La main hésite quand vient le moment de signer

Dans leur jargon, ils appellent « policy-mix » la combinaison complémentaire des politiques monétaires et budgétaires. La BCE et les autorités françaises tentent d’en faire valoir leurs versions tandis que la Commission prépare ses propres propositions. Le projet repose sur la prolongation et l’extension du programme Pandemic Emergency Purchase (PEPP) de la première, ainsi que sur un plan de relance financé par la Commission. Mais la voie est bordée d’écueils.

La première interrogation porte sur la réaction de la Cour de Karlsruhe, car elle n’avait accordé un statut à part au PEPP que parce qu’il était limité dans le temps et dans son volume. Rien ne garantit que le ballon d’essai lancé à ce sujet dans La Repubblica par Isabel Schnabel, l’un des membres du directoire de la BCE, va bien rebondir. D’autant que si la BCE a assoupli ses propres règles pour l’occasion, les juges lui ont rappelé que les achats obligataires de la banque ne doivent pas dépasser 33% du montant de la dette d’un pays. Or, la banque centrale est proche de cette limite pour la dette allemande étant donné la faiblesse de ses émissions. Et Lars Feld, l’un des experts économiques qui conseille le gouvernement allemand n’a pas été très positif quand il prétend dans une interview aux Échos que la BCE « devait s’en tenir à son mandat » et respecter ses limites. Quand bien même celles-ci ont été décidées par la BCE, son mandat n’y faisant nullement référence…

Le pilier budgétaire consiste à faire financer les plans de relance nationaux par la Commission, qui serait autorisée à émettre des titres de dette afin d’abonder son budget dans le cadre d’un programme de trois ans. Un montant de 150 à 300 milliards d’euros par an serait levé, selon l’accord final obtenu, permettant d’accorder des prêts pays par pays à très bas taux à long terme, assortis d’un moratoire pour le démarrage de leur remboursement. Selon ce même projet, la Commission lancerait une émission obligataire unique, d’une maturité comprise entre 8 et 10 ans, et la dette pourrait être « roulée » avant d’être remboursée sur son budget. Mais qu’en sera-t-il de la garantie apportée ? Dans la même interview, Lars Feld précise bien que « les emprunts de pays membres avec une responsabilité solidaire ne sont pas envisageables pour l’Allemagne. » Toujours la même pierre d’achoppement !

Le Medef français, la Confindustria italienne et le BDI allemand ont pris l’initiative d’un appel commun demandant la création d’un « fonds européen de relance de taille adéquate, capable de fournir un juste équilibre entre prêts et subventions en faveur des États membres » et revendiquant un « degré élevé de solidarité », ce qui implique « des ressources communes au profit des pays les plus touchés ». Les termes sont pesés mais vagues. Les représentants du patronat proposent également que des mesures massives « pouvant aller jusqu’à 5 % du PIB par an dans la plupart des pays » soient adoptées, le creusement des déficits publics n’étant visiblement pas un problème quand il s’agit d’aider les entreprises. La participation du BDI à cet appel se veut un symbole de l’ouverture du patronat allemand à une coopération renforcée, mais elle laisse en pointillés les sujets délicats.

Courage, ce n’est qu’un mauvais moment à passer !

3 réflexions au sujet de « La main hésite quand vient le moment de signer »

  1. On compare souvent, à tort, la dette publique avec la dette des ménages. Un ménage ne peut pas trop s’endetter, il en irait de même pour les Etats. On entend dire qu’il ne faut pas que la dette publique hypothèque l’avenir de nos enfants. Tous ces raisonnements semblent intuitivement corrects et pourtant la dette publique ne peut pas être comparée à la dette d’un ménage. En effet les dettes des ménages doivent impérativement être remboursées à un moment déterminé alors que la dette publique peut être indéfiniment reportée et elle finira à terme par se réduire comme cela a été le cas de la dette de l’Angleterre après les guerres napoléoniennes et de la dette des Etats Unis après la seconde guerre mondiale, les analyses de Krugman sont éclairantes à cet égard.

    1. parfaitement expliqué. Et on peut ajouter que la dette d’état dépend de l’endettement des voisins. Quand tout le monde s’endette en même temps. le risque est dilué. Et où voulez vous investir toute ces immenses liquidités qui circulent?

  2. Il convient de préciser que la dette des agents économiques comprend la dette des ménages et aussi celle des entreprises. Ces dernières, si mes infos sont exactes, ont emprunté sans besoin de trésorerie mais seulement parce que les taux d’intérêt étaient très bas. Peut-être pour re-prêter quand ils remonteront ? Spéculation, quand tu nous tiens !

    Enfin, il faudrait se poser la question de savoir où est donc passé tout le fric de cette dette. Je suis preneur de toute info à ce sujet.

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