Réfugiés : LE TRÈS SALE BOULOT CONTINUE, par François Leclerc

Billet invité.

Au départ de la Libye, l’hiver n’interrompt pas les traversées à haut risque de la Méditerranée dans des embarcations de fortune afin de tenter de rejoindre l’Italie. Selon le dernier décompte du HCR du 17 janvier dernier, la mort ou la disparition de 226 réfugiés dans ses eaux glaciales a déjà été enregistrée depuis le début de l’année, les bâtiments de l’opération FRONTEX ou des ONG ayant sauvé et recueilli 2.300 d’entre eux.

Dans cinq îles grecques dont Lesbos, 15.000 réfugiés sont misérablement entassés transis sous la neige et dans le froid dans des baraquements ou sous des tentes dans l’attente de l’octroi d’un hypothétique asile ou, pour le plus grand nombre, de leur renvoi en Turquie. Les autorités européennes s’opposent à leur transfert sur le continent, de peur d’une reprise de l’exode plus au nord. Le commissaire européen chargé des migrations Dimitris Avramopoulos s’est agité, réunissant les maires à Athènes et les invitant à poursuivre la discussion à Bruxelles, avec comme solution l’ouverture de nouvelles places d’hébergement dont ils ne veulent pas. Les autorités locales supportent avec la population une énorme charge et réclament au contraire un transfert. La situation alimente des tensions avec la population, tensions exacerbées par les militants nazis d’Aube Dorée. Une exaspération réciproque montre entre celle-ci et les réfugiés.

La situation ne va pas s’améliorer en Grèce, si le ministre allemand de l’Intérieur, Thomas de Maizière, met à exécution ses dernières intentions. À partir du 15 mars prochain, il a décidé de mettre en œuvre une recommandation de la Commission, en application de la réglementation de Dublin, et de renvoyer en Grèce les demandeurs d’asile déboutés. Au terme de celle-ci, la prise en charge des demandeurs d’asile est du ressort des pays de première arrivée dans l’Union européenne, soit essentiellement à la Grèce et à l’Italie.

Dans ce dernier pays, plus de 176.000 réfugiés sont hébergés, mais les capacités de premier accueil sont proches de la saturation. Et les traversées de la Méditerranée, dont 90% ont lieu depuis la Libye, ont permis à 180.000 réfugiés d’atteindre l’Italie, d’où ils ne peuvent plus que très difficilement sortir en raison du bouclage des frontières. Un moyen évitant un nouvel afflux de réfugiés au printemps prochain est fébrilement recherché .

Le sommet européen du 3 février prochain va étudier un « document de réflexion » des autorités maltaises qui abandonne la perspective d’un élargissement de l’opération navale Sophia dans les eaux libyennes, en raison de la situation politico-militaire complexe qui règne dans le pays. Mais par quoi remplacer le dispositif actuel critiqué car considéré comme « un facteur d’attraction », les réfugiés une fois secourus ne pouvant pas être refoulés en Libye ?

Voilà ce que l’on connait du projet. « L’objectif opérationnel de l’Union européenne dans le court terme pourrait être la création d’une ligne de protection beaucoup plus proche des ports d’origine », c’est à dire dans les eaux territoriales du pays. Des forces libyennes seraient en première ligne, bénéficiant d’un « soutien européen fort et de longue durée ». Les réfugiés interceptés dans les eaux libyennes par des gardes-côtes du pays pourraient y être « débarqués », dans des conditions, qui bien entendu respecteraient le droit international. Enfin, les opérations des ONG seraient examinées « de manière complète », ce qui signifie qu’il y serait mis tous les obstacles possibles.

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