LES OBJETS REMIS À LEUR PLACE, par François Leclerc

Billet invité

Il n’est pas besoin de partager les visions transhumanistes pour, les pieds sur terre, se prendre à rêver à l’incidence des nouvelles technologies numériques et du développement de l’Intelligence Artificielle. Tous deux ont le potentiel de nouvelles manières de produire ainsi que d’une organisation novatrice du travail. Elles participent de la préfiguration d’une nouvelle société qui n’en est qu’au tout début de son émergence.

Pour une application commerciale annoncée à grand fracas, comme par exemple la participation de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem) à une alliance avec ses homologues américaine et britannique pour mettre au point un système commun d’identification des œuvres utilisant la technologie blockchain, d’autres plus modestes et moins détonantes sont exemplaires.

Sur le modèle des Fablab mais avec un objectif pointu, un Humanlab est né à Rennes, en France. Il a pour objectif de permettre à ceux qui souffrent d’un handicap de se « réparer eux-mêmes » en utilisant des imprimantes 3D et des logiciels libres. Première réalisation, une main bionique bon marché, qui a valu a son concepteur, amputé, le surnom de bionico ainsi qu’un prix du MIT (Institut de technologie du Massachusetts). L’offre commerciale disponible étant très onéreuse (aux environs de 40.000 euros), la prothèse de main capable des mêmes performances conçue dans ce contexte est revenue à moins de 1.000 euros, mélange de récupération et de high tech.

Cinq projets clé ont été sélectionnés par le Human lab, dont une prothèse de bras et un fauteuil roulant destiné à être facilement reproductible et muni d’un appui tête permettant de tourner celle-ci.

L’initiative n’est pas passée inaperçue des ONG, en premier lieu d’Handicap International, qui développe un projet de fablab fabriquant des objets de la vie quotidienne pour les handicapés en Bolivie. La fabrication à distance de prothèses pour la Syrie est également en cours de test.

Ces expériences très novatrices sont à rapprocher du mouvement cherchant à faire reconnaître « le droit à la réparation » aux États-Unis. L’objectif de ses initiateurs est de contraindre par la loi les constructeurs, État par État, à fournir sans exclusive les informations et les outils de déverrouillage nécessaires aux réparations, ainsi que les pièces détachées, pour le matériel agricole aussi bien que pour les ordinateurs et tablettes d’Apple, l’entreprise étant réputée pour les obstacles qu’elle dresse à toute intervention autre que la sienne.

En 2012, un vif débat avait déjà opposé dans le Massachusetts les lobbyistes de l’industrie automobile et des réparateurs indépendants lors des discussions sur le projet de loi de « droit à la réparation » qui a lancé le mouvement. Finalement adopté, le texte issu d’un référendum d’initiative populaire a imposé aux constructeurs automobiles de fournir les outils et les informations nécessaires pour réparer tout modèle de véhicule.

À l’ère du « jetable », de la disparition de l’artisanat et des savoir-faire ces tentatives offrent une alternative. Issues des contraintes budgétaires, la récup et la réparation d’objets d’occasion font également partie de ce mouvement profond de réaction à l’asservissement aux objets et à leurs constructeurs.

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