L'actualité de la crise : L'EUROPE DANS UN CERCLE VICIEUX, par François Leclerc

Billet invité.

Une épreuve de force est en cours en Europe, qui a pour champ de bataille le marché obligataire. Les taux des obligations irlandaises et portugaises, et dans une moindre mesure grecques et espagnoles, continuent de grimper pour atteindre à nouveau des records. Le taux des emprunts irlandais à 10 ans s’établissait ce mercredi matin à 8,165%, le Portugal ayant de son côté placé 686 millions d’euros à 10 ans à 6,806%, contre 6,242 lors d’une émission similaire intervenue le 22 septembre. En conséquence, l’euro continue de descendre par rapport au dollar, les marchés arbitrant en faveur de la monnaie considérée la moins risquée relativement.

Ce nouvel accès de fièvre anticipe les dangers qui se profilent dans les mois qui viennent, notamment lorsque l’Irlande va devoir réemprunter. Les pays entrés dans la zone des tempêtes sont assassinés à petit feu et la pression ne fait qu’augmenter. Cette fièvre s’appuie sur la conviction que la barre qu’il leur est assigné de franchir est trop haute, et qu’il sont irrévocablement engagés dans une spirale descendante. Elle exprime également un clair et catégorique refus d’être mis à contribution dans le cadre de futurs plans de sauvetage, comme cela est désormais envisagé dans son principe. Les éclairages apportés par le ministre allemand des finances montrant que, bien que la peine envisagée soit bénigne, son principe fait à lui seul réagir brutalement.

Il se confirme également que, dans ce calendrier rapproché, le seul parapet existant sur une route devenue très sinueuse et pentue est le fonds de stabilité financière (EFSF). Dont les moyens potentiels – 440 milliards d’euros maximum, qui doivent être trouvés sur les marchés – apparaissent sous-dimensionnés par rapport aux besoins conjoints de ces quatre pays.

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L'actualité de la crise : LE G20 DÉFAIT EN RASE CAMPAGNE, par François Leclerc

Billet invité.

La tradition pourra-t-elle être respectée ? Le G20 s’ouvre dans un jour et le texte du communiqué final – toujours adopté à l’avance – n’est pas rédigé. Les parenthèses indiquant les formules faisant l’objet de désaccords y pullulent, aux dires des organisateurs Sud-Coréens. Les discussions butent sur les questions monétaires, pour ne pas employer de termes belliqueux, les faits se suffisant à eux-mêmes. Le sommet va se contenter d’entériner la nouvelle donne de la crise.

Selon des fuites dont le Financial Times a bénéficié, il va également adopter profil bas à propos de la régulation anti-systémique des banques. Si une liste d’une vingtaine de mégabanques a bien été dressée par le Financial Stability Board (FSB), on envisage de confier l’adoption de mesures propres les concernant aux autorités nationales de régulation. Assurément, elles sont plus en mesure de faire face à la réglementation de banques appelées également transnationales. La tâche de démantèlement de ces établissements s’avérant par ailleurs officiellement trop complexe pour être traitée au plan international.

C’est un triomphe annoncé pour l’Institute of International Finance, qui a œuvré au nom des mégabanques afin de repousser toute mesure complémentaire à celles déjà annoncées dans le cadre de Bâle III.

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L'actualité de la crise : LA MARCHE DES CRABES, par François Leclerc.

Billet invité.

Hier lundi, les banquiers centraux se sont réunis à Bâle, en Suisse, mais nous ne saurons rien de leurs discussions et encore moins de leurs décisions. Jean-Claude Trichet, qui a ensuite tenu une conférence de presse, a été encore moins disert que d’habitude, ce qui n’est pas peu dire. Faisant pour le moins contraste avec la manière dont la Fed étale ces derniers jours ses divergences internes, après avoir reçu dans le monde entier une volée de bois vert. Cela est impressionnant et en dit long sur le désarroi qui y règne, permettant de comprendre la décision des banquiers centraux de serrer les coudes, l’objectif non avoué de leur réunion, car que leur reste-t-il d’autre à faire ?

Ces derniers temps à l’offensive contre le gouvernement chinois à propos des déséquilibres mondiaux et de la sous-évaluation du yuan, l’administration américaine a du rapidement se replier sur des positions préparées à l’avance, selon la célèbre périphrase utilisé par les militaires pour ne pas dire retraite. Le seul consensus qu’ils sont parvenus à réunir s’est fait contre eux, les amenant sur la défensive et ne pouvant s’y résoudre, comme on va probablement le constater.

Contribuant à la confusion déjà largement entretenue sur le dossier de la réforme monétaire, le républicain Robert Zoellick, président de la Banque Mondiale, vient de jeter un pavé dans la mare en publiant une tribune dans le Financial Times. Il préconise le retour à l’utilisation de l’or, non pas comme étalon mais « comme un point de référence international lié aux prévisions du marché pour l’inflation, la déflation et la valeur future des monnaies ». Un mécanisme qui reste à ce stade particulièrement obscur et qui n’a été commenté par Ben Bernanke et Jean-Claude Trichet que du bout des doigts, pour l’en laisser glisser. Il n’empêche, le ver est dans le fruit et va très lentement le grignoter.

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L'actualité de la crise : TRANSPARENTES PAROLES DE BANQUIER, par François Leclerc

Billet invité.

Concours de beauté ou tour de passe-passe ? A les écouter, on ne sait plus trop quoi penser des discours que nous délivrent les banques européennes. Toutes en sourire, certaines affectent d’être prêtes à franchir l’obstacle de Bâle III, tandis que d’autres continuent d’agiter le chiffon rouge du crédit plus cher et moins abondant qui en résultera. Faut-il toutes les croire ?

Ce qui est certain, c’est qu’il leur faut être prêt sans tarder, la course allant être lancée par le G20, qui va dans les jours qui viennent poser un acte se voulant essentiel, avec l’adoption des mesures de renforcement des fonds propres adoptées par le Comité de Bâle. Avec l’intention – perdue d’avance – de reléguer autant que possible au second plan ses désaccords internes sur le sujet brûlant du moment : la guerre des monnaies. Sans s’attarder sur le chapitre suivant de la réglementation, qui vise à se prémunir contre le risque systémique en durcissant encore plus les critères de fonds propres, perspective qui déclenche un tir de barrage des mégabanques et qui est prudemment repoussée.

Ces dernières affichent qu’elles vont anticiper le calendrier réglementaire en passe d’être décidé, mais qu’il ne faudrait pas davantage charger la barque. Qu’elles vont parvenir à rentrer dans les clous en réglant les dividendes en actions, ou en affectant aux réserves les résultats qu’elles accumulent actuellement aux bons soins des banques centrales, sans avoir besoin d’augmenter leur capital en faisant appel aux actionnaires ou en l’ouvrant à d’autres. Quitte à céder des actifs ou, mieux encore, à accroître les résultats de leur activité de dépôt grâce aux frais bancaires.

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L'actualité de la crise : UNE RÉGULATION EN FAILLITE, par François Leclerc

Billet invité.

Actualité du G20 oblige, il faut y revenir, mais est-il bien nécessaire de s’acharner à suivre les méandres des débats internationaux à propos de la régulation financière en gestation ? Etant donné, se dit-on, que les dispositions prises n’auraient pas pu empêcher la crise actuelle, et qu’elles pourront encore moins demain faire obstacle à la prochaine, qui prendra une autre forme et surprendra tout autant.

Le G20 va faire sonner faux les trompettes, en vue d’annoncer l’adoption d’une nouvelle régulation des banques (Bâle III), bien qu’elle soit encore arrêtée à mi-chemin, faute de dispositions anti-sytémiques que l’on ne parvient pas à définir et devant la levée de boucliers des mégabanques. Mais il laisse largement de côté celle des produits financiers sophistiqués et des marchés, sur lesquels se réalisent leurs transactions.

L’avenir du shadow banking est dans ces conditions pleinement assuré, les banques utilisant déjà leurs filiales pour contourner les réglementations actuelles et futures. Certains analystes considérant de surcroît que les restrictions apportées à l’activité des banques va les amener à prendre encore plus de risques dans le secteur non réglementé, afin d’améliorer leur retour sur fonds propres, qui vont devoir être augmentés.

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L'actualité de la crise : UN G20 DÉJÀ DÉMONÉTISÉ, par François Leclerc 2

Billet invité.

Dernière ligne droite avant le G20 de Séoul, nous assistons à un round d’observation de la guerre des monnaies, dont l’aboutissement donnera lieu à un festival de belles paroles de peu de valeur.

Ayant du beaucoup en rabattre de ses demandes initiales, le secrétaire au Trésor américain Tim Geithner parle désormais de « construire un cadre de coopération », en vue de la réduction des déséquilibres commerciaux mondiaux. Autrement dit, il propose de discuter du format de la table de négociation, un bon début. Après être parti, bille en tête, en réclamant la définition d’objectifs chiffrés impératifs (un excédent ou un déficit des comptes courants de 4% du PIB au maximum).

A la manœuvre en tant qu’hôte du sommet, le président Sud-coréen Lee Myung-Bak, espère modestement que va se réaliser une « pression des pairs », afin de superviser un accord sur les changes pour lequel une formule ciselée reste à trouver pour le communiqué final du sommet. Faisant preuve de réalisme, après avoir constaté que le rapport de force interdisait de demander davantage.

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L'actualité de la crise : L'INCERTITUDE EUROPÉENNE, par François Leclerc

Billet invité.

Chacun de son côté, l’OCDE et le FMI viennent de prévoir un ralentissement général du rythme de la reprise. Ce sont leurs propres termes. Le premier estime que « la reprise mondiale demeure fragile, mais est globalement sur les rails », tout en reconnaissant que ses prévisions sont entachées d’une « incertitude considérable » et que de grandes disparités existent entre pays développés et émergents, les pays résistant le mieux ayant leur croissance encore tirée par des plans de relance ou par leurs exportations.

Après avoir rituellement réaffirmé que le niveau de la dette publique était « insupportable », l’OCDE s’inquiète également des risques créés par les flux de capitaux dans les économies émergentes – création de bulles d’actifs et hausse des taux de change – concluant qu’il faudrait « parvenir à une approche commune de la manière de réduire les déséquilibres mondiaux » et que des « réformes structurelles » sont nécessaires dans ces pays. Vastes propos se concluant par la suggestion du développement de marchés financiers dans les pays émergents !

Peut-être l’OCDE avait-elle en tête le lancement dans le système financier chinois de produits dérivés (de type CDS), qui vient d’intervenir, afin de mieux gérer le risque lié à la dette, en collaboration entre mégabanques occidentales et chinoises ? Les autorités régulatrices n’ayant pas su ou pas voulu résister aux sirènes, inquiètes en raison de la bulle financière qu’elles tentent de combattre, et qui viennent de passer un pacte avec le diable.

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L'actualité de la crise : CE N'EST QU'UN DÉBUT…, par François Leclerc

Billet invité.

Rarement une décision de la Fed aura suscité dans le monde entier un tel tollé des gouvernements, ainsi qu’autant de réactions favorables des marchés en sens opposé.

Canal habituel de réaction du gouvernement chinois vers l’étranger, l’éditorial du China Daily a commenté l’annonce du plan de 600 milliards de dollars avec une sévérité inaccoutumée : « Il est irresponsable pour le pays ayant la principale monnaie de réserve mondiale de maintenir la devise notre argent, votre problème« , poursuivant « …il est injuste pour une économie riche de diluer ses dettes aux dépens de la stabilité de l’économie mondiale et de son système financier ».

Alors que nous sommes à une semaine de l’ouverture du G20 de Séoul, qui promet d’être animé, Cui Tiankai, vice-ministre des Affaires étrangères et négociateur en chef de la préparation de celui-ci a déclaré que « les Etats-Unis nous doivent une explication ». Sous entendu : avant que le G20 ne commence.

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L'actualité de la crise : UN TRAIN PEUT EN CACHER UN AUTRE, par François Leclerc

Billet invité

Les résultats des élections américaines font la « une » de l’actualité mondiale et vont partiellement occulter l’événement le plus important de la journée de par ses conséquences : la décision de la Fed de relancer ses acquisitions de bons du Trésor à long terme, de monétiser la dette et d’injecter des centaines de milliards de dollars dans le système financier.

La défaite des démocrates aux mid-terms, comme les nouvelles mesures de la Fed, vont avoir ceci en commun qu’elles ne surprendront personne. Dans les deux cas, les interrogations à leur propos ne portaient et ne portent encore pour quelques heures que sur leurs ampleurs respectives. Mais si l’on s’intéresse à leurs conséquences, c’est une autre paire de manches.

Démocrates et républicains vont poursuivre leurs jeux politiques, à la recherche d’une coopération à laquelle ils vont être désormais institutionnellement astreints. Une sorte de paix armée, en attendant la campagne des élections présidentielles qui ne va pas tarder à être engagée. Pour autant, vont-ils être ensemble ce qu’ils n’ont pas su être séparément, porteurs d’une stratégie de relance de l’économie américaine, l’unique objectif que leurs électeurs attendent d’eux ? A y regarder de près, les votants ont exprimé une véritable motion de défiance à leur égard.

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L'actualité de la crise : LA MACHINE A FAIRE DES BULLES, par François Leclerc

Billet invité.

Ces tous derniers jours, le monde financier était et reste suspendu aux décisions que la Fed va prendre mercredi prochain. Jamais une réunion de celle-ci n’aura suscité autant d’attente et des annonces de la Fed, autant d’expectations et de commentaires avant qu’elles ne soient rendues publiques. Mais le paradoxe est que c’est moins en raison des bienfaits qui en sont attendues, en faveur de la relance économique, que des dangers qu’elles recèlent pour les marchés des capitaux.

S’il est acquis que la planche à billet devrait être remise en marche, les spéculations fleurissent sur le volume initial du programme ainsi que sur les conditions qui vont l’assortir. Une fois lancé, selon quels critères la Fed annoncera qu’elle décidera ultérieurement de l’arrêter : un volume final d’achat de bons du Trésor, un taux d’inflation déterminé, une diminution donnée du chômage et une amélioration de la croissance ? Prendre cette décision semble rien moins qu’évident, étant donné le nœud de contradictions dans lequel la Fed se trouve et la totale nouveauté de la situation qu’elle affronte.

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