Emmanuel Macron condamné à jouer petit

À ce stade, que reste-t-il d’autre à Angela Merkel et Emmanuel Macron qu’à habiller leurs désaccords afin de faire bonne figure lors du prochain sommet de juin ? Sous la pression de son parti, la chancelière voit sa marge de manœuvre singulièrement se réduire. Dans la perspective des élections européennes de mai 2019, leur feuille de route s’annonce de la dimension d’une feuille de vigne. Le moteur franco-allemand a calé, l’Allemagne a imposé sa politique européenne de rétention. Le président français en est pour ses frais, il ne lui reste plus que le verbe.

La protestation de la direction du SPD, qui appelle au respect du programme de la grande coalition, ne va pas renverser la vapeur. Seul un nouvel épisode de crise aiguë pourrait susciter un retournement de situation. Et il vient à l’esprit un dérapage italien résultant de la combinaison de la crise bancaire et politique. Mais tout va être fait pour le retarder.

En toile de fond domine dans toute l’Europe à peu d’exception près la montée d’une xénophobie larvée faisant le lit des formations et des thèmes de l’extrême-droite. À qui la faute ? les autorités européennes jouent l’insécurité et attisent la peur pour tenter de détourner les ressentiments. Il fallait un responsable à la poursuite de la crise multiforme qui secoue toute l’Europe, les réfugiés sont des parfaits boucs-émissaires. Il est également découvert l’existence d’une cinquième colonne, d’un ennemi intérieur qui, pour être efficacement combattu, exige un second reniement. Celui d’une démocratie qui s’effrite. D’un côté, l’État s’affaiblit au profit du marché, de l’autre il se renforce en promulguant un « état de droit » configuré afin de protéger les nantis.

Et l’Europe ? Elle est condamnée à vivoter, les chefs d’État et de gouvernement la pilotant à la petite semaine. Rognant les prérogatives de la Commission et continuant à limiter les pouvoirs du Parlement européen. Leurs divergences d’intérêt sont destinées à s’élargir et la dynamique européenne à s’inverser, lentement mais sûrement.

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16 réflexions au sujet de « Emmanuel Macron condamné à jouer petit »

      1. J’attendrai l’avis de l’intéressé , mais je ne vois pas l’intérêt d’épouser un condamné à mort (sans patrimoine ).

        PS : j’ai joué la date anniversaire de mon mariage qui tombait ces jours ci , à l’euro millions . Si je gagne (assez ), promis , je complète la donation du mois et même au delà !

        1. J’ai perdu !

          Mais j’avais joué petit .

          Me reste plus qu’à divorcer , et me marier à une autre date pour retenter ma chance .

          Les donations restent plus prévisibles et sures que les jeux de hasard , même si elles se confient au destin .

  1. «L’Europe qui protège»

    Ça m’a tout l’air d’être le slogan choisi pour la campagne électorale européenne des macroniens. De la Russie de Poutine – à défaut de l’URSS qui a longtemps suffit à justifier les efforts en faveur de l’union de l’Europe – jusqu’à la perfide Albion, ils pourront puiser dans la très longue liste des «menaces extérieures»…

    1. Si ça devient , comme possible, le fil rouge macronien pour les européennes , ça me semble davantage être mis en avant , après analyse des peurs accumulées , comme « ordonnance publique » d’un médecin qui se réserve de choisir les médicaments à sa guise , après le vote , sans avoir vraiment porter un diagnostic partagé avec le patient sur les réelles origines des maux .

      Je ne partage pas la suspicion qui évoquerait un ennemi extérieur ou héréditaire . On ne serait pas aller chercher les britishs ( dont je salue l’action ) pour intervenir en Syrie ces jours ci , si c’était pour les débiner plus tard . Poutine a compris le message et cherche des liens avec Merkel pour affaiblir Macron . Il faut plus que jamais garder le contact avec Londres .

      Protéger , est pour les élus un mot miracle car il permet tout , entre ressenti du corps et raison de l’action . On pourrait d’ailleurs tout aussi bien le mettre comme slogan pour parer aux maux du soliton , sans que personne ne sache vraiment ce vers quoi l’on veut tendre , pourquoi , et comment on s’y prend .

      On ne fonde pas un peuple ou une confédération , voire même un empire , en arguant QUE de la « protection » . Même les versions les plus « abouties » ( totalitaires ) s’écroulent dès que la liberté repousse . Et elle repousse toujours .

      Liberté , Egalité , Fraternité étendue au vivant .

    2. A Moscou, on cherche à en persuader chaque citoyen russe : la Grande Guerre Patriotique est éternelle et c’est Stalingrad tous les jours, car les infâmes ennemis de la Russie ne dorment jamais et toujours reviennent à l’assaut. Mais que le peuple se rassure, car le pouvoir veille au grain.

      A Bruxelles, Paris, Berlin et autres lieux, c’est contre l’ « illibéralisme », la sécession britannique, l’affreux président américain et bien sûr l’infâme Russie que l’on mobilise. Ne préparent-ils pas la destruction de tout ce qui est beau en ce monde ? Mais que le peuple se rassure, car le pouvoir veille au grain.

      Ici et là, certains en viennent à soupçonner un truc…

        1. que les silos à grain de la collectivité sont vides, tandis que leurs coffres sont pleins. Et que nous devrons faire ceinture jusqu’à leur accaparement de notre prochaine récolte de grains, avec leur promesse que les grains d’aujourd’hui percoleront dans les silos demain.

          1. Quel rapport avec une hostilité suspectée d’être organisée vis à vis de Trump , du Brexit , de Poutine , et de « l’illébéralisme  » ?

          2.  » Illibéralisme… »

            Rosanvallon ou pas , ça commence d’ailleurs à faire beaucoup de mots pour expliquer à l’infini ce que l’on ne comprend pas ,alors que Paul Jorion a déjà du mal à faire passer la différence entre capitalisme , économie de marché et libéralisme .

        2. Sans aller jusqu’à imaginer que les hommes de pouvoir en question l’auraient complètement organisée – nul n’est clairvoyant et habile à ce point – l’idée que cette hostilité arrange bien au fond à la fois le président russe et les principaux dirigeants européens, ainsi que les groupes qui les entourent.

          Qu’elle est au fond une distraction. Pendant laquelle, et à l’abri de laquelle, les affaires continuent, merci bien.

          1. @ Jacquot,
            Bien vu, bien dit.

            @ Juannessy,
            Je crois que le « merci bien » de Jacquot relève d’une double figure de style : la prosopopée alliée à l’ironie.

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