La mondialisation n’a pas été ce que l’on en dit

L’Organisation mondiale du commerce (OMC) fête sans flonflons ses 25 ans, en plein désarroi apprenons-nous dans le journal Les Échos. À se demander, toutefois, si ce malaise n’est pas d’abord éprouvé par tous ceux qui pleurent ce qu’elle a été et n’est plus, incapables de percevoir qu’une autre globalisation est possible.

L’internationale des marchands a depuis longtemps pris le pas sur celle des prolétaires, mais le discours triomphaliste des grandes heures n’est plus de circonstance, la dénonciation du dangereux populisme et des égoïsmes nationaux montant lui a faute de mieux succédé.

En réalité, les effets tant magnifiés de la mondialisation se sont produits sur la lancée de décisions prises pour l’essentiel il y a longtemps par son prédécesseur, le Gatt, lors de la signature de l’Uruguay round en 1995… Depuis, les négociations n’ont cessé de patiner, chacun en rejetant la responsabilité sur l’autre.

Le rêve d’un marché-roi mondialisé une fois accompli, on a vu ce que cela a donné. Pour le défendre, il est sempiternellement mis en avant le recul de la pauvreté – résultat de la délocalisation de l’emploi – jamais la spectaculaire concentration de l’appareil productif et l’essor des entreprises transnationales. Enfin, lorsque le bilan en est tiré, il n’est au grand jamais évoqué l’accroissement des inégalités qui en a résulté, à la faveur d’une confusion entretenue avec la pauvreté.

À l’appui des panégyriques, des courbes impressionnantes sont tracées, des pourcentages mirifiques de croissance du commerce international sont lancés. À y regarder de plus près, il y a pourtant à boire et à manger. Du dire de l’OMC, ce commerce international tant vanté repose à près de 70% sur la mise en place des chaînes de valeur des transnationales, c’est à dire sur une organisation internationale de la production, la localisation de chacun de ses éléments choisie afin de l’optimiser. La baisse des coûts de transport, et surtout celle des droits de douane – raison d’être de l’OMC – ont été à l’origine du poids grandissant des échanges intra-groupes, assortis du choix des sous-traitants et accompagnés de l’optimisation des « coûts salariaux », la cerise sur le gâteau.

Si cette mondialisation-là est arrivée à son terme, cela ne résulte que marginalement de la guerre commerciale en cours, comme il est partout banalement expliqué. Une époque a pris fin, celle de l’émergence, puis de l’établissement et de la domination des entreprises transnationales, qui a désormais donné ce qu’elle pouvait. Un relais de croissance est donc recherché activement, d’où le discours flatteur tenu sur les start-up dont il est espéré qu’elles en favoriseront le retour. La course des champions du numérique est lancée, même si un bémol est ajouté quand les effets de l’automatisation et de la numérisation sont évoqués.

C ‘est dit ! l’innovation technologique sera le moteur mondial de la croissance de demain, une promesse en vaut bien une autre ! Et ses effets secondaires passeront comme d’habitude aux pertes et profits.

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Une réflexion sur « La mondialisation n’a pas été ce que l’on en dit »

  1. A l’international des marchands, il faut, aurait fallu, la mondialisation des gouvernements, en un seul Etat planétaire, une extension réelle des droits et devoirs économiques, fiscaux, sociaux et culturels mais à cause des nationalistes souverainistes de tous bords, et du fameux : « c’est moi qui suis le plus beau, le meilleur, le plus malin », c’est un projet impossible. Pourtant objectivement, le seul à même d’assurer une paix relative, de maximiser les avantages/inconvénients de notre vie commune, seul à même de sauver notre espèce, et l’écosystème qui va avec nous.
    Tous ceux qui vous disent le contraire sont des menteurs en conscience ou malgré eux. Ceci est une véritable TINA.

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