UN CALENDRIER EUROPÉEN À RALLONGES, par François Leclerc

Billet invité.

Où va l’Europe ? Faute de mieux, Angela Merkel et Emmanuel Macron ont promis d’apporter leur réponse à cette question en mars prochain, car il ne leur était plus possible de garder le silence. Pour autant, le paysage politique ne s’éclaircit pas, que ce soit en Allemagne ou en Italie.

Luigi di Maio désigné, à la tête du Mouvement des 5 étoiles, a déclaré qu’il voterait la sortie de la zone euro si un référendum était organisé, prenant à rebrousse-poil Mario Berlusconi et Matteo Salvini, le leader de la Ligue du Nord, qui ont mis beaucoup d’eau dans leur vin à ce sujet. Il faut croire que ce genre de déclaration est payante.

Sur quoi peuvent déboucher les élections italiennes du printemps à venir ? Les sondages continuent de décrire une situation complexe, aucun des trois camps constitués ne pouvant prétendre à la majorité, et des alliances entre eux étant invraisemblables. Le Parti démocrate, le Mouvement des 5 étoiles et l’alliance de la Ligue du Nord et de Forza Italia se dirigent ensemble dans une impasse.

Les dirigeants italiens et le président de la République Sergio Mattarella sont à la recherche d’une formule inédite, afin de ne pas avoir à mettre sur pied un énième gouvernement technique. L’idée est de conforter l’actuel premier ministre Paolo Gentiloni dans la plénitude de ses fonctions, le mettant dans la situation de chercher en permanence ses majorités à la Chambre des députés.

La reproduction du même schéma se confirme : les partis de gouvernement historiques perdent le contrôle de la situation à la faveur de l’émergence de nouvelles formations, et la constitution de grandes coalitions s’avère très difficile, si ce n’est impossible. Une crise de gouvernance en résulte, porteuse d’incertitude permanente.

Cela n’empêche pas la lutte pour les postes de pouvoir à pourvoir de se poursuivre en sous-main, question de rapport de force. Le Portugais Mario Centeno a été nommé président de l’Eurogroupe, mais il va être flanqué par un haut fonctionnaire hollandais, Hans Vijbrief, qui a été nommé à la tête de l’Eurogroup Working Group (EWG), l’instance chargée de l’organisation et la préparation du travail de l’Eurogroupe…

Jens Weidmann s’apprête à succéder à Mario Draghi à la tête de la BCE. La Bundesbank qu’il préside met en garde contre une augmentation trop rapide des taux par la BCE. Elle pourrait affecter la stabilité du système financier allemand, conduisant à un renchérissement du coût de refinancement pour les banques tandis que leurs portefeuilles de prêts à long terme continueraient à peu rapporter, avec pour conséquence une rapide dégradation de leurs marges, le rendement des fonds propres étant déjà très faible en Allemagne. Les banques de moyenne et petite taille, très nombreuses, se retrouveraient ainsi que les assureurs-vie sous pression, incités à prendre de nouveaux risques.

Concernant la succession de Jean-Claude Juncker, une question jamais abordée ouvertement, les chances de Michel Barnier se précisent. Cela permettrait d’établir un semblant d’équilibre avec les autorités allemandes et leurs alliés, qui se préparent à cumuler la direction de la BCE, de l’EWG, de la Banque européenne d’investissement et du MES. Il reste encore quelques lots de consolation, comme la vice-présidence de la BCE dont les Espagnols espèrent hériter…

Au sortir de leur dernier sommet, les dirigeants européens sont prudents et on les comprend vu que les projets partent dans tous les sens ! Donald Tusk, le président de l’Union européenne, a fixé comme objectif d’établir dans les six mois une feuille de route fixant le calendrier des négociations, ce qui donne la mesure du possible.

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