À force, les idées deviendraient des forces matérielles

Il n’y a pas que le virus qui rôde. Une idée jugée hier totalement irréaliste en fait autant, le revenu universel (*). Mais, devenue à ce point dans l’air du temps, les circonstances la favorisant, elle a été largement dénaturée ou vertement critiquée. Derrière les mêmes mots se cachent de nombreuses variantes. Si l’utopie de départ a pris de la consistance, le revenu universel est devenu une auberge espagnole.

Les néo-libéraux, jamais en mal d’un travestissement avantageux y voit un simple regroupement des différentes aides sociales sous une même appellation, espérant ainsi désamorcer une aspiration d’une tout autre nature. À l’autre extrémité de la pensée, il est revendiqué la gratuité des biens essentiels, alimentation, logement, vêtements, santé, éducation, transports et connectivité. C’est la proposition de Paul Jorion et de Paul Ariès. On pourrait à ce propos parler de « biens communs » pour renvoyer à un concept très prometteur qui donnerait une assise élargie au projet en remettant en cause le principe sacro-saint de la propriété privée.

Bernard Friot dénonce tout ce qui procurerait « une roue de secours au capitalisme » et considère nécessaire pour y parer de lier un salaire social à vie à la personne et non à l’emploi, ainsi que d’accorder parallèlement la propriété d’usage des outils de travail. Ce salaire serait financé par une taxe sur la valeur ajoutée pour répondre à une classique objection.

Dans l’acception libérale, ce concept est assimilé à un filet de sécurité nécessaire à la stabilité sociale et a pour effet de diminuer la charge des entreprises, dans la novatrice il participe d’un affranchissement du salariat. Idée qui sort renforcée par la perspective de la rareté relative du travail, le fruit de la robotisation.

L’histoire fournit de nombreuses références, les expériences et implantations que l’on peut étudier ne sont pas négligeables, la littérature sur le sujet est abondante et l’argumentaire s’est affûté. Son montant et son financement font l’objet de multiples estimations et propositions. Enfin, le revenu universel n’apparait plus être une rêverie dans le contexte de bouleversement actuel et du rôle prédominant de L’État qui en découle. Les nouvelles missions des banques centrales ont à ce propos apporté de l’eau au moulin de ceux qui préconisent que la création monétaire soit dirigée vers ce financement et non vers les banques, pas très loin de l’« helicopter money »…

Si l’on revient à l’actualité, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) propose pour enrayer la propagation de la pandémie du coronavirus de verser un revenu de base aux 9 travailleurs sur 10 qui ont un emploi informel dans les pays en voie de développement. Sans ressources s’ils doivent rester chez eux confinés, leur vie est impossible. Aux États-Unis, le secrétaire au Trésor Steve Mnuchin utilise un argument imparable pour s’opposer à la prolongation à l’identique du programme d’allocation chômage des américains : « il ne serait tout simplement pas juste d’utiliser l’argent des contribuables pour payer plus cher des gens pour rester à la maison que s’ils travaillaient et trouvaient un emploi ».

Il y a encore beaucoup de grain à moudre.

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(*) Sous de nombreuses appellations, le revenu universel est a priori destiné à tous, sans conditions de ressources ni obligation de travail.

9 réflexions au sujet de « À force, les idées deviendraient des forces matérielles »

  1. A mon avis, il y a une autre solution que l’idée de l’hélicoptère monnaie pour relancer l’économie.

    Il s’agirait de verser le SMIC aux femmes qui s’engageraient à ne pas exercer un emploi rémunéré. Le chômage diminuerait fortement car on peut penser qu’il y aurait beaucoup de candidates, tellement elles auraient à s’occuper. On peut supposer aussi qu’une partie de l’argent versé retournerait dans les circuits de l’économie.

    Lancer une consultation nationale serait le moyen de le savoir.

      1. Je m’attendais à une telle réaction. Pourquoi pensez-vous tout de suite à la femme au foyer ? Cela relève d’une conception largement dépassée, vieille de 200 ans comme le dit Eninel. Que faites-vous du progrès ?
        Je pense que la femme est assez émancipée aujourd’hui pour trouver des occupations aussi diverses que variées sans rester au foyer. J’aurai dû ajouter les hommes (je dois avoir, moi aussi de vieux réflexes), veuillez me pardonner cet oubli.
        J’ajouterai que la recherche du profit par ceux (les capitalistes) qui ont réussi à abaisser les salaires de telle façon qu’un couple, qu’il le veuille ou non, doit travailler pour subsister décemment.
        C’est infiniment plus important que les querelles du passé.
        Cela vous convient-il ?

        1. « Cela vous convient-il ? »

          Mais non cela ne nous convient pas, puisque sous réserve de faire amende honorable : « J’aurai dû ajouter les hommes (je dois avoir, moi aussi de vieux réflexes), veuillez me pardonner cet oubli. », vous nous dites exactement la même chose sur ce second post :

          « Je pense que la femme est assez émancipée aujourd’hui pour trouver des occupations aussi diverses que variées sans rester au foyer.  »

          Monsieur Bayard, pensez vous que le « progrès », cela soit de verser une aumône ( un smic ) à un quidam mâle ou femelle, et le laisser faire ensuite ce qu’il veut dans son coin … en toute émancipation ?

          Ne croyez vous pas être victime d’ une grave carence politique à ne pas voir, qu’avec une pension minimum, ce quidam aura comme occupations aussi diverses que variées que rester pauvre au foyer… si il a la chance d’en avoir un ?

          Et pourquoi recherchez vous ce type de pire aller, ce revenu universel, cette solution qui tient lieu de recours, faute de mieux, cet artifice de toute façon immoral, car il n’est jamais sain d’inciter à l’oisiveté, mère de tous les vices ?

          Parce que vous réfléchissez dans le cadre d’un capitalisme incapable de garantir le plein emploi, incapable d’ouvrir une moindre perspective de progrès humain.

          Trotsky a écrit :  »

          « … Dans les conditions du capitalisme en décomposition, les masses continuent à vivre la morne vie d’opprimés qui, maintenant plus que jamais, sont menacés d’être jetés dans l’abîme du paupérisme. Elles sont contraintes de défendre leur morceau de pain, même si elles ne peuvent l’augmenter ou l’améliorer. Il n’y a ni possibilité ni besoin d’énumérer ici les diverses revendications partielles qui surgissent chaque fois des circonstances concrètes, nationales, locales, professionnelles. Mais deux maux économiques fondamentaux dans lesquels se résume l’absurdité croissante du système capitaliste, à savoir le chômage et la cherté de la vie, exigent des mots d’ordre et des méthodes de lutte généralisés… »

          Il s’agit de l’échelle mobile des heures de travail et l’échelle mobile des salaires, revendications que les chefs syndicaux feraient bien de reprendre à leur compte, plutôt que d’accepter de jouer les valets en tant que partenaires sociaux, mais l’important n’est pas là, l’important est la conclusion historique livrée par Trotsky :

          « …Sous peine de se vouer lui-même à la dégénérescence, le prolétariat ne peut tolérer la transformation d’une partie croissante des ouvriers en chômeurs chroniques, en miséreux vivant des miettes d’une société en décomposition. Le droit au travail est le seul droit sérieux que l’ouvrier ait dans une société fondée sur l’exploitation… »

          LES FEMMES REVENDIQUENT LE DROIT AU TRAVAIL, ELLES ONT RAISON !

          1. Bien sûr que vous avez raison. Mais ce ne sont que des vœux pieux. Par ailleurs, où avez-vous trouvé un capitalisme capable d’assurer le plein emploi (bien rémunéré) ? Puis, se lamenter sur le sort qui nous est fait ne sert à rien.

            Je pense que nous n’arriverons pas à nous entendre.
            Bien cordialement à vous.

  2. « Il s’agirait de verser le SMIC aux femmes qui s’engageraient à ne pas exercer un emploi rémunéré. »

    Une lumineuse idée qui n’en doutons pas, ferait un malheur, non seulement chez les féministes, mais parmi tous les travailleurs bipèdes dit  » sexe faible  » !

    Nous sommes là dans la démence décomplexée nous ramenant gentiment deux cent ans en arrière.

    Comme il est loin le temps bénit du Mouvement de Libération des Femmes ( MLF ) !

    Faut il que la théorie de l’émancipation humaine traverse une telle crise, pour que sur un site tel que celui ci, puisse être posté ( sans réponse immédiate ) de tels propos ???

    Lançons une consultation nationale pour mesurer la justesse d’une telle proposition, mais doux Jésus, au préalable retirons aux femmes le droit de vote !

    1. Je n’en attendais pas moins de vous Mr Leclerc qui, sous le pseudo Eninel soit « Lénine » à l’envers, avez gardé la nostalgie de l’URSS.
      Il n’est pas étonnant que vos propos n’encouragent personne à venir débattre ici de ce sujet brûlant.

      1. Je n’utilise aucun pseudo, ai d’excellentes raisons de n’avoir aucune nostalgie à l’égard de l’URSS, et vos propos sur les femmes ne me conviennent pas. Merci de vous en tenir là.

      2. Lecteur depuis longtemps, la seule chose qui me dissuade de débattre en ces lieux est mon incompétence sur les sujets traités (avec aussi la culpabilité de ne pas contribuer malgré mon grand respect pour le travail accompli).

        Mais merci de m’avoir fait rire avec cette révélation sur Eninel.

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