L'actualité de la crise: à la recherche d'un miracle de dernier ressort, par François Leclerc

Billet invité.

A LA RECHERCHE D’UN MIRACLE DE DERNIER RESSORT

Sur quoi la proposition allemande de création d’un prêteur en dernier ressort européen type FMI va-t-elle pouvoir déboucher ? La soudaineté de cette annonce comme le flou qui l’entoure laissent depuis dimanche dernier place à de prudentes spéculations, qui mettent principalement en avant les obstacles que pourraient rencontrer sa concrétisation. Avant toute chose, le temps qui sera nécessaire à une indispensable révision préalable des traités européens.

Les gouvernements vont, en attendant, rester tout autant dépourvus face à la crise endémique de la dette qui va se poursuivre, et à fortiori à ses dérapages qui risquent fort de se reproduire. Que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de la zone euro, ce qui revient au même du point de vue systémique.

A terme, les chances de parvenir ou non à la création d’un Fonds monétaire européen sont à l’heure actuelle impossibles à évaluer, le plus probable étant que l’initiative Allemande va susciter de nombreuses autres suggestions et variantes. De nombreux projets sont en effet déjà dans les cartons, qui vont alimenter un débat désormais largement ouvert aux politiques après avoir été limités aux cercles des think tanks.

Au sortir d’un entretien avec Jean-Claude Junker, Angela Merkel vient d’affirmer plus vigoureusement son soutien à l’idée d’un FME, surenchérissant sur la nécessité de sanctions pour les pays récalcitrants et endossant totalement l’obligation d’une révision du traité européen afin d’y parvenir. Pour sa part, Christine Lagarde vient de prendre ses distances avec le projet, en déclarant que « la proposition du fonds monétaire européen est une piste intéressante que nous devons explorer avec un certain nombre d’autres ». Comme si le gouvernement français était plus à l’aise avec les discrètes interventions financières du type de celle qui vient d’être utilisée pour la Grèce qu’avec une refonte institutionnelle de l’Europe, porteuse en contrepartie de contraintes auxquelles il voudrait échapper.

José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne s’en est tenu à une laconique analyse, selon laquelle la création d’un FME est « une proposition à très long terme qui nécessitera sans doute un changement du traité », se réfugiant pour préciser sa position derrière l’affirmation que « Nous sommes pour tout ce qui va en faveur d’une augmentation de la gouvernance économique ». Axel Weber, l’un des membres du conseil des gouverneurs de la BCE, présenté comme son futur président, estimant enfin que l’idée était « contre-productive ».

Étrangement, on se retrouve, mais dans un contexte bien différent, dans la même situation que lors de la création de l’euro. A tout projet de mutualisation de la dette permettant de sauver la cohésion monétaire et économique de l’Europe correspond le même raidissement allemand sur de farouches positions doctrinaires, expression d’un identique et répété refus de se laisser entraîner sur une pente considérée comme glissante. A l’époque cela s’est conclu par le statut de la BCE que nous connaissons.

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L'actualité de la crise: les Allemands à la tâche, par François Leclerc

Billet invité.

LES ALLEMANDS A LA TÂCHE

Sous les effets de la crise grecque, les événements se sont précipités depuis ce week-end au sein de la zone euro. Les Espagnols, qui assurent la présidence tournante de l’Union européenne, avaient bien tenté il y a plusieurs semaines de lancer le débat à propos d’un gouvernement économique, mais il avait tourné court. Nous y revoilà.

Il vient de rebondir sous une autre forme, à l’initiative de Wolfgang Schäuble, le ministre des finances Allemand, qui a proposé dans la presse allemande la création d’un FMI européen. Celui-ci n’a pas tardé a être appelé Fonds Monétaire Européen (FME), ce qui est aller un peu vite en besogne. « Pour la stabilité de la zone euro, nous avons besoin d’une institution qui dispose des expériences du FMI et de pouvoirs d’intervention analogues », a toutefois déclaré sans ambages le ministre.

A peine avait-il lancé l’idée qu’elle a été immédiatement soutenue dans les colonnes du Financial Times Deutschland par Olli Rehn, le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, ainsi que par Angela Merkel, puis enfin par une source gouvernementale française prudemment réfugiée dans l’anonymat, ces deux dernières manifestant toutefois une certaine retenue (le temps de voir comment tout cela va rebondir). Car il peut être remarqué que cette soudaine proposition soulève plus de questions qu’il n’a été pour l’instant été apporté de réponses, et qu’un long chemin devra être parcouru pour que soit opérationnel un tel instrument d’entraide financière au sein de la zone euro. Laissant entière la question de savoir comment répondre à d’éventuelles prochaines crises, annoncées comme possibles, en Espagne notamment.

Un élément majeur a toutefois été immédiatement mis en avant, sans que cela soit véritablement une surprise vu la paternité des Allemands sur ce projet. Il a été tout de suite été question des strictes « conditionnalités » (pour reprendre un terme du FMI) qui seraient préalablement mises à toute opération de prêt du futur FME, ainsi que de l’éventail des sévères sanctions qui pourraient être prises contre ceux qui sortiraient du droit chemin de la rigueur budgétaire (suppression de subventions européennes et retrait pendant au moins un an des droits de vote aux réunions ministérielles de l’Union européenne). Mais, pour le reste, tout est à inventer.

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L'actualité de la crise: pourraient nettement mieux faire !, par François Leclerc

Billet invité.

POURRAIENT NETTEMENT MIEUX FAIRE !

La réussite de l’émission obligataire grecque de 5 milliards d’euros – saluée avec un soupir de soulagement ou enregistrée non sans une certaine incrédulité – ne vaut pas solde de tout compte. La crise de la dette publique, tant grecque qu’européenne, vient de connaître un simulacre de dénouement, en attendant d’autres épisodes qui ne vont pas manquer d’intervenir, et dont la forte dynamique va dorénavant rythmer l’actualité.

Que savons-nous de cette souscription des obligations grecques ? Que la demande aurait été presque trois fois supérieure à l’offre et que son rendement a atteint 6,3%. Permettant de comprendre, à ce prix-là, que le gouvernement grec n’ait pas cherché à profiter d’une aubaine si coûteuse, au-delà de l’objectif de 5 milliards d’euros qu’il s’était fixé. Pour mémoire, le rendement des obligations allemandes était le même jour de 3,1%, plus de deux fois moins.

On saisit mieux, dans ces conditions, que le gouvernement a commenté le résultat de cette souscription en menaçant de faire prochainement appel au FMI – dont les taux seraient bien moindres – si un soutien affirmé des Européens ne lui est pas octroyé. Un refinancement de la dette grecque à un tel taux serait en effet difficilement tenable, accroissant la charge budgétaire de la dette au moment où il faut réduire le budget, ce qui imposerait un surcroît de mesures impopulaires.

Nous ne savons pas, par contre, qui a bénéficié de cette bonne affaire financière. Car s’il est apparu qu’instruction avait été donnée par le gouvernement grec aux banques chargées de placer l’émission de ne pas servir les hedge funds, suspectés d’être à l’origine de la hausse des taux obligataires, on ne connaît pas pour autant l’identité des investisseurs. Tout au plus peut-on supposer, sans pouvoir l’affirmer, qu’un sérieux coup de pouce a pu être donné par des banques amies, avec lesquelles des achats de l’émission ont pu être préalablement programmés.

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L'actualité de la crise: ils tournent autour du pot, par François Leclerc

Billet invité.

ILS TOURNENT AUTOUR DU POT

Un certain suspens continue à son propos, mais les contours du plan de soutien financier franco-allemand au gouvernement grec sont désormais dévoilés dans la presse, pour une partie tout au moins. L’idée qui semble avoir été laborieusement retenue repose sur deux jambes. La première est de se préparer à faire intervenir des établissements financiers contrôlés par l’Etat (la banque KfW en Allemagne), ou formellement indépendant mais jouant son rôle de bras armé (la Caisse des dépôts et consignations en France). Et de leur accorder à cette occasion une garantie formelle de l’Etat. La deuxième est qu’ils soient prêts, si nécessaire, à souscrire au pied levé à une première émission test d’obligations grecques sur les marchés, qui devrait intervenir très prochainement, au cas où elle ne serait pas intégralement couverte.

Une partie de ce plan est cependant moins établi, car ces mêmes établissements pourraient être amenés à se financer à leur tour sur les marchés, afin d’acquérir des montants d’obligations grecques qui pourraient se révéler importants, et l’on peut penser que des jalons ont été posés auprès de certaines banques privées, qui feraient au passage de bonnes affaires. On ne manquera pas de se rappeler, à ce propos, le récent séjour à Athènes de Josef Ackerman, P-DG de Deutsche Bank, ainsi que les informations qui circulent sur la plus que substantielle et déjà acquise exposition à la dette grecque des mégabanques allemandes et françaises, qui seraient ainsi en terrain de connaissance, spécialement motivées pour contribuer à éloigner le spectre d’un défaut grec. Le rôle joué par les détenteurs de CDS sur la dette grecque étant toujours aussi trouble, par construction pourrait-on ajouter.

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Opinion: à la recherche du paradigme perdu, par François Leclerc"

Billet invité.

A LA RECHERCHE DU PARADIGME PERDU

A croissance économique proche de zéro durable – ainsi que cela est prévisible – il n’y a pas dix mille manières de diminuer l’endettement, à moins de dégager de nouvelles sources de financement d’une dette dont on accepterait qu’elle soit reconnue comme éternelle (ce qu’elle est déjà de facto pour les pays les plus endettés). Il n’en reste que deux : augmenter les impôts et taxes ou diminuer les dépenses. Car si la tendance est à la quasi-stagnation de la croissance, a fortiori si l’on en exclut la contribution empoisonnée des services financiers, rien n’est à attendre de ce côté-là.

Le principal danger aujourd’hui à notre porte n’est plus l’inflation du prix des produits et des services, mais une déflation dont l’évocation semble redoutée à elle seule, puisqu’elle est soigneusement tue. La question étant bien de savoir si les pays occidentaux, Etats-Unis compris, vont ou non s’engager dans l’ornière déflationniste dans lequel le Japon est coincé depuis plusieurs années sans parvenir à en sortir.

En tout état de cause, l’économie des pays occidentaux est globalement entrée dans une nouvelle période, appelée à durer une ou plusieurs décennies, dont les paramètres ont changé du tout au tout par rapport à la précédente. La Grande Crise a sonné la fin de la partie précédente et il va falloir s’adapter à une nouvelle donne, dont tous les effets ne sont pas encore mesurés.

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L'actualité de la crise: le FMI a pris date, par François Leclerc

Billet invité.

LE FMI A PRIS DATE

De rebondissements en rebondissements, tous les enseignements des tests islandais et grecs sont loin d’avoir été encore tirés.

Dans le cas de la Grèce, il était déjà apparu que la démonstration qui était recherchée par les pays leaders de la zone euro avait abouti à une profonde crise de l’euro qui n’était pas dans les tablettes. On s’aperçoit que, dans celui de l’Islande, le test qui y est mené pourrait également avoir des effets imprévus et se révélant préoccupants pour le Royaume-Uni.

Dans un éditorial daté du 26 février, intitulé « Plus de corde raide », le Financial Times revient sur cette dernière crise, après avoir fait depuis plusieurs semaines campagne auprès des gouvernements britannique et hollandais en faveur d’une solution négociée et d’apaisement avec les Islandais.

Le journal en vient à s’inquiéter, devant l’échec des négociations qu’il analyse comme étant le reflet d’une intransigeance malvenue des premiers, des conséquences inattendues que celle-ci pourrait avoir pour eux. S’inquiétant que, dans leur insistance à présenter faussement l’attitude islandaise comme un futur défaut de payement (assimilant le désaccord sur les modalités de remboursement d’une simple dette à un remboursement de dette souveraine sur le marché), ils contribuent finalement à créer des tensions sur les marchés obligataires, qui pourraient se retourner contre eux et surenchérir leur propre dette.

On a donc l’impression de voir rejouer le même film  !

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L'actualité de la crise: Zorro est arrivé !, par François Leclerc

Billet invité.

ZORRO EST ARRIVE !

La crise du déficit public monte inexorablement, apparaissant de plus en plus sans solution au fur et à mesure que le temps passe et qu’il faut passer des mots aux actes. Tous les gouvernements occidentaux sont placés devant un même dilemme, passé les rodomontades de tribune : comment réduire leur déficit sans plonger franchement dans la récession ?

L’un cherche à associer les républicains à de très impopulaires décisions, mais il n’y parviendra pas, sa stratégie bipartisane étant dans l’impasse dans tous les domaines, à propos de la régulation financière comme de la réforme de la santé. Les autres, en Europe, se sont pris les pieds dans le tapis avec leur démonstration ratée en Grèce, ne parvenant qu’à déclencher une crise majeure de l’euro, à la faveur d’une spéculation qui semble appelée à prendre de l’ampleur.

Figés dans une rigueur doctrinale qui ne les emmène nul part, les Européens s’avèrent incapables, eux aussi, de faire face aux remises en cause qui s’imposent et s’essayent une fois de plus à un vain jeu de constructions institutionnelles à propos de la gouvernance économique. Les Britanniques, quant à eux, jouent les prolongations en attendant des élections qui risquent de se terminer dans la confusion, sans vainqueur et avec deux vaincus. La coalition allemande au pouvoir étant en ce qui la concerne comparée au règne de la discorde.

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L'actualité de la crise: la dette ou comment s'en débarrasser, par François Leclerc

Billet invité.

LA DETTE OU COMMENT S’EN DEBARRASSER

Olivier Blanchard, chef économiste du FMI, vient d’annoncer la couleur dans une interview accordée au quotidien italien La Repubblica : « l’assainissement (des finances publiques) sera extrêmement douloureux », prédit-il. Il détaille ensuite ses modalités : des efforts devront être accomplis pendant 10 à 20 ans, faits de sacrifices sur les salaires, de réduction des dépenses sociales et d’augmentation des impôts.

Sa vision dramatique n’est cependant pas sans arrière pensée, quelques jours après la publication d’une note de recherche, cosignée, qui a fait grand bruit et dans laquelle il est évoqué la possibilité de relever aux environs de 4% le taux d’inflation considéré comme admissible dans les sociétés occidentales. Alors que la norme édictée par les banques centrales est actuellement de 2%. Car, si sa suggestion devait être retenue – ce qui est dans l’immédiat impensable – cela créerait quelques marges de manoeuvre pour concevoir et mettre en oeuvre de nouveaux plans de relance publics, totalement à contrepied de l’ire du moment, qui veut que la lutte contre les déficits publics est la tâche urgente et prioritaire pour les gouvernements. Que cela soit suffisant est une autre affaire, c’est l’intention qui compte  !

Mervyn King, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, vient d’ailleurs de dire tout haut ce que chacun murmure tout bas  : « … la reprise dans notre principal marché d’exportation, la zone euro, semble avoir calé ». Il a aussi estimé que la petite flambée des prix enregistrée au Royaume-Unie allait retomber, évoquant si nécessaire la reprise du programme de rachats d’actifs, interrompu alors que l’enveloppe initiale de 200 milliards de livres a été dépensée.

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L'actualité de la crise : coup au coeur, par François Leclerc

Billet invité.

COUP AU COEUR

La rédaction d’une chronique sur l’actualité de la crise implique-t-elle de savoir conserver en toutes circonstances son sang froid ? Sans doute est-il admissible – aux lecteurs d’en juger – de laisser de temps en temps apparaître, en dépit de la distance que veut cet exercice, l’humeur de celui qui s’y astreint.

Un certain Angel Gurria est à l’origine de cette sortie. Secrétaire général de l’OCDE – à ce titre responsable du grossier maquillage qu’opère cette organisation internationale avec sa liste bidon de paradis fiscaux – il vient de commettre une déclaration emblématique (comme l’on dit maintenant). Emblématique de quoi ? D’une prétention à régenter le monde, au nom d’on ne sait quelle légitimité.

« Les projets de réforme sociale qui se débattent sont plus nécessaires que jamais », a-t-il affirmé en Espagne, où il est question, à côté d’autres mesures sur la « flexibilité du travail », de reporter l’âge légal de la retraite de 65 à 67 ans, afin de sauvegarder le système de sécurité social mis à mal par le vieillissement de la population (que l’on découvre subitement).

Le point de vue d’Angel Gurria aurait pu passer inaperçu, s’il n’avait pas ajouté afin d’appuyer son affirmation que « Ce n’est pas seulement une question de responsabilité, mais de signaux (…) Les agences de notation sont en train de regarder ce que nous sommes en train de faire ». Montrant qu’elles ne sont pas aveugles en tout, ce qui est déjà une consolation.

L’OCDE se fait ainsi l’interprète des agences de notation, mais de qui ces agences sont-elles à leur tour l’interprète ? Quel scénario injouable cherchent-elles à accréditer ?

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L'actualité de la crise: la Grande Crise s'auto-alimente, par François Leclerc

Billet invité.

LA GRANDE CRISE S’AUTO-ALIMENTE

Une constatation s’est déjà imposée : la Grande Crise est sortie de son état aigu, au moins provisoirement, pour entrer dans une phase chronique. Ce que l’on peut traduire par durable et installée. A poursuivre son observation – prenant un peu de recul face à la succession à cadence rapprochée de ses épisodes – on peut désormais également comprendre qu’elle s’auto-alimente. En d’autres termes qu’elle ne se poursuit pas uniquement parce qu’il n’a pas été fait face aux causes initiales de son déclenchement, mais aussi parce que les tentatives d’y remédier sont en elles-mêmes porteuses de sa poursuite et de son approfondissement. En ce sens, elle se reproduit.

Une conclusion s’impose alors : faute d’une reconfiguration en profondeur du capitalisme financier, pouvant aboutir à sa remise en question car il s’y oppose, la Grande Crise est devenue endémique. Pour s’en débarrasser, il n’y a d’autre issue que d’en faire autant d’un système financier parasitaire qui continue de s’accrocher à un corps social de moins en moins sain. Dont il est ressentit qu’il est vital de le préserver par un nombre grandissant de ses acteurs.

Afin de mettre en évidence ce phénomène de pérennisation désormais bien enclenché, tout peut partir d’une autre constatation, qui ne souffre pas discussion. Trois bulles financières distinctes coexistent actuellement, les deux dernières étant les produits d’une tentative inachevée et inopérante de faire face à la première. La bulle-mère est celle des actifs toxiques, qui est fort loin d’être résorbée. Les actifs y sont parqués dans ces bad banks de fait que sont les banques centrales, dans de discrets Special Purpose Vehicles, ou bien au fin fond des bilans mêmes des établissements financiers zombies, où ils sont très progressivement dépréciés.

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