L'actualité de la crise: trop tard pour bien faire, par François Leclerc

Billet invité.

TROP TARD POUR BIEN FAIRE

En urgence, tous ou presque s’y sont mis pour calmer les marchés : Jean-Claude Trichet, président de la BCE, a affirmé depuis Chicago qu’il était « hors de question » que la Grèce ou un autre pays de la zone euro fasse défaut. Dans un entretien au journal économique « La Tribune », Dominique Strauss Kahn, directeur général du FMI, a estimé que, faute d’une aide, les Grecs seraient « dans une situation insoutenable ». Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des finances, a déclaré que « Il s’agit maintenant pour nous de concrétiser et de transposer rapidement le plan d’aide (…) et d’envoyer ainsi un signal clair sur le fait que nous ne laisserons pas tomber la Grèce ».

Enfin, l’annonce de la préparation d’une réunion des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Eurogroup, le 10 mai prochain, filtre opportunément. Elle interviendrait au lendemain de l’échéance électorale allemande et à temps pour l’échéance financière du gouvernement grec du 19 mai.

Mais, à force d’avoir soufflé le chaud et le froid, d’avoir tenté de faire croire à un accord qui n’existait pas, ainsi que d’avoir tergiversé, n’est-il pas trop tard pour bien faire ? Chaque nouvelle émission obligataire d’un pays de la zone euro est maintenant attendue avec inquiétude. Non sans raison : l’Italie a difficilement placé aujourd’hui mardi 13,5 milliards d’euros d’obligations, l’offre atteignant juste la demande et les taux étant en hausse prononcée depuis la veille. Elle doit à nouveau solliciter le marché vendredi, tandis que le Portugal devrait faire de même demain mercredi, sauf s’il repousse son émission.

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L'actualité de la crise: le spectacle est bâclé, par François Leclerc

Billet invité.

LE SPECTACLE EST BÂCLÉ

Dans ce moment de la crise, sans que cela diffère tellement des précédents, les calculs réels et présumés des acteurs qui occupent le devant de la scène apparaissent bien dérisoires et à courte vue. La crise grecque, voulue et provoquée pour l’exemple, a dérapé sans que son issue ne soit désormais aisément maîtrisable. Elle n’est cependant que le symbole d’une situation qui dépasse les frontières de l’Europe et atteint l’ensemble du monde occidental.

Certes, certains pays sont moins atteints que d’autres, mais est-il réellement pensable qu’ils puissent tirer seuls leur épingle du jeu dans un monde financièrement et économiquement aussi interconnecté ? Du Japon aux Etats-Unis, en passant par l’Europe, la dette va continuer d’enfler, sans que les bonnes résolutions adoptées le temps d’une rencontre puissent inverser la tendance. Sauf à accepter de prendre le risque de s’engager collectivement dans une longue déflation à la Japonaise accompagnée d’une crise sociale profonde et dure.

Jour après jour, la crise de la dette publique s’annonce donc redoutable. Car, par son ampleur, il ne peut plus y être trouvé de solution aussi facilement qu’on le croyait avec les recettes éprouvées. Les restrictions budgétaires pour réduire le déficit et la dette devraient être d’une telle ampleur qu’elles sont impraticables à une telle échelle, si elles ne sont pas relayées par une croissance économique, par ailleurs introuvable. Ben Bernanke, le président de la Fed, vient de reconnaître que la croissance ne suffirait pas à faire baisser le déficit budgétaire à un niveau acceptable. Le premier ministre grec, Georges Papandréou, vient de déclarer dans une belle envolée devant les députés : « La condition principale pour réussir (…) c’est de tout changer dans ce pays, économie, Etat, habitudes, mentalités, comportements, pour fonder une économie viable ». Un programme qui donne la mesure de ce qui ne sera pas fait et qui fait sonner par avance le glas d’ambitions qui ne seront pas tenues.

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L'actualité de la crise: une ornière qui mène dans le décor, par François Leclerc

Billet invité.

UNE ORNIERE QUI MENE DANS LE DECOR

Au petit jeu des citations, il n’y a ce lundi que l’embarras du choix pour établir le palmarès des propos les moins conséquents.

Sans nul doute, le premier prix doit revenir à Christine Lagarde, une habituée de la compétition, qui a déclaré à propos du risque de contagion de la crise grecque en Europe : « je ne veux même pas y penser ». Elle se voulait catégorique et, soyons honnête, c’était vendredi dernier. « Je crois que le plan qui se met en marche, la procédure qui est engagée, c’est de nature à re-stabiliser une monnaie qui en a besoin » a-t-elle poursuivi pour élargir son propos.

A propos de la politique suivie par le gouvernement allemand, elle s’est contentée de faire preuve de sa transparence habituelle et de constater : « C’est un formalisme auquel les Allemands sont attachés, ils ont raison ».

Le président de l’Union européenne, Herman Van Rompuy, n’a pas été en reste et est monté sur la deuxième marche, depuis l’université de Kobe où il s’exprimait devant les étudiants japonais : « Mon impression est que, malgré le fait que nos problèmes soient loin d’être terminés, je suis convaincu que nous maintiendrons la stabilité de la zone euro ».

Mais si tous les regards sont naturellement tournés vers la Grèce et l’Europe, on aurait tort d’oublier le reste du monde occidental. Naoyuki Shinohara, directeur général adjoint du FMI, a mis en garde le Japon : « Même si les problèmes du Japon ne doivent pas être mis sur le même plan que la crise de la dette en Grèce, sa vulnérabilité budgétaire est en train de croître à des niveaux vraiment élevés ». Les agences de notation multiplient ces derniers temps les avertissements à propos de cette dette la plus importante du monde, que les commentateurs affectent encore de tenir pour négligeable au prétexte qu’elle est détenue à 95 % en interne. Ce qui n’affecte en rien le rythme rapide de sa détérioration et le besoin que commence à exprimer le gouvernement de se tourner vers les marchés extérieurs pour se financer.

A la sortie du G20 Finances de Washington, vendredi dernier, Timothy Geithner, secrétaire d’Etat au Trésor des Etats-Unis, déclarait être convaincu d’une reprise pour 2011, tirée par la demande privée, afin que le pays puisse commencer à réduire son déficit. Il se montrait toutefois plus optimiste que Ben Bernanke, président de la Fed, qui avait déclaré mi-avril devant le Congrès « la hausse de la demande finale [sera] suffisante pour assurer une reprise économique modérée dans les trimestres à venir », sans pronostiquer une date, estimant en réalité que la hausse du PIB serait lente et qu’en conséquence des choix difficiles devraient être faits pour réduire le déficit. Une toute autre hypothèse que celle qui est lancée par Tim Geithner, qui comme l’ont fait au début de la crise de la dette les Européens, pense financer sa réduction par la croissance plus que par des coupes budgétaires. L’histoire a tranché.

En Europe, sans surprise, les taux grecs à 10 ans atteignaient 9,385% à midi ce lundi, tandis que les taux portugais (5,141%), irlandais (4,872%) et espagnol (4,033%) se tendaient. Ce palmarès est en permanence mis à jour et prend de plus en plus l’allure d’une catastrophe annoncée. Elle préfigurera, si elle intervient, ce qui va également ne pas manquer de se passer au Japon et aux Etats-Unis, et va forcer les gouvernements à tenter de sortir de l’ornière dans laquelle ils se trouvent. A produire autre chose que des déclarations du type de celle qu’ils ont adopté dans le cadre de l’Assemblée générale du FMI, samedi dernier, où la plus ferme des résolutions a été adoptée en faveur de la réduction des déficits publics, qui apparaissent de plus en plus comme l’expression d’une situation sans issue.

La crise de la dette publique va dominer tout le reste et imposer de tenter de trouver des solutions inédites, car elle est trop importante pour que les anciennes recettes fonctionnent.

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L'actualité de la crise: le sur place n'est pas une option, par François Leclerc

Billet invité

LE SUR PLACE N’EST PAS UNE OPTION

Tandis que le G20 Finances se terminait à Washington sous le signe d’un sévère échec, faute de décisions, la crise de la dette publique en Europe rebondissait, en raison de l’attitude dilatoire du gouvernement Allemand à la suite de la demande officielle d’activation du plan de sauvetage financier de la Grèce. Mais que pouvaient-ils les uns et les autres décider ?

A Washington, en effet, un accord n’a pas pu être trouvé au sujet du projet de taxation des établissements financiers, dans la cacophonie ambiante à ce propos. Tandis que la déclaration finale alignait les pétitions de principe et les formulations creuses, réaffirmant à la fois la nécessité de préparer des plans de sortie de crise tout en estimant que le soutien public à l’économie devait être maintenu, « si cela est cohérent avec la viabilité des finances publiques », « jusqu’à ce que la reprise soit fermement conduite par le secteur privé et mieux établie ».

Les ministres des finances du G20, qui n’ont pas été en mal de phrases ronflantes à défaut de pouvoir annoncer une orientation commune claire, ont également « mis l’accent sur la nécessité d’avoir des politiques économiques bien coordonnées qui soient cohérentes avec des finances publiques saines, la stabilité des prix, des systèmes financiers efficaces et résistants, la création d’emplois et la réduction de la pauvreté ». Demain, on rasera gratis !

Les gouvernements occidentaux, comme les banques centrales, n’ont plus d’autre politique que le sur place, dépassés par les évènements, incapables de prendre l’initiative, car cela supposerait des mises en cause qu’ils ne sont prêts ni à assumer, ni même à concevoir. Sans doute sommes-nous de ce point de vue arrivés à un tournant de cette crise. Les mots n’ont pas de prise sur elle tandis que les actes font défaut.

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L'actualité de la crise : Athènes, Washington, l'axe du mal, par François Leclerc

Billet invité.

ATHENES, WASHINGTON : L’AXE DU MAL

Un G7 Finances informel, donc sans communiqué final, s’est conclu et quelques commentaires lapidaires ont pu être happés au sortir de la réunion. Il y a eu une « discussion franche », a reconnu Jim Flaherty, le ministre canadien. Cela a été « une réunion très active » a indiqué Naoto Kan, le ministre japonais. Des commentaires qui ne sont pas le signe de grandes avancées.

Le G20 Finances s’est depuis engagé dans ce qui semble être une grande confusion, les ministres ne sachant plus très bien où donner de la tête tant les questions à aborder sont nombreuses et les points de vue divergents.

« Il y a de nombreux domaines, concernant les agences de notation, les transactions de gré à gré, les fonds spéculatifs, d’autres problèmes, où ce qui est déjà annoncé, sinon mis en oeuvre, par les États-Unis, les Européens, les Japonais ou d’autres, est tout simplement incohérent ». Qui a bien pu faire ce terrible constat, dans une bouche autorisée et officielle? C’est Dominique Strauss-Kahn, patron du FMI.

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L'actualité de la crise: il commence à y avoir foule !, par François Leclerc

Billet invité.

IL COMMENCE A Y AVOIR FOULE !

Il y a des jours comme cela, où l’on se sent moins seul. D’autres où l’on finit par s’inquiéter : « Qui a changé, eux ou moi ? ». D’autres, enfin, où l’on se sent porté par une dynamique nouvelle et partagée. Parmi ceux qui peuvent tenir aujourd’hui ce langage, Paul Jorion n’est pas le dernier, pour avoir longtemps prêché dans le désert et être maintenant sollicité de partout (ou presque).

Des noms, des exemples ? Hier, c’était Nicolas Baverez, qui écrivait dans Le Monde-Economie : « Faute d’un diagnostic précis et partagé sur la crise, d’une compréhension exacte des risques systémiques et d’une coordination de la régulation financière, les mécanismes fondamentaux d’un nouveau choc se mettent inexorablement en place : politiques monétaire et budgétaire démesurément accommodantes, bulles spéculatives, coexistence d’opérateurs et de marchés surrégulés (banques, assurance et Bourses organisées) et de vastes secteurs hors de tout contrôle (« dark pools », fonds spéculatifs), reconstitution d’un secteur bancaire clandestin » (19 avril 2010).

L’autre jour, Jean-Marc Vittori titrait son papier des Echos « Cette finance qui résiste à la réforme », et constatait : « La crise financière s’éloigne dans le rétroviseur. Et, avec elle, s’éloigne la capacité des gouvernants à changer les règles du jeu de la finance privée pour éviter que les mêmes causes ne finissent par produire les mêmes effets. A Pittsburgh, il y a à peine six mois, et à Londres, il y a douze mois, les dirigeants du G20 avaient pourtant pris des engagements majeurs. Depuis, ils ont mis en chantier des réformes essentielles en élargissant la surveillance des acteurs de la finance. Mais les textes sont de plus en plus souvent édulcorés ou repoussés, ou les deux à la fois » (17 mars 2010).

Mercredi matin, dans le Financial Times, Martin Wolf allait nettement plus loin. Il commençait ainsi sa chronique : « Notre système financier est-il dans nos moyens ? La réponse est non », poursuivant : « Plus l’on prend conscience des risques, plus il devient évident que la solution radicale est l’option la plus sûre », avant de conclure son papier, après avoir démoli pierre par pierre l’argumentation des épigones du système : « En conclusion, arrêter la machine de l’apocalypse financière demandera des changements fondamentaux dans la politique à suivre vis à vis du système financier et de sa structure. Il y a maintenant deux grandes approches en discussion : l’officielle est de rendre le système actuel beaucoup plus sûr, en élevant les exigences en matière de capitaux propres et de liquidité, en faisant transiter les dérivés via des marchés administrés et en renforçant la régulation. L’alternative est une réforme structurelle. Quelle est l’option la moins mauvaise ? » (21 avril 2010).

Certes, chacun garde par ailleurs ses idées, mais il est flagrant de constater qu’un même constat se propage. Ceux qui hier n’avaient pas droit de cité et sonnaient l’alarme sont aujourd’hui écoutés (sinon encore suivis). Beaucoup d’autres – pas tous, car il y a toujours des irréductibles de la foi – écarquillent les yeux devant ce qu’ils contemplent et, pour certains même, ruent dans les brancards.

Si le discours des femmes et des hommes politiques est toujours en général aussi désespérant de démagogie et à courte vue, des commentateurs de plus en plus nombreux ont compris – et le font savoir – qu’ils ne peuvent décidément plus s’en tenir aux mêmes analyses. Que la crise n’est pas près d’être finie et qu’elle appelle, comme le dit Martin Wolf, que l’on n’aurait pas attendu (à tort) dans cette posture, des solutions radicales.

Il y avait avant, il y a après…

Ceux qui aujourd’hui doivent être considérés comme de véritables excentriques ne sont pas ceux qui démontent les mécanismes d’un système financier qui a failli mais continue pourtant d’exercer ses nuisances. Pas plus ceux qui se refusent, faits et analyses à l’appui, à souscrire aux visions lénifiantes et vite démenties d’une propagande désormais en roue libre. Ni encore ceux qui proposent, enfin, que l’on parle sérieusement de la manière dont il va être possible de sortir de ce gigantesque gâchis. Car celui-ci n’est pas seulement financier, mais s’annonce de plus en plus humain.

Non, les excentriques, ce sont ceux qui prétendent, suivant ce mot admirable faisant parler l’inconscient, « faire le travail de Dieu ».

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L'actualité de la crise: un manège qui tourne à vide (partie III et fin), par François Leclerc

Billet invité.

UN MANEGE QUI TOURNE A VIDE (partie III et fin)

L’édifice de la régulation financière repose sur une idée toute simple, tandis que sa mise en oeuvre ne l’est par contre pas du tout : les crises sont inévitables (certains disent même qu’elles sont nécessaires), mais il faut éviter leur débordement incontrôlé, le désormais fameux risque systémique. En d’autres termes, ne pas s’attaquer aux racines mêmes de la crise, mais s’efforcer d’en circonscrire à l’avenir les effets, saupoudrant quelques mesures préventives pour la forme, pour se concentrer sur des actions curatives. Celles-ci sont aujourd’hui l’objet de débats aussi serrés que le sont ceux qui se déroulent à propos de Bâle III.

Devant l’ampleur des dégâts et des réactions de l’opinion publique qui s’en suivirent, il a été ajouté un volet à ce concept passablement défaitiste, afin d’accréditer la promesse que les futurs naufrages du système financier n’impliqueront pas à nouveau l’utilisation des fonds publics. A cette occasion, on a découvert qu’un redoutable aléa moral planait au-dessus de nos têtes et qu’il convenait de le domestiquer pour s’en prémunir. Un danger pour lequel cette anodine expression a été préférée à celle d’appel au meurtre, lorsque celui-ci est impuni d’avance. Un nouveau gang appelé les TBTF (too big to fail – trop gros pour faire faillite) étant suspecté de se préparer à le commettre.

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L'actualité de la crise, Εμπρός (en avant !), par François Leclerc

Billet invité.

Εμπρός (en avant !)

Le gouvernement grec fait preuve d’un incontestable sang-froid et d’une impressionnante maîtrise de la situation. Après avoir refusé de céder à l’affolement – et de continuer à le faire dans l’adversité – il continue de jouer la montre afin de négocier au mieux les aides dont il a besoin.

Dans un premier temps, il a considéré qu’il fallait calmer le jeu avec le gouvernement Allemand et lui laisser le temps de se retourner. Ce qui l’a amené à procéder à de modestes émissions à court terme, afin de joindre les deux bouts, quitte à payer le prix fort dans l’immédiat. Aujourd’hui, alors qu’il vient de renouveler avec succès ce type d’opération – et que son taux obligataire à 10 ans a atteint 7,8% – il déclare pouvoir faire face à ses prochaines obligations de refinancement de sa dette, d’ici à la fin mai, quitte à utiliser des bouts de ficelle.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le temps joue sans doute en faveur des grecs. Non seulement parce que cela lui laisse le temps de négocier avec ses partenaires européens, dont l’Allemagne qui renâcle toujours à intervenir et bloque tout le dispositif, ainsi qu’avec le FMI dont on comprend que pour de multiples raisons (dont de prochaines échéances électorales françaises) il ne va pas faire le difficile, mais aussi parce qu’il a dans ses mains une arme redoutable : après moi le chaos  ! La Grèce est actuellement, à son corps défendant, le rempart de l’Europe contre l’extension à d’autres de ses pays de la crise. Ce qui risquerait d’être explosif dans le contexte actuel.

Tandis que Axel Weber, le président de la Bundesbank, agite sous les yeux de l’opinion allemande le repoussoir d’une aide à la Grèce dont le montant ne cesserait d’augmenter (ce que rien ne fonde à ce jour, le montant de 80 milliards d’euros au total ayant été rendu public par les Grecs dès le départ), Olivier Blanchard, le chef économiste du FMI, tient un tout autre discours, expliquant que prêter à la Grèce à des taux trop élevés rendrait son redressement impossible. « La détérioration budgétaire due à la crise a changé la nature du risque. Il est du côté de la dette publique et d’un cercle vicieux entre explosion de la dette et augmentation des primes de risque et des taux d’intérêt », a-t-il expliqué dans Le Monde.

Où est le faucon, où est la colombe  ?

La coalition allemande au pouvoir continue d’engager toute l’Europe dans une impasse.

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L'actualité de la crise : Les comparses à la tâche (II), par François Leclerc

Billet invité

LES COMPARSES A LA TÂCHE (partie II)

Si l’on considère la régulation des produits financiers, les dérivés sont incontestablement la grosse affaire. Car la titrisation est toujours en panne, devenue mirage dangereux après avoir été considérée comme pêche miraculeuse, censée abolir tout risque. D’autant qu’il ne serait pas raisonnable de continuer à prêter à tire larigot, en raison de la crise économique, et de fabriquer des titres en les empilant pour les financer en aveugle. En revanche, les dérivés restent plus que jamais au coeur du business. Nerf de la guerre de la finance et à ce titre l’un des grands enjeux de la régulation.

Selon la BRI (Banque des règlements internationaux), le recours aux dérivés est reparti à la hausse après avoir fléchit en 2008. Fin juin 2009, la valeur totale de leurs sous-jacents était supérieure à 600.000 milliards de dollars, soit quarante fois la valeur de tous les titres cotés sur Nyse-Euronext (les Bourses de New York et de Paris). Ce sont des instruments financiers dont la valeur varie en fonction d’un actif (un sous-jacent), que le porteur du titre n’a pas besoin de détenir et qui peut être lui-même financier. Conçus au départ comme des produits d’assurance, afin de se prémunir contre certains risques (variation du taux de change, des cours des matières premières, risque de faillite d’une entreprise…), les dérivés sont devenus avant tout des outils spéculatifs, hautement rentables pour ceux qui savent les manipuler.

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L'actualité de la crise: Les hors la loi modernes (I),par François Leclerc

Billet invité.

LES HORS LA LOI MODERNES (partie I)

Mais où est donc passé le diable ? Une fois de plus, il est perdu dans les détails et les méandres de la régulation financière, faisant de toute tentative de cerner ses très relatifs progrès un exercice fastidieux, alors que s’annoncent de multiples grands rendez-vous internationaux: Assemblées du FMI et de la Banque Mondiale, G20 Finances, G20 Travail (une innovation), puis celui des chefs d’Etat…

Plus nous approchons du fatidique moment où des décisions devront finalement être prises, plus les discussions se tendent, les fameux détails pesant de tout leur poids. Ce qui n’implique pas, au contraire, que celles-ci se tiennent au grand jour, laissant à l’observateur comme principale ressource de scruter ce qui émerge, avec beaucoup de blancs à remplir et dans une grande cacophonie. L’ensemble étant proféré par une multitude d’intervenants ayant tous leurs mots à dire et le faisant savoir quand cela les arrange.

Le FSB (Financial Stability Board), le FMI, le Comité de Bâle, la Commission de Bruxelles et les commissaires européens had hoc, les nombreux régulateurs nationaux des deux côtés de l’Atlantique (dont l’impressionnante collection américaine), sans oublier l’IASB (International Accounting Standards Board) et le FASB (Financial Accounting Standards Board) chargés de définir les normes comptables – l’équivalent du mètre-étalon – le premier pour le monde entier et le second pour les seuls Etats-Unis, qui disposent de cet étonnant privilège. Ni bien entendu les innombrables lobbies et organismes professionnels qui font le siège des précédents et feu de tout bois non sans arrogance et détermination.

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