LA DEUTSCHE BANK N’ÉTAIT PAS SANS UN CERTAIN TALENT, par François Leclerc

Billet invité.

Orgueilleuse mégabanque hier, la Deutsche cherche aujourd’hui à se faire toute petite pour passer l’épreuve. Toutes les solutions permettant de la stabiliser continuent d’être passées en revue par son nouveau PDG, John Cryan, qui hérite d’une situation impossible.

Comment inciter les investisseurs à contribuer au renforcement des fonds propres d’une banque très atteinte dans ses oeuvres et dont la valorisation boursière a sévèrement chuté ? Jusqu’où ira la chute de la première banque allemande qui doit faire face à plus de 8.000 litiges dans le monde entier, cet envers de la médaille de ses performances passées ? Celles-ci ont certes demandé un incontestable talent, qui a été payé hier par des rémunérations et des bonus du management mirobolants. C’est au tour des actionnaires et du personnel de passer à la caisse.

Le département de la justice américain a apporté sa contribution à cette opération vérité en annonçant une amende record de 14 milliards de dollars, tout en invitant la banque à soumettre une contre-offre. C’est beaucoup plus que prévu par la banque – 6 milliards ayant été mis de côté pour régler tous les litiges – et que les 5 milliards que Goldman Sachs a payés pour des faits similaires. A la Bourse de Francfort, le titre dévissait à nouveau, 8% ce matin pour ne perdre par la suite que 7,10%, suite à des interventions destinées à limiter les dégâts. La Deutsche doit rester debout à tout prix !

Les faits remontent au déclenchement de la crise financière, en 2007 et 2008. Comme d’autres mégabanques américaines et européennes, la mégabanque allemande est accusée d’avoir vendu des produits financiers baptisés RMBS, issus de la titrisation de prêts hypothécaires résidentiels, à des investisseurs en n’ignorant pas leur caractère toxique. Cet épisode dénommé crise des subprimes précipita la crise. Trois mégabanques américaines, JPMorgan Chase, Citigroup et Morgan Stanley, ont déjà accepté de payer un montant cumulé de 23 milliards de dollars pour solder des poursuites liées aux RMBS. En Europe, Barclays, UBS, Crédit Suisse et Royal Bank of Scotland (RBS) sont également dans le collimateur des autorités américaines, pour un motif identique.

Entre la chute de son produit net bancaire (le chiffre d’affaires des banques) et l’effondrement de sa valorisation boursière, la Deutsche continue d’être rattrapée par son passé, tout en devant affronter les contraintes de marché résultant de l’aplatissement de la courbe des taux et le ralentissement général des affaires. Réduction des coûts, restructurations et ventes d’activités et de filiales, rapprochement avec d’autres établissements bancaires : rien ne sera de trop pour assainir la banque avant que des alliances ne soient trouvées dans une deuxième étape, une fois devenue plus présentable. Cela pourrait être avec la deuxième banque allemande, Commerzbank – qui est quasi contrôlée par l’Etat – ou avec la britannique Barclays, toutes les deux convalescentes. Mais le chemin va être long et plein d’embûches.

En Allemagne, l’heure est à la consolidation du système bancaire, comme cela été le cas en Espagne et l’est en Italie. Les Landesbanken – banques publiques régionales – ne sont plus que six et détiennent 20% du marché bancaire national mais elles ne pourront éviter d’être concernées. Protégées de l’inquisition de la BCE, elles représentent la part de l’ombre du système. Elles ont été très affectées par les conséquences de la crise financière sur les investissements risqués qu’elles ont réalisés grâce au large stock de dettes émises avec une garantie publique. Puis est venue la crise du transport maritime, qui n’en finit pas de peser sur les résultats des Landensbanken du nord, très exposées à ce secteur.

La Bundesbank a soigneusement tenu à l’écart le système bancaire allemand des contrôles auxquelles les banques européennes sont soumises. L’État s’est fortement impliqué dans leur renforcement en créant des bad banks, en injectant des capitaux (cas de la Commerzbank) et en garantissent des emprunts. En raison de leur complexité, les engagements publics n’ont pas toujours été réalisé dans la transparence. Mais cela n’a pas suffit.

La crise larvée des banques allemandes a beau être masquée, elle n’en est pas moins réelle. Et sa consolidation, c’est à dire sa concentration, est vue par les financiers comme le principal remède. Cela ne fait qu’effleurer le sujet et accentue l’aléa moral en créant des structures trop importantes pour demain faire faillite.

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