La calamiteuse option nucléaire

Il avait été officiellement annoncé avec aplomb que les opérations de démantèlement de la centrale de Fukushima allaient durer quarante ans. C’était certes lointain, mais a permis à l’époque de faire preuve d’assurance et d’une fausse maîtrise de la situation. Mais de l’eau a depuis coulé sous les ponts…

Pour couler, elle coule, mais elle est contaminée ! Jusqu’à la fin des travaux, mais quand ? Car le ministre de l’Industrie reconnait désormais que « le processus industriel est très complexe », rendant aléatoire toute prévision. Le calendrier de la première phase est déjà remis en question par Tepco, l’opérateur de la centrale. Le retrait du combustible des trois piscines où il est entreposé s’avère plus délicat que prévu, le conduisant à reconnaître rencontrer « une succession de problèmes » avec la première d’entre elles.

Les deux autres vont attendre leur tour, chaque opération étant maintenant prévue pour durer deux ans et la fin des travaux est reculée, programmée en 2028, soit 17 ans après la catastrophe… Il ne restera que 23 ans, si l’on s’en tient au calendrier initial, pour que la nature reprenne ses droits une fois le site totalement démantelé, si toutefois cet objectif est atteint.

Le doute à ce propos ne peut que s’amplifier en raison des évènements. Extraire dans des circonstances imprévues des barres de combustible d’une piscine conçue pour les entreposer est une chose, évacuer les coriums très hautement radioactifs répandus au fond des réacteurs en est une toute autre ! Le mieux est donc de ne pas en parler.

Pour donner la mesure du chemin restant à parcourir, l’Autorité japonaise de sûreté nucléaire a diffusé jeudi dernier des images des entrailles du bâtiment principal du réacteur n°3, où aucune intervention humaine n’a été réalisée depuis plus de huit ans…

L’industrie nucléaire n’en est plus à ses beaux jours et la catastrophe de Fukushima n’est pas seule en cause. L’équation économique a changé, les coûts comparatifs des énergies renouvelables sont en faveur de ces dernières lorsque les calculs intègrent toutes les données. La lutte contre le réchauffement climatique est devenue son principal argument, ce jeu dangereux qui consiste à combattre un feu par un autre feu. Les pertes de compétences dues au rythme réduit de construction de nouvelles centrales durant la dernière décennie induisent des retards et des coûts supplémentaires conséquents. Sans parler de ceux à venir résultant du démantèlement des centrales en fin de vie et de celui du stockage de très longue durée des éléments radioactifs les plus nocifs, qu’il faudra aussi se décider à provisionner correctement.

La situation n’est pas exactement la même suivant les régions du monde. Aux États-Unis, de nombreux réacteurs ont été fermés en raison des prix bas de l’électricité résultant de l’explosion de la production meilleur marché du gaz de schiste et de l’essor des éoliennes. En Europe, le prix plus élevé de l’électricité et l’existence d’un marché du carbone, même fonctionnant mal, rendent l’énergie nucléaire plus compétitive. Mais c’est en Chine, l’un des plus gros émetteurs de CO2, que se trouve la clé de la relance en grand d’une industrie nucléaire qui n’y pèse que 4% de la production d’électricité. Tous les espoirs se tournent vers elle…

Une réflexion sur « La calamiteuse option nucléaire »

  1. François, les résultats obtenus par TEPCO dans la remise en ordre de la Centrale sont tellement dérisoires par rapport à ce qui reste à faire que votre description me paraît très incomplete !

    Ce n’est pas un reproche à votre égard, juste une constatation de ce que la situation est tellement lamentable qu’on donne l’impression d’exagérer à desein dès qu’on entreprend d’en faire une description vraiment réaliste.

    Exemple parmi beaucoup d’autres: parce que les produits de la mer sont importants pour les japonais et que les pêcheurs parviennent donc à se défendre mieux que d’autres, l’eau contaminée qu’il est toujours nécessaire de recueillir par pompage au voisinage des trois réacteurs dont la cuve n’a pas résisté est stockée depuis 2011 dans un nombre toujours plus grand de réservoirs situés dans le voisinage immédiat des réacteurs. Il est facile de prévoir le désastre qui se poduirait en cas de nouveau tremblement ou tsunami (ils sont aussi susceptibles de se produire en 2020 qu’ils l’étaient en 2011.) Il reste de moins en moins de place pour installer de nouveau réservoirs mais les pêcheurs refusent que l’eau qui s’y trouve et qui a été nettoyée autant que faire se peut soit rejetée à la mer. C’est pourtant bien là où cette eau finra par aboutir, quoiqu’il arrive, et il vaudrait mieux qu’elle le fasse sans passer une nouvelle fois à travers les réacteurs.

    Les dirigeants de TEPCO et le gouvernement japonais (qui finance les opérations de « nettoyage ») essaient de dissimuler le fait que la seule solution acceptable pour eux est de transmetre le probléme à leurs successeurs en causant le moins de vagues possible d’ici là…

    Un court extrait de l’abondante somme d’informations disponibles dans Wikipedia en anglais sur ce sujet:

    Suggestions de déversement de l’eau de refroidissement

    En septembre 2019, l’eau de refroidissement contaminée avait presque atteint la capacité de stockage. Le ministre japonais de l’environnement, Yoshiaki Harada, a suggéré qu’il n’y avait qu’un seul recours : « la rejeter dans l’océan et la diluer… il n’y a pas d’autres options ». Le lendemain, Yoshiaki Harada a été démis de ses fonctions, à cause des protestations. Son successeur Shinjiro Koizumi s’est excusé auprès des pêcheurs de Fukushima lors d’une réunion à Iwaki City.

    https://en.wikipedia.org/wiki/Fukushima_disaster_cleanup#Management_of_contaminated_water traduit avec http://www.DeepL.com/Translator (version gratuite)

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