TRUMP FACE AUX CONFLITS D’INTÉRÊTS, par François Leclerc

Billet invité.

Quelle est la banque qui, en dépit de six faillites retentissantes au sein du groupe Trump, n’a jamais fait défaut au prochain président des États-Unis ? C’est la Deutsche Bank, pour laquelle une amende de 14 milliards de dollars a été prononcée par le Ministère de la Justice américain, dans l’attente d’une contre-proposition de la banque. Son prochain responsable allant être nommé par Donald Trump, une brochette d’élus démocrates de la Chambre des représentants s’inquiète du traitement de faveur dont la banque pourrait bénéficier. Ambiance !

Selon le Wall Street Journal, la Deutsche aurait prêté 2,5 milliards de dollars depuis 1998 à des entreprises de son groupe. Les affaires de Donald Trump sont devenues moins voraces en capitaux, la commercialisation de la marque Trump ayant pris le pas sur son activité initiale de promotion immobilière…. et les grandes banques américaines, Citigroup, Morgan Stanley et JPMorgan, en ont profité pour prendre leurs distances. Seule la Deutsche est restée.

La Trump organization, nom du conglomérat qui chapeaute le groupe, est devenue très active à l’international. Faut-il rapprocher l’orientation de ce développement et la participation de sa fille Ivanka Trump, à la conversation téléphonique de son père avec le chef d’État argentin Mauricio Macri, le 14 novembre dernier, ainsi qu’à son premier entretien avec un dirigeant étranger, le japonais Shinzō Abe ? Interrogé par la presse en raison d’anciens liens d’affaires avec Donald Trump, le dirigeant argentin a nié avoir été sollicité par sa fille pour un permis de construire… Mais ce mélange des genres accrédite un conflit d’intérêt potentiel avec la conduite future de la politique étrangère américaine.

On se souvient que la campagne électorale a été marquée par le refus réitéré de Donald Trump de publier sa feuille d’impôt, revenant sur un usage établi depuis Gerald Ford. Le président élu a depuis déclaré sur la chaîne de télévision CBS qu’il rendrait publique sa déclaration d’impôt « en temps voulu », ne passant toujours pas à l’acte. Il a également annoncé son intention de ne pas se plier au contrôle fiscal annuel de l’administration des impôts (Internal Revenue Service, IRS) auquel il est avec le vice-président assujetti. Après tout, a-t-il fait valoir, il est bien devenu président sans avoir rendu public ses impôts…

Que peut-on attendre de lui au final, sachant que la fin du mandat de l’actuel dirigeant de l’IRS intervient en novembre 2017, et que Donald Trump désignera alors son successeur ? Toute intervention directe ou indirecte de sa part auprès de l’IRS pour lancer ou stopper un contrôle fiscal est certes un crime aux États-Unis, faut-il encore qu’elle soit prouvée…

Un dernier sujet suscite des interrogations et des discussions sans fin. Comment le président va-t-il séparer la gestion de ses affaires de la conduite du pays ? Les précédents avaient confié la gestion de leurs affaires à des blind trusts – des fiducies sans droit de regard et d’intervention sur leur gestion – mais Donald Trump a annoncé vouloir confier celles-ci à ses enfants, Ivanka, Donald Jr. et Eric, ce qui est strictement prohibé. Après les avoir nommés dans son équipe de transition, il reproduit le schéma d’organisation de ses affaires, faisant preuve d’un même népotisme. En tout état de cause, comment éviter que les décisions du Président puissent avoir un impact calculé sur ses affaires, s’il le souhaite ?

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