Catalogne, L'HEURE DE LA RÉSISTANCE, par François Leclerc

Billet invité.

Les premières mesures de la mise sous tutelle n’ont pas tardé, laissant la nuit aux indépendantistes pour fêter l’avènement d’une République catalane de courte durée de vie. Carles Puigdemont a été destitué et va faire face à une procédure judiciaire pour « rébellion », passible de trente ans de prison. Son gouvernement également, et le Parlement est dissous.

À l’unisson, les gouvernements occidentaux ont déclaré ne pas reconnaître la nouvelle République, le président du Conseil européen Donald Tusk appelant cependant les autorités espagnoles à la modération, « à choisir la force de l’argument plutôt que l’argument de la force  ». Jean-Claude Juncker soulignant que « l’Europe n’a pas besoin de nouvelles fissures » pour justifier le soutien unanime de Mariano Rajoy par ses pairs.

Ce dernier n’a pas seulement décidé d’intervenir tambour battant, fixant également la date du 21 décembre pour la tenue des élections régionales, comme s’il craignait de s’enliser dans la situation si elle devait durer trop longtemps. La bataille électorale ne va pas tarder à s’engager. À défaut de la forme, elle va porter sur le même fond que le referendum proscrit, et son résultat sera décisif.

La droite espagnole va manier l’arme de la peur, comme elle en est coutumière. Elle a commencé en suscitant un vaste mouvement de délocalisation des sièges sociaux des entreprises installées en Catalogne. Quitte à écarter par décret leurs actionnaires de cette décision qui statutairement leur revient. L’incidence fiscale étant inexistante, c’est la portée symbolique qui a été recherchée.

Tous les leviers de commande de la Catalogne entre ses mains, les secrétaires d’État du gouvernement espagnol se voyant attribuées les prérogatives de leurs collègues déchus, Mariano Rajoy va disposer de nombreux moyens d’influencer les résultats des élections. À moins que la majorité des électeurs soit révulsée par l’affirmation d’une monarchie espagnole à laquelle les Catalans n’ont cessé de s’opposer tout au long de leur histoire. Et que l’administration catalane fasse preuve d’une grande résistance passive qui ne lui laissera dans les mains que les forces policières.

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