Les eurosceptiques accèdent au pouvoir en Italie

Cela devait arriver ! Matteo Renzi et son parti démocrate n’ayant pas tenu la route et répondu aux espoirs qu’ils avaient suscités, le Mouvement des 5 étoiles et la Ligue vont constituer une coalition. Silvio Berlusconi y a contribué en y mettant ses conditions, ayant tout à perdre de nouvelles élections, en déliant Matteo Salvini de son engagement de ne pas s’engager dans cette voie.

Ce qui était hier encore impossible va devenir demain une réalité, les deux partis opposés sur l’échiquier – l’un qualifié pour simplifier de centre gauche et l’autre de centre droit – vont s’unir sur un mode qui n’est pas sans ressemblance avec le mariage de la carpe et du lapin.

Que peut-on a priori en attendre, dans l’attente de plus d’informations ? Le pire s’agissant du sort réservé aux réfugiés, dans la lignée de la politique engagée par l’ancien communiste devenu le ministre de l’intérieur de Matteo Renzi, qui a tout fait pour les empêcher d’atteindre le sol italien.

Comment les deux équipes, une fois venue au pouvoir, vont-elles conjuguer le revenu universel défendu par le M5S et l’impôt à taux unique de la Ligue, contradictoires dans leurs effets ? Comment vont-elles respecter, fort des dépenses du premier et de la baisse des recettes induite par l’autre, les règles budgétaires européennes tout en revenant sur la réforme des retraites ?

Des assurances formelles ont été données à l’occasion de voyages à Bruxelles, mais la confiance n’y est pas. Des populistes, cette espèce tant décriée, peut-on attendre une fois au pouvoir qu’ils respectent les règles ? Prenant la suite de Donald Trump, ils vont être des interlocuteurs difficiles.

Selon le Corriere della Sera, les deux partis italiens se seraient mis d’accord pour étudier la mise en place d’une monnaie parallèle (ou complémentaire) libellée en euro – une idée défendue par la Ligue – qui permettrait l’émission de reçus fiscaux appuyés sur les recettes futures de l’État pour régler certaines de ses dépenses. L’application d’une telle solution n’impliquerait pas la sortie de l’euro, mais elle pourrait facilement conduire à en sortir.

Une fois de plus, on va naviguer en territoire inconnu à l’issue incertaine. Le déblocage tenté par Emmanuel Macron ayant échoué, une autre tentative va être engagée. Non pas afin d’enclencher une relance dont la voie est bouchée mais afin de s’accorder par un autre moyen une indispensable souplesse budgétaire. Au prix du démantèlement de la zone euro dont la perspective va sérieusement progresser d’un seul coup.

La coalition italienne va-t-elle pouvoir tenir longtemps ? Cela va moins dépendre des intentions des dirigeants des deux formations que de la base du Mouvement des 5 étoiles. Pour beaucoup de militants, même en tenant compte de la confusion ambiante, la pilule d’une coalition avec la Ligue est dure à avaler. Mais ils n’en seront pas porteurs d’une alternative pour autant.

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13 réflexions au sujet de « Les eurosceptiques accèdent au pouvoir en Italie »

  1. …  » étudier la mise en place d’une monnaie parallèle (ou complémentaire) libellée en euro – une idée défendue par la Ligue – qui permettrait l’émission de reçus fiscaux appuyés sur les recettes futures de l’État pour régler certaines de ses dépenses. L’application d’une telle solution n’impliquerait pas la sortie de l’euro « …
    !!…Sacré VAROUFAKIS… il va finir par exiger des « royalties »..

  2. Beaucoup de points d’interrogation dans ce texte .

    Je me trompe ou cet euro parallèle a des couleurs d’assignats révolutionnaires ?

    On a du souci à se faire , mais les italiens encore plus , mamma mia !

  3. Le véritable clivage est enfin d’actualité n’en déplaisent à ceux qui pratiquent la politique de l’autruche depuis des lustres L’UE est une catastrophe pour les peuples y compris pour ceux qui sont sincèrement pro-européens. Impossible de la réformer de l’intérieur (comme le PS qui a fini a 6%). Reconstruisons l’Europe autrement pour repartir sur une base démocratique. C’est sans doute ce qui unit ces deux partis si divergents qui reprendront ultérieurement leur doctrine réciproque à priori incompatible. Nous verrons si cela est possible. Intéressant !

        1. Pan sur le bec !

          Mais je pensais à la construction économique ou politique .

          Et ce qui se dessine outre Alpes actuellement n’évoque pas trop une renaissance .

    1. La politique de l’autruche ?

      À Bruxelles, en Allemagne ou en France on s’inquiète de la politique que suivra le prochain gouvernement italien vis à vis de l’UE et de la zone euro. Par contre, du moins si j’en crois les articles des journaux italiens que lis, cette politique ne semble pas du tout être au centre des débats actuels.

  4. Le président italien Sergio Mattarella a prévenu les chefs de M5S et de la Ligue «Ne me présentez pas des candidats aux postes clés du gouvernement hostiles à l’euro ou à l’Union européenne.», affirmant que le souverainisme est une «formule du XIXe qu’on ne peut appliquer aux réalités d’aujourd’hui» et refusant d’entendre parler d’un «référendum sur l’euro».

    Il faut tout de même remarquer que le rôle du président italien, quoique pas tout à fait négligeable, est largement honorifique. Il peut certes donner son opinion, mais ce n’est pas lui qui décidera.

    Je me demande combien de temps il serait possible de maintenir la France dans l’euro dans le cas où l’Italie en sortirait. Je soupçonne : pas très longtemps. Et une telle sortie poserait des problèmes redoutables à l’Allemagne et par contrecoup à l’Espagne, rapport au déséquilibre persistant du système de compensation Target2.

    Le problème de l’Italie, c’est qu’elle est trop grande pour qu’on la ramène dans les clous à la schlague, comme cela a été fait à la Grèce à l’été 2015. Elle est probablement assez largement la taille critique pour « faire turbuler » le système euro, si son gouvernement le décide.

    Il faut encore noter que le ministre de l’Economie français qui s’était rebellé en 2015 contre le traitement réservé à la Grèce, mettant en garde contre un « traité de Versailles de la zone euro » et appelant à résister à la tentation d’« écraser un peuple », et qui pour cette raison avait été chassé comme un malpropre des négociations sur ordre de la Kaiserin Angela, pourrait cette fois réussir à utiliser de tels événements comme l’occasion de faire valoir ses vues.

    C’est qu’il a depuis été élu président de la République 🙂

    1. Pour expliciter ma dernière remarque, je me demande si les événements pourraient pousser Macron et le nouveau gouvernement italien à se répartir les rôles du « gentil » et du « méchant » vis-à-vis du gouvernement allemand.

      Sachant que le « gentil » à lui seul n’arrive à rien, en tout cas pas à convaincre Berlin de bouger de plus de trois millimètres.

  5. S’agissant de la monnaie parallèle on retrouve dans le projet une institution que le ministre d’ l’économie d’Hitler a mis en place en 1935. Le docteur SCHACHT qui n’était pas nazi et qui va vite démissionner avait lancé les « bons MEFO », monnaie parallèle servant de moyen de paiement pour le Trésor. On a pu dire que le dispositif était un succès mais il est vrai dans un tout autre contexte. Affaire à suivre;

  6. Sincèrement, je ne pensais pas qu’ils arriveraient à s’entendre. J’en étais resté à l’impossibilité d’une alliance brun-rouge pour des raisons tant politiquement génétiques qu’épidermiques.
    Mais vous avez raison, Monsieur Leclerc, il ne s’agit plus là de partis des extrêmes mais, à 35 et 37%, de formations centristes capables de plus d’accommodements. D’une alliance beige-rose.
    Nous allons donc nous trouver devant un acccord plus ou moins tacite entre Rome et Berlin pour une sortie de l’Italie (et d’autres) de l’Euro.
    Et la France va devoir choisir entre suivre l’Italie dans sa scécession monétaire ou une adhésion à une zone de coopération renforcée avec les pays du Nord mais à des conditions allemandes encore moins négociables.
    Pov’ Manu, si jeune et déjà écartelé…

    1. J’ai du mal – pour raison technique aussi bien que politique – à imaginer que la « sécession monétaire » d’un ou plusieurs pays membres de l’Eurozone soit possible sans entraîner la séparation de tous les autres.

      Pour un petit pays comme la Grèce, ça aura peut-être été jouable – et encore. Mais si un poids lourd comme l’Italie devait sortir, et avec quelque désordre voire beaucoup de désordres…

      A mon sens, l’Eurozone tiendra dans son ensemble, ou ne tiendra pas du tout.

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