BRAINSTORMING À DAVOS, par François Leclerc

Billet Invité.

À l’occasion du Forum économique mondial de Davos qui commence le 17 janvier les « grands » de ce monde sont cette année invités à s’interroger sur l’absence d’un « leadership réceptif et mondial », comme s’il ne suffisait plus de constater ce qui va mal mais que le temps était venu d’agir.

En expliquant d’entrée de jeu que les rapides changements du monde ont provoqué « une certaine anxiété », que les gens se cherchent « une nouvelle identité », et que la mondialisation est « un bouc émissaire » facilement trouvé, Klaus Schwab – figure tutélaire du Forum – tient des propos convenus qui n’apportent rien de neuf.

Il n’en est pas de même du rapport introductif au Forum. S’il met en exergue, comme les années précédentes, l’accroissement des disparités de revenus et de richesse, ainsi que la polarisation sociale qui s’accentue, comme étant des facteurs majeurs de risque pour la stabilité mondiale au même titre que les changements climatiques, il ajoute à ceux-ci l’insatisfaction politique, ainsi que la montée en puissance de l’intelligence artificielle et de la robotique, dont il pourrait résulter plus de destruction que de création d’emplois. La dégradation des perspectives d’emploi « semble indiquer que la gestion de l’évolution technologique constitue un défi bien plus important [que la mondialisation] pour le marché du travail », y est-il remarqué.

Survient alors dans son « executive summary » la phrase clé du rapport : « le populisme contestataire ambiant qui s’installe de plus en plus signifie peut-être que nous avons passé l’étape où seule la croissance économique permettrait de remédier aux fractures sociales », avec comme conclusion : « il faut également mettre à l’ordre du jour la réforme du capitalisme ». Ce thème réapparait dans la conclusion du rapport, lorsqu’il est estimé que les changements sociaux et économiques disruptifs qui se manifestent risquent de « saper la légitimité du capitalisme de marché », et que la polarisation sociale risque d’affaiblir les processus nationaux de décision et d’entraver la collaboration internationale. L’affaire est donc de haute importance.

Les auteurs du rapport s’efforcent de faire le tour des risques auxquels « les décideurs » doivent faire face dans un contexte où la crise de la politique traditionnelle prend le tour d’une crise de la démocratie. Après l’énoncé des risques vient alors celui des défis. Comment combattre les inégalités ? concilier « nationalisme identitaire et sociétés hétérogènes » ? ou bien la « surveillance et la répression de l’espace public » (officiellement dans le but de protéger des menaces sécuritaires) et la préservation des libertés ? comment assurer la pérennité des systèmes de protection sociale ? encadrer les recherches en biotechnologie et Intelligence Artificielle ? sécuriser les réseaux d’infrastructures et se prémunir des risques systémiques omniprésents ?

Avant de l’explorer plus avant, on enregistrera le large balayage de ce travail. Le panorama des risques et des défis qu’il présente à de quoi justifier de profondes remises en question que l’on ne voit pas apparaître dans l’actualité, tout du moins quand celle-ci est qualifiée de grande. Il semble condamné à ne susciter qu’un brainstorming sans lendemain, comme les précédents.

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