LEVER DU JOUR DE LA DÉRÉGULATION, par François Leclerc

Billet invité.

Ambiance ! Dans un de ses tweets qui lui tiennent lieu de journal officiel, Donald Trump accuse Barack Obama de tenir « des propos incendiaires », en référence à la succession des initiatives de la dernière ligne droite de son mandat, dans le but de symboliser avec ostentation son opposition à la politique du président élu que ses édifiantes nominations confirment.

Dans un article publié par le New York University Journal of Legislation and Public Policy, le secrétaire du Trésor sortant Jack Lew défend la réglementation financière et exprime ses craintes devant sa mise en cause. Certes, les clés du Trésor ont été confiées à un homme du sérail, Steven Mnuchin, un ancien associé de Goldman Sachs trésorier de la campagne de Donald Trump, afin d’assurer au milieu bancaire qu’aucune initiative intempestive ne sera prise à la suite des déclarations à l’emporte-pièce du candidat. Mais il faut donner aux républicains, qui piaffent, des os à ronger.

On avait précédemment enregistré la nomination du numéro deux de la banque d’affaire, Gary Cohn, au poste de conseiller économique du futur président. Ce qui va conduire la direction de Goldman Sachs, qui a gagné 30% en Bourse depuis l’élection de Trump et règne désormais sur Wall Street, à devoir procéder à un profond remaniement.

En défendant plus particulièrement le Financial Stability Oversight Council (FSOC), cette entité créée sous Obama afin de réunir la multitude des régulateurs américains – dont la Fed, la SEC et le FDIC – Jack Lew dévoile l’un des objectifs présumés de son successeur. L’absence de vision d’ensemble et l’émiettement de la régulation entre de multiples intervenants était profitable aux établissements financiers, et c’est une raison essentielle d’y revenir. D’autant que cet organisme est actuellement penché sur le dossier hautement sensible des hedge funds, dont les deux cents plus importants gèrent désormais 2.100 milliards de dollars, au lieu des 1.000 dénombrés en 2008. Or, confirme Jack Lew, aucun des régulateurs ne dispose à lui seul de toutes les informations nécessaire à ce travail… Sans tarder, si on le comprend bien, la priorité serait donnée à protéger le secteur le plus opaque de la finance de l’ombre, dont les avoirs sont placés hors de portée dans les havres fiscaux.

L’offensive en préparation devrait utiliser la méthode éprouvée de l’étranglement financier. Ainsi, il ne serait plus question que l’agence fédérale de protection des consommateurs (Consumer Financial Protection Bureau, dont l’acronyme est CFPB) soit financée par la Fed, que les élus républicains voudraient par ailleurs obliger à rendre des comptes au Congrès. L’Office of the Comptroller of the Currency (OCC), qui recueille les plaintes de la clientèle des banques, devrait à son tour faire l’expérience des restrictions budgétaires.

L’agence fédérale de protection des consommateurs est le deuxième objectif en ligne de mire, incitant Jack Lew à prendre sa défense, car son existence même est ressentie comme une provocation. Des tentatives de l’étrangler financièrement ont déjà été enregistrées, et l’on se souvient qu’Elizabeth Warren, avant de devenir sénatrice, n’avait pu prendre sa tête en dépit des intentions initiales de Barack Obama, qui n’avait pas donné suite devant la virulence des réactions. Rob Engstrom, dirigeant de la Chambre de Commerce des États-Unis, a plus tard estimé qu’elle représente « la plus grande menace pour la libre entreprise. » Quel flatteur !

Comment Donald Trump va-t-il pouvoir financer son plan de relance de l’économie américaine, en attendant que celui-ci apporte les ressources fiscales escomptées ? Creuser le déficit budgétaire n’étant pas la tasse de thé des Républicains, il ne reste plus comme solution que la relance par le crédit, en s’appuyant sur la dérèglementation financière et en comptant sur l’auto-discipline des acteurs de la finance.

Wall Street en donne des gages dans l’immédiat. James Dimon, le patron de J.P. Morgan Chase, s’est défendu de réclamer que la loi Dodd-Frank passe à la trappe. Ne suivant pas Jeb Hensarling, le président républicain du comité de la Chambre des représentants en charge des affaires financières, qui entend la remplacer par une nouvelle loi revenant sur ses principales dispositions. Les politiques raisonnent en idéologues, mais les banques s’en tiennent à leur vision pragmatique, s’étant déjà adaptées à la nouvelle donne et demandant pour l’essentiel des implications et la diminution des coûts des dispositions réglementaires. Et surtout que l’on en reste là questions nouvelles règles. S’il en était besoin, cela tendrait à démontrer que la régulation financière s’en est tenue à l’accessoire puisqu’elles sont parvenues à s’en accommoder.

À de petits détails près, tout de même, dont la rectification ne les chagrinerait pas. À propos des stress tests menés par la Fed, Wall Street aimerait connaître sa méthodologie, que celle-ci a jusqu’à maintenant refusé de communiquer pour ne pas inciter à la contourner…. Concernant l’interdiction de spéculer avec leurs fonds propres, il est uniquement demandé que la preuve de son respect, dont les banques sont en charge, soit allégée… Comme si les montages financiers l’intégrant étaient déjà opérationnels.

Allons, ce ne sont tout de même pas des oies blanches…

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