Réfugiés : LES AUTORITÉS ITALIENNES ABATTENT LEURS CARTES, par François Leclerc

Billet invité.

Laissé seul pour se débrouiller par ses homologues européens, le gouvernement italien navigue en eaux trouble avec les autorités libyennes de Fayez al-Sarraj, dont l’autorité ne dépasse guère les limites de Tripoli.

Les modalités de l’intervention des unités de la marine nationale destinées à apporter un soutien aux garde-côtes libyens, de même que leur zone d’intervention, seront définies « conjointement avec les autorités libyennes », a prudemment déclaré la ministre italienne de la Défense Roberta Pinotti après avoir annoncé l’envoi de deux navires dans le port de Tripoli, dans un premier temps. Paolo Gentiloni, le chef du gouvernement, avait essuyé ce week-end dernier un démenti de son homologue libyen, au nom du respect de la souveraineté libyenne, ayant annoncé que les navires italiens allaient intervenir dans les eaux territoriales. Les autorités italiennes ont appris à être plus plus circonspectes dans leurs annonces publiques.

Marco Minniti, le ministre de l’intérieur italien, a présenté son code de conduite aux ONG qui opèrent en coordination avec les garde-côtes italiens, et il a dû également mettre de l’eau dans son vin. Il avait originellement annoncé que les ONG qui refuseraient de le signer se verraient refuser l’accès aux ports italiens, mais il a dû revenir sur cette interdiction, en promettant seulement des contrôles administratifs renforcés à leurs navires.

Le code de conduite a été pour l’instant accepté par trois ONG – Save the children, Moas et Proactiva Open Arms – et cinq autres ONG ne l’ont pas signé, dont Médecins sans frontières (MSF) qui a manifesté sa claire intention de poursuivre « ses opérations de recherche et de sauvetage, en coordination avec le Centre de coordination et de sauvetage maritime à Rome et en respect des lois internationales et maritimes. » Ensemble, elles ont toutes réalisé 26% des opérations de secours en 2016 et 35% au premier semestre de cette année, selon les garde-côtes italiens.

Deux dispositions sont particulièrement contestées : la venue à bord de fonctionnaires de la police judiciaire armés afin d’enquêter sur les passeurs, assorti de l’engagement de contribuer à leur enquête, toutes deux considérés comme des entorses inacceptables aux règles humanitaires fondamentales. Ainsi que l’interdiction de transférer les naufragés à bord d’autres navires, sauf en cas de situation grave et avec l’accord du commandement des gardes-côtes italiens. Une mesure qui vise dans la pratique à diminuer la présence des navires humanitaires au large de la Libye, à augmenter le coût des sauvetages et à restreindre leur capacité d’intervention.

Comme MSF le fait remarquer sur son site, « la responsabilité de mener des opérations de recherche et de sauvetage en mer incombe aux Etats. Les activités de sauvetage des acteurs non-gouvernementaux, tels que MSF, représentent une réponse temporaire pour pallier le « vide de responsabilité » laissé par les États. Les pays membres de l’Union européenne doivent mettre en place un mécanisme proactif dédié aux recherches et sauvetages pour soutenir l’Italie et reconnaître les efforts louables de ce pays pour sauver des vies en mer face à une réponse insuffisante des autres États membres. »

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