LES CHINOIS, DE VILAINS COPIEURS ? par François Leclerc

Billet invité.

Décrite par les plus hautes autorités chinoises, la conduite de l’économie du pays ressemble à s’y méprendre à celle des pays capitalistes occidentaux. Comme s’il coexistait bien en Chine deux pays et un système, selon la formule de Deng Xiaoping, mais que seul le plus développé était pris en compte dans la réflexion économique.

Le phénomène est déroutant mais n’a rien d’unique, se retrouvant dans tous les pays en voie de développement. Mondialement répandue et enseignée, la science économique a superbement fait l’impasse sur l’étude de l’économie du développement. Il était et reste plus simple d’ignorer le retard d’une large partie du pays pour s’en tenir à sa partie développée. Les économistes bien-pensants y sont en terrain de connaissance et peuvent appliquer leurs recettes universelles. Au fur et à mesure que l’on progresse dans leur connaissance, l’histoire des modes de production s’avère pourtant plus complexe que prévue…

Devant la crise du capitalisme financier, le régime chinois a copié son attitude sur celle des pays occidentaux en utilisant les mêmes outils monétaires. Aujourd’hui la menace d’une crise propre au pays est présente dans les esprits, à entendre le premier ministre Li Keqiang s’exprimer devant l’Assemblée Nationale Populaire. Certes, il la qualifie de « maitrisable », tout en ajoutant : « il faut rester extrêmement vigilant devant l’accumulation des dangers ». Comme causes, il identifie le niveau de l’endettement des entreprises et en général celui du crédit dont le shadow banking est à l’origine, abordant là des rivages mal connus des économistes occidentaux…

Il entend néanmoins poursuivre sa politique faite d’une diminution considérable du coût du crédit – à l’origine des maux précédemment identifiés – et d’un gigantesque programme d’infrastructures dans les chemins de fer, les voies fluviales et les autoroutes. Ne pas revenir sur le coût du crédit, ou avec de moultes précautions, nous rappelle quelque chose ! Se retrouver devant une énorme bulle financière également. Ne pas disposer des moyens de réguler la finance tout autant.

La Chine traine le boulet de son économie administrée et peine à maitriser une transition reposant sur un système hybride incluant l’économie de marché. Le Parti-État assure la fragile cohésion de l’ensemble, véritable rempart du régime. Sa capacité à renouveler en douceur ses équipes dirigeantes est jusqu’à maintenant sa plus grande force.

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