AVEC TRUMP, L'INSTABILITÉ S'AMPLIFIE, par François Leclerc

Billet invité.

Sans exception, chaque pays connait une version de la crise politique qui secoue l’Europe quand vient son tour. Celui de la France est venu, les primaires de la droite et de la gauche ayant permis le rejet des candidats qui partaient favoris, terminant ce que François Hollande avait commencé en ne se représentant pas.

Les deux prétendants de la droite, Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, avaient été précédemment débarqués au profit de François Fillon, mais sa candidature est désormais malmenée. Benoît Hamon a de son côté largement battu l’ex-premier ministre Manuel Valls et tente un regroupement des forces de gauche. Emmanuel Macron, qui a pour axe de son programme de n’être ni à gauche ni à droite fait nouveauté dans le paysage, ni Podemos ni le Mouvement des 5 étoiles n’ayant de correspondance en France.

Les cartes sont largement battues en France, et même l’Allemagne ne fait pas exception. La candidature de Martin Schulz au nom du SPD est loin de menacer Angela Merkel, mais elle pourrait mettre en cause la reconduction de la grande coalition au profit d’une alliance de cette dernière avec les Verts. Martin Schulz, qui cherche à renouer avec l’électorat traditionnel du SPD qui s’est éloigné de lui, comme en témoigne les premiers éléments de son programme, n’exclut pas une improbable coalition Rouge-Rouge-Verts (SPD-Die Linke-les Verts), mais pourrait préférer l’opposition ou bien encore renouer avec une grande coalition, mais sur de nouvelles bases. Le jeu est plus ouvert qu’il n’y parait.

Vu le cours pris par la présidence américaine, Angela Merkel et Martin Schulz vont être conduits à s’opposer à Donald Trump, et les autres dirigeants européens vont prendre leur suite. L’épisode du voyage à Washington de Theresa May n’est pas passé inaperçu dans les chancelleries européennes. Elle avait cru pouvoir éviter de s’opposer à la politique d’immigration du président américain, afin de mieux négocier ses affaires commerciales, mais cela s’est révélé intenable dans son propre pays.

Aux États-Unis, Donald Trump reste fidèle avec ses engagements ultra conservateurs et conserve son attitude de bateleur de foire. En une dizaine de jours, il a signé une foule de décrets, parfois flous dans leurs détails, et a déçu les faibles espérances de ceux qui attendaient qu’il se comporte dorénavant comme un président normal. Maintenant il va falloir présider ! Les dirigeants européens vont-ils serrer les rangs pour lui faire face, et défendre leurs intérêts communs, ou succomber au mirage de la défense prioritaire de leurs intérêts ? Cette question vaut aussi bien pour l’attitude qu’ils vont adopter vis à vis de Donald Trump que pour la position qu’ils vont défendre dans le cadre de la négociation du Brexit.

Faire cause commune supposerait de parvenir à stabiliser une Europe déséquilibrée, mais en ont-ils la capacité et les moyens ? La perspective d’une relance suivant une formule ou une autre étant bouchée, il ne reste plus de disponible que le bricolage. Tandis que le maintien de l’intransigeance allemande conduit à terme au démantèlement d’une union monétaire insoutenable dans ce contexte.

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