ITALIE, QUI VA REPRENDRE LA MAIN ? par François Leclerc

Billet invité.

En faisant de l’adoption d’une nouvelle loi électorale un préalable à la tenue d’élections, afin d’éviter une situation ingouvernable, le Président de la République Sergio Mattarella a écarté la convocation rapprochée des électeurs réclamée par le Mouvement des 5 étoiles et Matteo Renzi, obligeant ce dernier à adapter ses plans.

Il peut difficilement être question d’un « gouvernement de techniciens », à durée de vie limitée, si celui-ci devait rester en place durant le temps incertain nécessaire à la modification de la loi électorale, afin d’unifier le mode d’élection de la Chambre des députés et du Sénat (1). Dans l’attente d’une élection qui dans ces conditions n’interviendra pas avant mars prochain, la formation d’un gouvernement intérimaire de « grande coalition » à large assise politique pourrait être décidée. Une telle perspective permettrait à la complexité des jeux politiques italiens de se donner libre cours, et à Matteo Renzi de se donner dans la confusion le rôle du sauveur. Dans un premier temps, il lui faut cependant conserver la direction du Parti démocrate, face à une forte opposition intérieure. Les mois à venir vont être sportifs.

Afin d’enrayer tout effet domino immédiat au sein du système bancaire italien, le sauvetage de la banque Monte dei Paschi (MPS) continue de faire l’objet d’intenses débats feutrés entre la Commission, le Conseil de résolution unique de l’Union bancaire, et tous ceux qui ont une opinion à faire prévaloir – ils sont nombreux – depuis la BCE jusqu’à Wolfgang Schäuble et Jeroen Dijsselbloem… Depuis l’instauration de l’Union bancaire, les modalités du sauvetages des banques sont très encadrées, ce qui laisse fort peu de marge de manœuvre pour protéger les petits épargnants qui ont investi dans les obligations subordonnées des banques.

Une solution de marché étant peu probable, la bourse a salué les rumeurs insistantes d’un sauvetage sur fonds publics, sous la forme d’une « recapitalisation préventive » complaisante. En complément, il serait envisagé de racheter les obligations subordonnées avant qu’elles ne soient converties en actions, à moins qu’un remboursement des titres soit opéré une fois ceux-ci convertis. Avec le risque, si les rachats ne se faisaient pas au nominal, ou si le remboursement était partiel, que les électeurs pris à ce piège aillent chercher refuge dans les bras du Mouvement des 5 étoiles, ou de la Ligue du Nord d’extrême-droite, renforçant ainsi le courant favorable à la sortie de l’euro.

L’issue politique incertaine des conséquences en chaîne de la victoire du Non au référendum constitutionnel s’ajoute à toutes les incertitudes qui s’additionnent en Europe. L’Italie pourrait bien être une prochaine occasion de rejeter à nouveau une certaine Europe, sans qu’une alternative autre que le repli sur les frontières nationales soit envisagée. Faut-il croire que cette étape est inévitable ?

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(1) La prime destiné au premier parti, destinée à instaurer la stabilité gouvernementale, pourrait être remise en question, la plupart d’entre eux souhaitant la réintroduction de plus de proportionnelle dans le mode de scrutin. La Cour constitutionnelle, saisie, pourrait même en décider ainsi fin janvier, coupant court à toute discussion.

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