L’Allemagne puisqu’il faut en parler

Dans une première étape, le processus de démantèlement de l’Union a atteint les pays de l’Europe du sud, l’appartenance de la Grèce à la zone euro faisant question. Avec l’Italie, ce processus se poursuit sur le même mode, même si le sentiment prévaut que sa sortie sera évitée car l’Union européenne n’y survivrait sans doute pas

Les forces dites « populistes », un temps chargées de toutes les péchés, ont depuis pris leurs distances plus ou moins clairement avec la stratégie de sortie dont elles se réclamaient haut et fort auparavant. Quel est donc alors le moteur de ce processus qui se poursuit ?

Il a été largement relevé que la construction incomplète de l’Union européenne était en cause, ne s’attardant pas sur les effets de la stratégie budgétaire prioritairement destinée à réduire l’endettement. Et quand la responsabilité de celle-ci a été évoquée, ce fut pour l’attribuer au gouvernement allemand. Du bout des doigts pour ne pas réveiller les vieux démons.

Pourtant, les autorités allemandes ne sont pas seules en cause. L’intégration dans les traités européens de seuils de déficit et d’endettement a servi de prétexte à l’adoption des réformes structurelles. Et pas de n’importe lesquelles, mais des réformes libérales ayant pour credo l’amoindrissement du rôle de l’État et la poursuite de la financiarisation de ses activités. Dans cette logique, il est de préférence choisi de diminuer les taxes et les impôts plutôt que de dégager des financements sur le budget de l’État.

L’assouplissement de cette politique a suscité deux blocages, l’un idéologique, au nom des intérêts supérieurs du capitalisme, l’autre allemand, en raison de l’attachement particulier trouvé en Allemagne à ce l’on pourrait appeler le capitalisme de rétention.

Aujourd’hui, de premiers timides débats dans les milieux académiques et économiques allemands apparaissent, portés par les vents provenant des États-Unis où est préconisée la Théorie Monétaire Moderne (MMT). Mais, reconnaissons-le, la brise est légère !

Le moteur du démantèlement de l’Europe a trouvé un relais, la déconstruction du modèle économique allemand. Les prévisions gouvernementales de croissance pour l’année en cours ont été encore réduites et sont désormais chiffrées à 0,5%, après avoir été de 2% il y a un an. Qu’est-il donc arrivé pour expliquer une telle chute ?

Elle est attribuée aux effets de la guerre commerciale, et son caractère serait passager, ce qui permet de prévoir une remontée de la croissance dès l’an prochain. C’est le genre de prévisions qui repose sur la conviction que tout ira forcément mieux demain ! Si ce ne devait pas être le cas – hypothèse plus probable – il faudra en tirer la conséquence : le modèle allemand qui repose sur la croissance des exportations depuis trente ans ne fonctionne plus, dépendant de la demande chinoise. Et la question n’est pas de savoir si celle-ci va ou non durablement faiblir, mais si la Chine saura produire ce qu’elle avait jusqu’alors besoin d’importer, vu sa récente maitrise des nouvelles technologies.

La situation actuelle conduit à examiner sous un autre angle la faiblesse de la croissance allemande. Il peut être enregistré que la situation de quasi plein-emploi que connait le pays ne suscite pas la demande intérieure qui permettrait de compenser la diminution des exportations. La qualité de l’emploi et le niveau des rémunérations sont tous deux en cause. On retrouve là une des données désormais rencontrées lors des réunions des organisations internationales : les inégalités progressent, car les rémunérations les plus élevées augmentent plus significativement que les plus faibles.

Si le faible niveau de croissance de cette année est reconduit à l’identique l’an prochain, quelles conclusions les autorités allemandes vont-elles en tirer ? On peut s’attendre à une certaine crispation en raison de leur profond attachement aux dogmes en vigueur. Outre-Rhin, on parle d’une nouvelle stratégie industrielle qui pourrait être adoptée, en Allemagne et à l’échelle européenne, afin de mieux protéger les entreprises des velléités d’achat chinoises et de dégager des capacités d’investissement afin de faire face à la nouvelle concurrence chinoise. Mais il est à craindre, à l’usage, que les enveloppes financières seront mesurées. Il faudrait également développer le marché intérieur allemand en accroissant prioritairement les faibles rémunérations (afin d’alimenter la consommation et non pas l’épargne), quitte à perdre de la compétitivité sur les marchés extérieurs qui n’y seront pas trop sensibles, recherchant la qualité.

Que cela se fasse d’un coup ou graduellement, un changement de politique devrait être adopté, sous le coup des évènements. Pour le croire, il suffira de le voir.

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2 réflexions au sujet de « L’Allemagne puisqu’il faut en parler »

  1. https://www.theguardian.com/world/2019/apr/21/greece-to-ask-germany-for-billions-in-war-reparations

    Pour ce qui est de ne pas réveiller les vieux démons la décision des députés et du gouvernement Tsipras de réclamer 300 milliards en compensations des atrocités, vols et destructions commises pendant la seconde guerre mondiale ne me semble pas exactement dans cette ligne!

    Il suffirait que d’autres pays (la Pologne par exemple) s’avisent de mettre en avant de telles demandes pour que le Brexit ne soit plus qu’un problème parmi d’autres…

  2. Pensez donc, tous les pays du monde, en particulier ceux de l’ancien tiers-monde, Afrique et Amérique du sud en tête, Asie, peuvent légitimement demander à l’Occident, le dédommagement du pillage de leurs ressources en matière premières et humaines !

    Et même si nous ne sommes certainement pas responsable du passé, certes non, en revanche l’utilisation de l’accumulation du capital et les fruits de ce capital exploité, malgré toute (laissez moi rire) l’intelligence déployée et les efforts consentis (re je me marre) de cet Occident pour en faire fructifier le rendement, je pense qu’il est normal, juste, équitable, humain et bénéfique, de TOUT remettre à zéro et de se mettre autour de la table pour faire un GRAND partage. Tous, du petit au grand, du fort au faible, du riche au pauvre, du malin au crétin, du savant à l’ignorant, tabula rasa gratis ! Et on repart sur de nouvelles bases.

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