DAVOS, LÀ OÙ L’HISTOIRE NE S’ÉCRIT PAS, par François Leclerc

Billet invité.

Le fossé entre des constats de plus en plus pesants et l’absence de leur prise en compte ne cesse de s’approfondir. Et Davos ne va pas le démentir.

À l’accoutumée, OXFAM a publié la veille de l’ouverture du Forum son dernier rapport sur les inégalités, intitulé cette année « récompenser le travail, pas la richesse ». Hélas en retard d’un métro, n’anticipant pas la raréfaction du travail résultant de sa robotisation. Quoi qu’il en soit, à la recherche d’un chiffre qui parle de lui-même, l’ONG annonce que l’an dernier 3,7 milliards de personnes – soit 50% de la population mondiale – n’ont pas touché le moindre bénéfice de la croissance mondiale, alors que le 1% des plus riches en a empoché 82%. Depuis 2010, la richesse de ces privilégiés a augmenté en moyenne de 13% par année, les femmes payant par contre le prix fort de ces inégalités.

Qu’est-ce donc que cette croissance qui est magnifiée, recherchée, et qui produit un tel résultat ? Comment se fait-il que ces inégalités, dont on voit les ravages dans les pays les plus développés, ne soient pas au centre des réflexions sur les mesures à prendre pour les combattre ? En particulier en Europe, où des élections auront lieu cette année ? Et, dernière question, peut-on s’en étonner ?

Dans une étude dévoilée hier, le FMI a apporté un éclairage complémentaire. L’écart des revenus entre les 18-24 ans et les plus de 65 ans va grandissant : les inégalités sont générationnelles. Le fait qu’un jeune sur cinq cherche du travail en Europe n’y est pas étranger, pas plus, doit-on ajouter, que l’évolution du marché du travail et des rémunérations (dont le FMI ne parle pas). La tendance se poursuivant, la part des revenus du travail (vie active et retraite) va encore diminuer par rapport à ceux de la rente, puis la robotisation accélérera le processus. Comment gagnerons-nous notre vie deviendra une simple question de survie…

La mondialisation restera la grande affaire de cette édition de Davos, en raison de la venue de Donald Trump. Angela Merkel a bien envisagé que celle-ci puisse être injuste, mais elle s’en est tenue de manière convenue à la dénonciation du « poison » du populisme et du protectionnisme. Prenant le relais, Emmanuel Macron a reconnu qu’elle traverse « une crise majeure ». Y voyant la raison dans le fait que des États jouent « leur propre approche », prenant de ce point de vue les effets pour les causes.

En guise d’analyse critique des effets d’une mondialisation qui a perdu son élan, c’est mince ! Le président français, qui nous a habitués à tenir des propos avantageux, s’est ainsi déclaré partisan d’une mondialisation vertueuse prohibant le dumping fiscal et social, seul moyen selon lui de convaincre les classes moyennes « que la mondialisation est une bonne chose pour elles ». On reconnait la veine de ses grands discours sans suite.

Propos de séminaires de cadres qui vont pulluler, l’économie va devenir « inclusive », cela méritait un nouveau concept. Dans un monde en mutation, le secteur du conseil aux entreprises a de beaux jours devant lui en attendant que les robots l’investissent. Pendant ce temps, les rentiers parasitaires continuent d’encaisser, en attendant de facturer les prestations de leurs robots.