination ni de renouveau, les nouvelles de la crise s’accumulent et se ressemblent. Le chômage grimpe, sans autre perspective. Le « W » le dispute au symbole de la racine carré (et de sa barre horizontale) pour illustrer la très faible relance économique qui nous est proposée. Les nouvelles bulles financières prospèrent et font craindre, chacune dans leur genre, de très sérieux nouveaux dégâts, la précédente n’ayant pas fini d’éclater. La future régulation patine plus que jamais, alimentant la certitude qu’une nouvelle crise encore plus dévastatrice est inévitable. Les gouvernements et les banques centrales savent encore moins qu’avant que faire. Les banques font plus ou moins bonne figure et dissimulent comme elles peuvent leurs grosses bêtises (qu’il faudra bien montrer) tout en défendant envers et contre tout leur terrain de jeu. Pour clore la semaine, enfin, un gros et symbolique incident de parcours à Dubai vient à peine troubler cette désespérante routine, enflammant un instant les esprits de peur que n’éclate un nouveau Lehman Brothers, mais il ne s’agit finalement que d’une petite affaire de quelques dizaines de milliards de dollars…

Cependant, nous secouant de cette dangereuse torpeur qui vient à nous gagner, une simple interrogation, tout en restant sans réponse, résonne de plus en plus dans notre tête : si l’inconcevable arrivait ? Si cette crise, qui semblait n’avoir que de mauvaises issues, n’en avait finalement pas, même de boiteuse ? Si sa solution se révélait hors de portée de tous ceux qui s’affairent, financiers, gouvernements et banques centrales confondus ? Si les choses, enfin, étaient allées par trop loin ? Qu’arriverait-il donc alors  ?

L’idée commence en effet à s’imposer que le sauvetage du système financier n’était décidément pas dans les moyens des pouvoirs publics, qui y ont pourtant mis toute leur détermination et leur fortune. Mais que les déficits des Etats ont déjà atteint de périlleux sommets alors que le travail est loin d’être terminé. Que les banques centrales semblent paralysées, leurs outils inopérants. Et que, pour les uns comme pour les autres, les choix sont d’autant plus difficiles à faire qu’aucune des alternatives disponibles n’est envisageable. Ni stopper les mesures de soutien économique, ni les poursuivre pour les premiers. Ni arrêter de soutenir les banques, ni continuer de le faire pour les secondes.

Les traitements qui ont été administrés ne peuvent être interrompus, mais ils sont inadaptés et ont de redoutables potentiels effets secondaires. Ils s’appellent accroissement des déficits publics (d’un niveau jamais atteint en temps de paix), retour d’un carry-trade dévastateur, perturbations violentes des marchés monétaires, inflation des actifs boursiers…Tous perturbent grandement l’économie.

On peut discuter pour savoir si la crise des crédits hypothécaires commerciaux va ou non éclater à la figure des banques dans les deux ans qui viennent (encore que cela semble assez bien établi). Il est possible de s’interroger sur l’amplitude que va pouvoir prendre sans éclater la nouvelle bulle financière privée qui continuent d’enfler. Ou bien de le faire pour jauger la capacité des marchés à financer dans l’avenir et à des taux acceptables à la fois la dette publique, les émissions obligataires des entreprises et les besoins de renforcement des fonds propres des banques. De se demander combien de missions de sauvetage le FMI sera financièrement capable d’assumer dans les zones sinistrées sans devoir s’engager à son tour dans une politique inédite de création monétaire. Tout ceci est certainement discutable, mais il est une chose d’ores et déjà établie : les Etats n’ont plus les munitions nécessaires pour faire face à la prochaine grande crise que le système financier prépare, convaincu non sans raisons d’avoir déjà remporté la bataille de la régulation financière. Ce qui permet, sans chercher plus loin, de se reposer la même question: que va-t-il bien pouvoir arriver  ?

Sans trop oser l’imaginer.

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L'actualité de la crise : Sinistre craquement, par François Leclerc

Billet Invité.

SINISTRE CRAQUEMENT

Fébrilement, la journée d’hier a été consacrée à la recherche des expositions à la dette de Dubai, et cela va continuer ainsi jusqu’à la fin du mois, car c’est la fête de l’Aïd au Moyen Orient. Ainsi qu’au risque d’un effet domino, le sinistre de l’un pouvant vite entrainer celui de l’autre, dans le monde bancaire. Puis va progressivement monter une sourde inquiétude: quel est le prochain ? Des listes sont déjà dressées: Hongrie, Pays Baltes, Grèce, Ukraine… Recommencera ensuite, si un nouveau défaut devait survenir, la même ronde : recherche d’exposition – danger d’effet domino, etc…

L’économie de Dubai, fondée sur l’endettement et l’immobilier, était particulièrement fragile. Celle des pays de l’Est l’est tout autant, les capitaux privés ouest-européens en ayant été brutalement rapatriés, laissant les pays et les particuliers faire face à leur dette libellée en devises étrangères.

Les deux bulles, privée et publique, vont-elles être tenables longtemps ? (Pour ne pas parler de la bulle chinoise).

La BCE devrait annoncer mardi prochain des mesures de retrait partiel de ses facilités (prêts à un an et peut-être reprise des enchères pour les prêts à 6 et 3 mois), en dépit de la constatation que le crédit aux entreprises continue de se resserrer en zone euro. Elle reconnait ainsi que les injections de liquidités dont elle abreuve les banques ne jouent pas le rôle qui leur est assigné, et qu’elles contribuent à l’accroissement d’une bulle menaçante. Mais le mal n’est-il pas fait ? Une décision à l’échelle de la seule zone euro règle-t-elle quoi que ce soit ? C’est en tout cas entériner que la BCE n’est pas en mesure de contribuer à la relance du crédit.

Le FMI a annoncé cette semaine avoir réuni 13 nouveaux pays contributeurs à Washington afin de leur emprunter 100 milliards de dollars supplémentaires (des NAE, Nouveaux accords d’emprunts), qui viennent s’ajouter aux 500 milliards déjà réunis et aux ventes d’or. Dans son rôle de pompier, le FMI amasse les fonds afin de continuer à répondre dans l’urgence aux besoins des Etats. Seront-ils suffisants ? Sera-t-il nécessaire d’en venir à la création de droits de tirage spéciaux (DTS), cette monnaie destinée aux Etats que le FMI peut créer ? C’est par ce biais que pourrait s’amorcer une réforme non avouée du système monétaire international.

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L'inventaire de demain, par François Leclerc

Billet invité.

Suffit-il de constater qu’un système a fait son temps pour que sa relève s’impose et qu’un autre système prenne sa place ? Pas si simple ! Par quel processus passe-t-on alors de l’un à l’autre ? L’histoire nous apporte à ce sujet des éléments de réflexion – car le capitalisme n’a pas toujours existé – mais pas les réponses que nous cherchons. Impliquant que nous réfléchissions un peu à l’aveuglette, nous projetant dans l’inconnu afin d’innover et concevoir l’inédit. A comprendre à la fois quel pas en avant il faudrait accomplir et vers quelle société celui-ci nous mènerait, car les deux démarches sont étroitement liés. Parvenant enfin à décrire le nouveau système qui devrait être substitué à l’actuel. Alors qu’une tentative, dénommée socialisme et dans laquelle beaucoup d’espoirs ont été en leur temps mis, a tourné court. Nous faisant trébucher.

Vu où nous en sommes, les tentatives d’aménagement du système n’ont pas fait la preuve de leur efficience, ce qui semblerait démontrer qu’il faut penser plus radicalement. Toute nouvelle évaluation doit cependant être « globale », intégrant des données économiques, sociales, culturelles et ce qui est nouveau environnementales. Enfin, le principe de l’élargissement le plus achevé de la démocratie (le pouvoir du peuple, selon les Grecs) parait devoir nous guider. Est-ce là le socle d’où il est nécessaire de partir ?

Sans toutefois nous cantonner au seul monde des idées – même si elles ont leur intérêt – alors que dans notre société apparaissent et se développent, de manières plus ou moins marginales et explicites, des pratiques sociales qui préfigurent les contours de celle qui pourrait lui succéder. Car, si nous savons une seule chose du passage d’un système à un autre, c’est qu’il est toujours marqué par des transitions, sans exclure les ruptures. Comme si le nouveau système s’annonçait, cherchait à se frayer un passage, à faire école pour s’imposer (car le précédent n’entend pas céder comme cela la place).

L’objectif proposé est de mettre une fois encore à profit ce blog, afin de susciter une nouvelle collaboration. De toutes celles et tous ceux qui s’y retrouvent, apportant déjà ou non leurs commentaires, afin de débuter une collection d’un genre particulier. Un simple inventaire des idées ou des pratiques qui pourraient contribuer, une fois regroupées, à dessiner l’esquisse d’une société alternative, cette utopie d’hier qui désormais pourrait être qualifiée d’utopie réaliste. D’entamer collectivement, sans hiérarchie et sans mise en forme prématurée, une « tentative d’épuisement », comme a écrit Georges Perec, de ce qui est à notre disposition, autour de nous, et témoigne de la transition dans laquelle nous sommes en réalité engagés. Sans en avoir toujours bien conscience, car lorsque l’on est dans le vent, on ne le sent pas. Sans garantie non plus qu’elle aille à son terme.

Des points d’étape seront certainement nécessaires, nous verrons bien.

MARCHE A SUIVRE :

Chaque signalement destiné à élargir la collection pourrait comporter une adresse renvoyant à une page Internet, accompagnée d’une brève description de son objet, ainsi que d’un éventuel commentaire.

Afin de le permettre, une nouvelle rubrique du blog a été crée, L’inventaire de demain, dont l’accès permanent se trouve dans le bandeau supérieur de cette page.

Pour débuter, vous y trouverez de premiers signalements.
 

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